Les passionnés de politique américaine devront suivre les élections virtuellement

Les contraintes dues à la pandémie de COVID-19 forcent la tenue d’événements virtuels lors de la soirée des élections américaines. 

En 2008, le passionné de politique Daniel Roukema a été ému aux larmes en suivant les élections américaines dans un pub d’Ottawa. La foule exaltée autour de lui applaudissait lorsque le présentateur a annoncé que Barack Obama deviendrait le premier président noir des États-Unis.

Alors que le second mandat du président Obama touchait à sa fin, M. Roukema, qui est Noir, s’attendait à ce que les électeurs américains poursuivent sur cette lancée en élisant Hillary Clinton, qui serait devenue la première femme à diriger la Maison Blanche.

Les sondages confirmaient son optimisme; ils prédisaient que l’ancienne secrétaire d’État s’en allait vers une victoire écrasante contre le républicain Donald Trump.

Et le 8 novembre 2016, M. Roukema a rassemblé des amis chez lui pour vivre ce qui s’annonçait être une soirée historique, mais tout ne s’est pas déroulé exactement comme prévu.

Selon M. Roukema, c’est comme si les Maple Leafs de Toronto avaient gâché une occasion presque certaine de remporter la Coupe Stanley.

«Cela va de l’excitation et de la jubilation, à probablement boire un peu trop de bière, jusqu’au point où on pouvait entendre une épingle tomber dans la maison», a-t-il relaté.

«Les gens voulaient juste rentrer chez eux. Ils ne voulaient pas être là.»

Mardi prochain, M. Roukema espère toujours suivre les résultats électoraux en groupe, alors que l’ancien vice-président démocrate Joe Biden tente de renverser Donald Trump.

Étant donné que la pandémie de COVID-19 ne permettra pas la tenue de festivités pour les élections dans une grande partie du pays, les passionnés de politique américaine et les expatriés trouvent de nouvelles façons de se réunir.

Discuter sur des forums

Daniel Roukema n’aura pas de soirée électorale chez lui à Burlington, en Ontario, où les cas de COVID-19 ont augmenté ces dernières semaines. Au lieu de cela, le spécialiste des communications tente de maintenir les discussions sur le sujet dans des forums politiques qu’il héberge sur sa page Facebook.

Au cours de la campagne, ses messages ont attiré des centaines de commentaires, et il s’attend à voir encore plus d’échanges le jour du vote.

Bien que son objectif soit d’éduquer les gens sur le processus électoral américain, M. Roukema a déclaré que les discussions en ligne peuvent se transformer en séances de défoulement.

«L’une des choses qui est vraiment importante pour moi est de valider les sentiments des gens, a-t-il expliqué. Parce que même si les États-Unis sont un autre pays, les gens reconnaissent l’impact sur le plan mondial.»

Une soirée étudiante sur Zoom

Aidan Link et Wiley De Paiva, des étudiants qui font partie de l’Association de science politique de l’Université Western, se tournent également vers les plateformes numériques pour discuter avec leurs pairs de ce que les élections américaines signifient pour eux.

La programmation virtuelle du jour du vote de l’association comprend une série de débats sur Zoom mettant en vedette des commentateurs de groupes étudiants issus d’un grand éventail idéologique.

En tant que modérateurs, Aidan Link et Wiley De Paiva affirment que les débats animés seront les bienvenus, mais ils sont prêts à intervenir si les désaccords vont à l’encontre du décorum.

Des professeurs seront aussi du nombre pour mettre les choses en contexte pendant la soirée. Les participants auront aussi la chance de répondre à des sondages interactifs et de contribuer à une discussion en direct.

M. Link a déclaré que la soirée avait suscité plus d’intérêt que les événements précédents de l’association. Mais il soupçonne que cela pourrait être lié à l’apathie liée à la vie universitaire en temps de pandémie.

«Une grande partie est probablement juste la commodité, a-t-il expliqué. Maintenant que nous n’avons plus autant à faire d’activités parascolaires à l’école, beaucoup de gens sont prêts à prendre deux, trois heures pour venir à une soirée électorale.»

Des événements virtuels pour les expatriés

Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de rappeler aux citoyens américains progressistes qui vivent au Canada que les impacts d’un deuxième mandat de Donald Trump ne s’arrêteront pas au 49e parallèle, a souligné Dianna English, la porte-parole canadienne des Démocrates à l’étranger, une organisation affiliée au parti politique américain.

Normalement, selon Mme English, les festivités du jour des élections de l’organisation consisteraient en une série de petits rassemblements organisés par des sections locales à travers le pays.

Cette fois, les événements en ligne ont toutefois permis une mobilisation sans précédent dans tout le pays pour faire la promotion du vote par correspondance.

Les membres prévoient célébrer les fruits de leurs efforts dans une fête sur Zoom, qui se terminera par une soirée dansante virtuelle.

De son côté, Républicains à l’étranger a choisi de ne pas organiser d’événement lors de la soirée électorale, cette année, a déclaré le président canadien Mark Feigenbaum.

Cependant, les expatriés américains de tous les partis sont invités à se connecter à une séance de questions-réponses virtuelle organisée par l’ambassade des États-Unis.

Dans certaines régions du Canada où les restrictions sont moins strictes, quelques événements en personne sont prévus.

Kevin Warner, directeur du pub Unicorn de Calgary, invite les clients masqués à participer à une élection simulée autour d’un repas et de breuvages.

«Avec tout ce qui se passe, les gens veulent juste un exutoire, et ils veulent toujours s’amuser», a-t-il soutenu.

Impacts sur le Canada

Melissa Haussman, professeure en science politique à l’Université Carleton, affirme que la gravité du vote de la semaine prochaine pourrait être difficile à ignorer étant donné toutes les questions liées au Canada qui sont en jeu.

De la fermeture partielle de notre frontière commune, à la course mondiale pour obtenir les premiers vaccins contre la COVID-19, Mme Haussman a souligné que la pandémie avait mis en évidence à quel point les destins de nos deux pays sont interconnectés.

Mais quel que soit le résultat, les Canadiens peuvent s’attendre à ce que les partisans du perdant menacent de venir s’établir au Canada, selon la professeure.

«Nous savons que dans les 24 heures suivant le résultat des élections en 2016, le site canadien (d’immigration) est tombé en panne, a-t-elle rappelé. Il y a une idée fausse selon laquelle ce ne serait pas si grave de déménager dans un autre pays.»

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