Les plaintes de Trump alimentent les menaces

WASHINGTON — Les derniers soubresauts de la présidence de Donald Trump tournent mal, et deviennent même dangereux.

Les menaces de mort sont en hausse. Les responsables électoraux locaux et étatiques sont traqués dans la clandestinité. Un avocat de la campagne Trump déclare publiquement qu’un responsable fédéral qui a défendu l’intégrité de l’élection devrait être «traîné et écartelé» ou simplement abattu.

Des fonctionnaires neutres, des démocrates et un nombre croissant de républicains qui ne font pas ce que M. Trump veut sont pris dans un ressac postélectoral menaçant, alimenté par les plaintes du président à propos de l’élection qu’il a perdue.

«Menaces de mort, menaces physiques, intimidation — c’est trop, ce n’est pas correct», a déclaré Gabriel Sterling, un responsable électoral républicain en Géorgie qui a imploré M. Trump à «cesser d’inspirer les gens à commettre de potentiels actes de violence». Le président Trump, en réponse, a insisté une fois de plus sur son argument sans fondement selon lequel il avait perdu injustement, et il n’a pas dissuadé ses partisans à causer des problèmes.

L’appel aux émotions est enraciné dans le mouvement de Donald Trump, qui est né dans des arènes où les partisans scandaient «d’enfermer» sa rivale démocrate Hillary Clinton. À travers les années, il s’est fait une marque de commerce en s’attaquant aux «ennemis du peuple» et en accolant des surnoms à ses adversaires, dont «Joe l’endormi» — l’un des plus gentils.

Mais dans les dernières semaines de la présidence de M. Trump, la rhétorique du président a pris un tournant encore plus toxique, même si la victoire de M. Biden a été confirmée par de nombreux États et que la campagne Trump a subi plusieurs revers devant les tribunaux. Alors que Joe Biden jette les bases de sa nouvelle administration, le président Trump attire l’attention pour les agitations qu’il est susceptible de provoquer lorsqu’il quittera ses fonctions.

«Je ne crois pas que ça s’en ira le 20 janvier, a prédit Eric Coomer, directeur de la sécurité du fournisseur de systèmes de vote Dominion Voting Systems, depuis l’endroit secret où il se cache après avoir reçu des menaces de mort.

«Je pense que ça va continuer pour longtemps.»

Tant pis. C’est ce qu’a dit l’avocat de M. Trump, Rudy Giuliani, à propos des responsables qui craignent pour leur sécurité.

«On doit les amener à se souvenir que leur serment envers la Constitution exige parfois d’être critiqué. Parfois, il faut même être menacé», a-t-il dit mercredi au Michigan.

«C’est terrifiant»

Pour M. Coomer, les problèmes ont commencé lorsque les avocats de la campagne Trump ont affirmé faussement que son entreprise avait truqué les élections

Des salles de clavardage d’extrême droite ont partagé sa photo, des détails sur sa famille et son adresse. «Les premières menaces de mort ont suivi presque immédiatement, a-t-il confié à l’Associated Press. Pendant les deux premiers jours, c’étaient des menaces standard sur Twitter: « Pendez-le, c’est un traître ».»

Mais ensuite sont venus des appels téléphoniques ciblés, des textos et une lettre manuscrite à son père, un ancien combattant de l’armée, d’un groupe de milice présumé. «Qu’est-ce que ça fait d’avoir un traître pour un fils?» , était-il écrit.

Même maintenant, des semaines plus tard et alors qu’il est déménagé dans un lieu secret, M. Coomer reçoit des messages de gens qui disent savoir dans quelle ville il s’est enfui et qui jurent de le retrouver.

«C’est terrifiant, a-t-il relaté. J’ai travaillé dans des élections à l’international, dans toutes sortes de pays sortant d’un conflit où la violence électorale est réelle et où les gens finissent par se faire tuer. Et je sens que nous sommes sur le point de faire ça.»

Cette semaine, Joe DiGenova, un avocat de la campagne Trump, a déclaré à une émission de radio qu’un responsable des élections fédérales qui avait été licencié pour avoir contesté les allégations de fraude de M. Trump «devrait être traîné et écartelé. Sorti à l’aube et fusillé». Il a fait cette déclaration tandis que des employés électoraux et des entrepreneurs du système de vote en Géorgie, en Arizona, au Michigan et ailleurs ont été soumis à de sinistres menaces pour avoir fait leur travail.

«Des menaces comme celles-ci en déclenchent une avalanche», a expliqué Louis Clark, directeur général du Government Accountability Project, une organisation de protection des lanceurs d’alerte. 

