Les petits gestes d’hommages se multiplient vendredi devant le palais de Buckingham

LONDRES — La capitale britannique a été submergée par une vague de chagrin et d’hommages populaires, vendredi, alors que des milliers de personnes de tous les coins du monde ont envahi les rues de Londres pour pleurer la reine Élisabeth II, au lendemain de sa mort.

Devant le palais de Buckingham, point de convergence de la foule à Londres, des bouquets de fleurs, de petites notes manuscrites et des photographies se sont progressivement empilés le long des grilles — un «mur de condoléances» qui atteignait plus d’un mètre de hauteur en fin d’après-midi.

«Repose en paix, chère dame», lisait-on sur une petite note. «La Grande-Bretagne ne sera plus jamais la même.»

Un ours Paddington en peluche figurait parmi les articles appuyés contre les troncs d’arbres qui bordent la route menant au palais royal — de petits gestes d’appréciation pour une monarque qui a régné sur un empire britannique en déclin pendant 70 ans, jusqu’à son décès jeudi à l’âge de 96 ans.

La plupart des personnes réunies par le chagrin à Londres – certaines en costume trois-pièces avec haut-de-forme, d’autres couvertes de la tête aux pieds de drapeaux «Union Jack» – n’avaient jamais connu un monde dans lequel Élisabeth II n’était pas reine.

«J’ai grandi avec elle, et elle était spéciale pour nous en tant que Canadiens», a souligné Peter Crooks, de la région de Thunder Bay, en Ontario, qui était en vacances avec sa famille à Londres cette semaine.

La monarque aura visité le Canada quelque 22 fois depuis son accession au trône en 1952 et elle a eu des tête-à-tête avec une douzaine de premiers ministres canadiens. Elle a vu pour la première fois le premier ministre Justin Trudeau alors qu’il avait cinq ans, en compagnie de son père Pierre Elliott.

M. Crooks a mentionné qu’il était honoré d’avoir la chance de rendre hommage à la reine à Londres. «C’est incroyable, le nombre de gens ici. C’est incroyable d’être ici et de faire partie de ça.»

Mary Louise Crooks, qui voyage avec lui, a salué le travail acharné de la reine et les sacrifices qu’elle a endurés dans l’exercice de ses fonctions. «Elle a consacré toute sa vie à être reine et elle a probablement renoncé à une vie normale pour le faire. C’est admirable.»

«Personne d’autre ne sera jamais la reine»

Irene Granger-Brown, une nouvelle résidente du Royaume-Uni qui avait jusqu’à récemment vécu toute sa vie à Montréal, retenait ses larmes en décrivant la reine comme une «femme étonnante», dévouée à sa tâche. 

«Voir tous ces gens qui se souciaient tant d’elle, ce n’est pas quelque chose que j’ai jamais vu au Canada, ou même ailleurs», a-t-elle affirmé, portant un bouquet de fleurs et un drapeau canadien.

Interrogée sur ce qu’elle pense du nouveau roi, elle hésite. «Il ne sera pas la reine. Personne d’autre ne sera jamais la reine. Ça arrive une fois dans une vie, une fois dans une époque», a avoué Mme Granger-Brown, qui disait avoir fait une heure et demie de train pour venir lui rendre hommage à Londres. 

La foule à l’extérieur du palais de Buckingham a d’ailleurs eu son premier aperçu du fils et héritier de la reine, maintenant connu sous le nom de roi Charles III, peu de temps après que la «King’s Troop Royal Horse Artillery» eut tiré une salve dans Hyde Park, tout près. La salve de 96 coups de feu a retenti dans tout le secteur — un pour chaque année de vie de la reine.

La solennité a été interrompue par quelques acclamations de gens alignés le long des barricades en bordure de la route alors qu’arrivait le nouveau roi, dans une voiture noire, avec sa femme Camilla, maintenant reine consort.

Après être arrivé aux grilles du palais, le roi a traversé la foule et a échangé de brèves salutations et poignées de main avec des gens qui semblaient désireux de prendre des photos de lui.

Peu de temps après, le premier discours du nouveau souverain a été diffusé — un hommage à sa «maman chérie» et un engagement solennel à servir «avec loyauté, respect et amour».

Un service de prière a eu lieu à la cathédrale Saint-Paul, en présence de la nouvelle première ministre britannique, Liz Truss, qui avait rencontré la reine à Balmoral, en Écosse, deux jours seulement avant sa mort. 

Et loin de la mer de gens qui gonflait encore devant le palais, des visiteurs du monde entier déposaient encore des bouquets sur l’herbe des parcs de Londres. Des images d’actualités ont montré des scènes semblables à l’extérieur d’autres résidences royales à travers le Royaume-Uni, y compris au château de Balmoral, où la reine est décédée jeudi.  

Toutes les résidences royales doivent être fermées au public jusqu’après les funérailles de la reine, mais la famille royale britannique invite les gens à lui rendre hommage de diverses autres façons entre-temps.

Bien qu’aucune date officielle n’avait été annoncée en fin d’après-midi vendredi, le protocole suggère que le service funèbre, à l’abbaye de Westminster, aura probablement lieu dans une dizaine de jours. Le premier ministre Justin Trudeau, le président américain Joe Biden et d’autres dirigeants du Commonwealth et d’ailleurs dans le monde doivent y assister.

La reine a laissé derrière elle un monde très différent de celui dont elle a hérité – changé et fracturé, toujours aux prises avec l’héritage compliqué qu’elle portait sur ses épaules. Mais au moins pour les jours à venir, une chose est vraie: le soleil ne se couchera pas sur les drapeaux qui flottent en berne en son honneur un peu partout dans le monde.

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