Les patients qui ne réagissent plus pourraient encore entendre, selon une étude

VANCOUVER — Des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique estiment que les personnes qui ne semblent plus réagir aux stimuli peuvent encore entendre — même quelques heures avant de mourir.

Selon l’auteure principale de l’étude, Elizabeth Blundon, qui vient d’obtenir son doctorat en psychologie, ces résultats pourraient confirmer une croyance persistante chez les travailleurs de la santé: l’ouïe serait le dernier sens à «s’éteindre» aux derniers moments de la vie.

L’étude, publiée récemment dans la revue «Scientific Reports», serait la première à se pencher sur le sens de l’audition des personnes en fin de vie — dans un cas: six heures avant la mort, explique Mme Blundon.

La recherche a impliqué huit patients en centre de soins de longue durée, à qui on avait demandé d’accomplir une tâche pendant qu’ils pouvaient encore réagir aux stimuli. Une fois qu’ils sont devenus «inconscients», cinq d’entre eux ont répété la tâche, selon l’électroencéphalogramme. Un groupe témoin de 17 jeunes participants en bonne santé a également participé à l’étude, qui s’est déroulée de 2013 à 2017.

Les participants portaient un casque à électrodes qui mesurait les ondes cérébrales en écoutant une série de sons groupés en cinq modèles, qui changeaient parfois. Les membres du groupe témoin devaient appuyer sur un bouton lorsqu’ils entendaient le modèle changer, tandis que les patients réactifs au foyer de soins étaient invités à compter le nombre de fois que le modèle avait changé.

Or, l’activité cérébrale du groupe témoin et des patients réactifs en foyer était très similaire à l’activité cérébrale des patients qui ne réagissaient plus aux stimuli, même aux derniers moments de la vie, a déclaré Mme Blundon.

«Parle avec elle»

«C’est un signe encourageant qu’à tout le moins, le cerveau réagit et traite, jusqu’à un certain point, les informations auditives qu’il reçoit», a estimé la chercheuse. «Mais on ne peut pas affirmer que ces personnes comprennent ce qu’on leur dit, ou même qu’elles peuvent distinguer qui leur parle», a-t-elle précisé. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour approfondir les mystères de l’audition en fin de vie.

Des recherches antérieures sur l’audition de patients qui ne réagissaient pas aux stimuli avaient été effectuées en Europe sur des patients souffrant de lésions cérébrales traumatiques. Elles ont montré que ces patients réagissaient eux aussi au son, a déclaré Mme Blundon. La chercheuse espère poursuivre ses travaux à l’Université de Miami, où elle pourrait également étudier les effets de la musique sur les personnes en toute fin de vie.

La docteure Romayne Gallagher a récemment pris sa retraite de l’unité des soins palliatifs au foyer St. John, où une partie de l’étude a été menée. Au cours de sa carrière d’une trentaine d’années, la médecin a remarqué que les patients réagissaient positivement lorsqu’ils entendaient la voix d’un être cher — même au téléphone.

Selon elle, les proches peuvent trouver un certain réconfort en passant du temps à parler à un malade qui ne réagit pas — du moins, en apparence. «Beaucoup de gens craignent ce moment: ils ne savent pas trop quoi faire. On leur dit souvent: « Parlez-lui, mettez sa musique préférée ».»

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