À propos de M. diGenova, M. Clark a déclaré: «C’est un comportement qui convient à un avocat de la mafia».

Joe DiGenova a dit plus tard qu’il faisait des blagues. «Mes avocats parleront et ils le feront devant les tribunaux», a dit le responsable en question, Christopher Krebs, au «Washington Post»

Une situation «sans précédent»

L’ancien fonctionnaire de la Sécurité intérieure Miles Taylor, avait écrit de manière anonyme un compte-rendu mordant du fonctionnement de l’administration Trump à l’interne, ce qui avait incité le président à dire à ses rassemblements que «de très mauvaises choses» arriveraient à «ce traître». Maintenant que l’identité de M. Taylor est connue, on lui a assigné un service de sécurité comme le recommandaient les services secrets en raison de la nature des menaces contre lui.

«C’est sans précédent aux États-Unis, a-t-il soutenu. Ce n’est pas ce que nous sommes. Ce n’est pas à quoi une société ouverte est censée ressembler.»

M. Taylor a indiqué que l’intimidation s’est avérée un outil efficace pour écraser la dissidence. «J’ai parlé à d’anciens hauts fonctionnaires de très haut rang qui voulaient dire la vérité pendant la campagne présidentielle, et beaucoup craignaient que cela ne mette leur famille en danger.»

Mais une telle pression n’a pas fait taire certains républicains en Géorgie, avec des résultats révélateurs.

Des intrus ont été trouvés sur la propriété du secrétaire d’État républicain, Brad Raffensperger, qui a défendu l’intégrité de l’élection de son État en lien avec la courte victoire de M. Biden. Et un jeune entrepreneur du logiciel électoral de Dominion reçu des menaces de mort. Dominion est le seul fournisseur de système de vote en Géorgie, la société a donc été un paratonnerre.

«Il y a un nœud coulant là-bas avec son nom dessus», a souligné M. Sterling à propos de l’entrepreneur.

L’expert en sécurité électorale Matt Blaze a déploré cette situation sur Twitter.

«C’est juste écoeurant, a-t-il tonné. Chaque conversation que j’ai avec les gens des élections, nous commençons par des menaces de mort que nous avons reçues. Il n’y a aucune excuse pour cela, peu importe qui est la cible, mais pourchasser des techniciens sur le terrain et d’autres membres du personnel est un nouveau sommet. N’avez-vous pas honte?»

M. Sterling craint que cela dégénère. «Quelqu’un va être blessé. Quelqu’un va se faire tirer. Quelqu’un va être tué. Et ce n’est pas correct.»

La semaine dernière, M. Trump a qualifié M. Raffensperger d’ennemi du peuple, a souligné M. Sterling. «Cela a aidé à ouvrir les vannes à ce genre de merde», a-t-il dénoncé. Non seulement des gens se rendent chez M. Raffensperger, mais il reçoit aussi des menaces sur son téléphone cellulaire, selon M. Sterling.

En Arizona, la secrétaire d’État démocrate Katie Hobbs a déclaré qu’elle avait été confrontée à des menaces de violence dirigées contre sa famille et son bureau.

Des menaces de l’autre côté aussi

La porte-parole de M. Trump, Kayleigh McEnany, a déclaré mercredi que la Maison-Blanche condamnait toute violence. «Ce que je dirai aussi, c’est que les avocats du président (ont vu) leurs informations privées être publiées», a-t-elle indiqué, accusant les «organisations de gauche».

«Nous voyons donc que cela arrive aux gens des deux côtés et il n’y a jamais de place pour cela nulle part», a-t-elle soutenu.

En effet, les observateurs électoraux républicains ont dit dans des déclarations sous serment dans le cadre d’un contentieux électoral qu’ils se sentaient menacés et que les démocrates se moquaient d’eux.

Une différence clé, cependant, est que l’intimidation contre les agents électoraux républicains n’est pas venue du sommet. Joe Biden est en grande partie resté en dehors de la mêlée alors même que M. Trump dénigre systématiquement le processus, les travailleurs électoraux, les responsables de l’État qui résistent à sa pression et certains des juges.

Il s’en est pris plusieurs fois à Dominion Voting Systems, en le qualifiant à tort «d’entreprise de gauche radicale» responsable d’une élection «volée» — contrairement aux assurances des autorités étatiques et fédérales selon lesquelles les élections se sont déroulées équitablement et remarquablement bien au milieu d’une pandémie.

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