Les perspectives autochtones sont peu présentes dans les sciences exactes

TORONTO — La Commission de vérité et réconciliation déplorait en 2015 le manque de perspectives autochtones dans les cursus universitaires canadiens.

L’un des 94 «appels à l’action» de la Commission recommandait d’«élaborer des programmes d’études adaptés à la culture» des Autochtones. De nombreux établissements postsecondaires canadiens ont alors commencé à inclure les points de vue autochtones dans les cours d’arts et de sciences sociales.

Mais les spécialistes des sciences, des technologies, du génie et des mathématiques estiment aujourd’hui que les connaissances et les perspectives autochtones n’ont pratiquement pas trouvé leur place dans ces disciplines postsecondaires au Canada.

Pour savoir comment les astronomes autochtones du Canada voient le ciel, la Torontoise Caroline Ormrod a dû suivre des cours à distance… du pays de Galles. Elle n’a trouvé en 2017 aucune option valable au Canada. «Les universités canadiennes ont tendance à être plus traditionnelles (…) Il n’y a rien qui se compare au cours que j’ai suivi», a déclaré Mme Ormrod en entrevue. «Ces sujets sont perçus comme du « nouvel âge ».»

Sheryl Lightfoot, professeure agrégée d’études autochtones et de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, estime que cette lacune puise ses racines dans l’histoire même du Canada.

«Dès le départ, de nombreux domaines d’études postsecondaires n’ont pas ouvert leurs portes aux peuples autochtones», a déclaré Mme Lightfoot, une Anishinaabe de la bande du lac Supérieur d’Ojibwé. «Les écoles de droit au Canada ont été parmi les premières à ouvrir leurs portes — et de nombreux Autochtones sont toujours dans le secteur du droit pour cette raison.»

Mais les universitaires autochtones rappellent qu’un éventail de perspectives plus diverses sont largement disponibles et offrent de nombreuses utilisations pour ceux qui prennent le temps de les chercher. Ces perspectives ne sont pas toujours homogènes et dépendent de l’individu, de son territoire et de sa langue.

Décoloniser le milieu académique

L’Université Western a indiqué qu’elle espérait puiser dans certaines de ces connaissances lorsqu’elle a nommé en février une première «leader autochtone en résidence» à sa faculté de médecine et de médecine dentaire. En nommant Danielle Alcock à ce poste, l’université de London, en Ontario, voulait à la fois donner suite aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation et améliorer la santé des Autochtones.

À l’Université Mount Royal de Calgary, c’est le désir d’exploiter les connaissances autochtones sur la faune et la flore qui a façonné le programme d’Enseignement des sciences et de la technologie autochtones.

«Pour décoloniser le milieu académique, nous avons besoin de professeurs pour comprendre que la science autochtone est différente des sciences occidentales, par l’expérience», a déclaré John Fischer, membre de la première nation Cowessess et conseiller exécutif à l’Université Mount Royal.

L’astronomie est une autre discipline qui a largement ignoré les perspectives autochtones, selon plusieurs experts. Laurie Rousseau-Nepton, astronome résidente au télescope Canada-France-Hawaï, croit que les chercheurs des Premières Nations ont raffiné les connaissances grâce à leurs observations centenaires. L’exploitation de ces riches connaissances ne peut qu’améliorer la recherche issue des laboratoires canadiens, selon elle.

Mais selon Mme Rousseau-Nepton, il faudrait aussi attirer et retenir de futurs chercheurs autochtones, et leur faire sentir qu’ils «ont une place en sciences». L’inclusion de matériel culturellement pertinent y contribuerait grandement, selon elle.

 

*Lakshmi Magon est une ancienne chercheuse en communication scientifique et en éducation à l’Université d’Édimbourg. Elle est actuellement boursière en journalisme international à l’École de santé publique Dalla-Lana de l’Université de Toronto.

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