Les partisans de l’ALÉNA à Washington se mobilisent pour sauver l’accord

WASHINGTON — Les partisans de l’ALÉNA à Washington promettent de tout mettre en oeuvre pour sauver l’accord commercial, dans un combat contre le président Donald Trump qui pourrait bien se conclure au Congrès.

La Chambre de commerce des États-Unis organisera des événements toutes les semaines pour apporter un soutien continu à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), a-t-on indiqué mardi au quartier général de l’organisation, situé juste en face de la Maison-Blanche.

La Chambre de commerce avait ainsi invité mardi deux sénateurs républicains influents à Washington à prononcer des allocutions. Pat Roberts et Ted Cruz ont livré leur plaidoyer en faveur de l’ALÉNA alors qu’en face, dans les officines de la Maison-Blanche, certains sont partisans de la ligne dure à la table de négociations pour le renouvellement de l’accord commercial.

Pat Roberts a critiqué cette stratégie dite «Humpty Dumpty», selon laquelle on déchirerait d’abord l’accord actuel avant de tenter par la suite de l’améliorer.

Le sénateur Roberts soutient qu’il a personnellement tenté à trois reprises de dissuader le président Trump d’emprunter cette voie «risquée». Encore la semaine dernière, lors de la réunion du caucus républicain, au Capitole, le président Trump a demandé aux élus de ne pas trop s’en faire avec la tactique mise de l’avant par la Maison-Blanche. Le sénateur Roberts lui aurait répondu: «Moi, je suis nerveux.»

Élu sénateur du Kansas sans relâche depuis 20 ans, M. Roberts a appelé tous ceux qui croient au commerce à lutter contre certaines opinions qui circulent à Washington. «Nous luttons contre cette perception qui voudrait que l’économie américaine n’a pas bénéficié de l’ALÉNA: c’est tout simplement faux. Nous sommes à la croisée des chemins (…) De vrais emplois, de vraies vies, de vraies personnes en dépendent.»

Le législatif face à l’exécutif

Le sénateur Roberts a par ailleurs évoqué la possibilité que les élus au Congrès fassent barrage au président Trump s’il décidait de déchirer l’ALÉNA. En vertu de la Constitution américaine, le commerce international est un champ de compétence du Congrès et non de l’exécutif. Certains analystes, comme Robert Zoellick, ancien conseiller du président George Bush père, recommandent aux élus de poser des gestes pour freiner le contrôle exercé actuellement par la Maison-Blanche.

Interrogé à ce sujet, le sénateur Roberts n’a pas écarté cette option, ajoutant toutefois qu’il était peut-être trop tôt actuellement pour l’envisager. «Je crois que nous pouvons encore plaider notre cause auprès de l’administration», a-t-il dit.

De son côté, le sénateur Ted Cruz a soutenu qu’à peu près tous ses collègues républicains sont favorables au commerce. Il a appelé les membres de la Chambre de commerce à se faire entendre auprès de l’administration Trump, qui subit les pressions de deux camps bien opposés, a-t-il rappelé.

La Chambre de commerce a manifesté récemment son inquiétude face à la fermeté des représentants américains à la table de négociations. L’administration Trump souhaite notamment une «clause crépusculaire» qui faciliterait l’abrogation de l’ALÉNA après une période de cinq ans, de nouvelles mesures protectionnistes, plus de contenu américain dans les pièces automobiles, et l’élimination, pour l’essentiel, des mécanismes de règlement des différends.

«Plusieurs exigences américaines reçoivent peu d’appuis, voire aucun, au sein du monde des affaires ou dans le secteur agricole», soutient le vice-président de la Chambre de commerce, John Murphy. «On ne sait pas trop qui pourrait profiter (de ces demandes): elles coûteraient plus cher aux entreprises, créeraient plus d’incertitude, freineraient les investissements. Mais je pense que plusieurs élus commencent à le réaliser; leurs commettants lèvent la main. Et les menaces de retrait de l’ALÉNA font mouche.»

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