Les préfets de l’Abitibi-Témiscamingue dénoncent la « centralisation » de leur économie

MALARTIC, Qc — La conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue et le Regroupement des MRC de la Gaspésie font front commun pour dénoncer la décision du ministère de l’Économie et de l’Innovation de centraliser ses directions régionales. Dans le cas de l’Abitibi-Témiscamingue, la direction sera déménagée à Gatineau à compter du 18 juin.

«Encore une fois, une instance décisionnelle quitte la région, affirme le Président de la CPAT et maire de Malartic, Martin Ferron, faisant référence notamment au ministère de la Culture, qui avait aussi déménagé sa direction régionale à Gatineau. Ce n’est pas un fonctionnaire qui va débarquer ici avec un compte de dépenses qui va pouvoir vraiment nous aider à développer notre économie. Pour être efficace, il faut des contacts, des liens solides avec le milieu. On ne peut pas développer ça dans un bureau à Gatineau.»

Promesse électorale reniée

De son côté, la mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, rappelle au gouvernement caquiste ses promesses électorales faites en 2018. «Pour se faire élire, la CAQ a compté sur les régions, et pour ce faire, elle avait promis le déménagement de 5000 postes vers les régions, rappelle-t-elle. On dirait bien que la CAQ oublie les régions, maintenant qu’elle est au pouvoir.»

Diane Dallaire ajoute : «On est en train de démanteler la région brique par brique. On nous enlève l’une après l’autre nos instances décisionnelles, si bien que d’ici peu, nos directions régionales deviendront des coquilles vides.»

En catimini?

La mairesse de Rouyn-Noranda accuse aussi la CAQ d’avoir tout manigancé en catimini. «Nous avons appris cette décision du gouvernement Legault il y a quelques jours seulement et ce, tout à fait par hasard, via des collègues d’autres régions. Si la Conférence des préfets n’avait pas été vigilante, nos aurions été mis devant le fait accompli.

«C’est un coup de massue en plein front qu’a reçu la région de la part du ministre (Pierre) Fitzgibbon, renchérit Martin Ferron. Un manque total de respect et de sensibilité envers les décideurs de l’Abitibi-Témiscamingue et d’autres régions du Québec. Comment des fonctionnaires de Québec, Montréal ou Gatineau peuvent-ils comprendre les défis de nos économies respectives alors qu’elles ne sont pas sur le terrain?»

D’autres régions emboîteront le pas

«Nous nous battrons jusqu’au bout, affirme un Martin Ferron déterminé. Je demande au ministre régional, Pierre Dufour, de mettre son pied à terre et de se battre lui aussi pour l’Abitibi-Témiscamingue.» «Pendant qu’on lutte pour conserver nos acquis, on ne prend pas ce temps-là pour développer la région, ajoute pour sa part Diane Dallaire. Nous devons discuter avec la députation régionale pour maintenir notre direction régionale, mais nous avons bien peu de temps pour adopter notre stratégie. Pour le moment, on ne sait pas où on s’en va, c’est l’incertitude totale.»

En plus de la Gaspésie, d’autres régions du Québec devraient emboîter le pas dans les prochains jours pour dénoncer cette décision. «Qu’est-ce que les gens de Gatineau en ont à cirer de l’Abitibi-Témiscamingue, se demande Martin Ferron. L’économie de l’Outaouais est bien différente de la nôtre, et c’est le cas de bien d’autres régions. Notre économie doit reposer sur des bases solides, et c’est en ayant une direction régionale près de ses entreprises qu’on va y arriver.»

Reportage de l’Initiative de journalisme local