Plan carbone: Ottawa dit non au Canada atlantique, qui voulait plus de temps

HALIFAX — Le ministre fédéral de l’Environnement a rejeté jeudi une demande des premiers ministres du Canada atlantique visant à prolonger le délai pour soumettre leurs plans de lutte contre les émissions de carbone.

Dans une déclaration à La Presse Canadienne, Steven Guilbeault a déclaré que ses échéances «ont été communiquées clairement et à plusieurs reprises», ajoutant que les provinces ont jusqu’à vendredi pour fournir leurs stratégies de tarification de la pollution par le carbone. Les provinces sans plans climatiques jugés acceptables par Ottawa seront assujetties à la taxe sur le carbone du gouvernement fédéral.

«Les provinces de l’Atlantique, comme toutes les autres provinces et les territoires, ont eu un an pour préparer leurs soumissions (…) Je veux être très clair sur l’importance de la tarification de la pollution pour rendre la vie plus abordable pour les familles», a déclaré M. Guilbeault.

Le ministre répondait à une lettre qui lui avait été envoyée plus tôt jeudi par le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston – au nom des quatre premiers ministres de la région – demandant une prolongation à court terme et une rencontre avec lui pour identifier «des solutions pratiques à ce problème».

M. Houston a déclaré que les premiers ministres sont profondément préoccupés par les augmentations de prix qui résulteraient d’une taxe fédérale sur le carbone, ajoutant que les coûts amplifieraient les pressions inflationnistes au Canada atlantique.

«Cette (extension) nous permettrait de résoudre tous les problèmes restants, d’engager des conversations significatives sur les solutions pour les combustibles de chauffage et de discuter des options pour que le gouvernement fédéral soutienne l’abordabilité de l’énergie dans la région», a écrit M. Houston.

La Nouvelle-Écosse, en raison de son système de plafonnement et d’échange pour les émetteurs industriels, est actuellement exemptée de la taxe fédérale sur le carbone; cependant, ce système, qui a été mis en place en 2019, devrait expirer à la fin de cette année. Le système de plafonnement et d’échange a permis à la Nouvelle-Écosse d’éviter d’importantes hausses de prix de l’essence.

Les systèmes de tarification de la pollution par le carbone au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve-et-Labrador respectent également les normes fédérales et ne sont pas assujettis à la taxe sur le carbone. L’Île-du-Prince-Édouard, quant à elle, impose une redevance sur les combustibles, mais certaines installations industrielles non couvertes par son plan sont assujetties au système fédéral de tarification du carbone.

Plus tôt jeudi à Winnipeg, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré à des journalistes qu’au lieu de demander des prolongations de délais, le Canada devrait accélérer sa décarbonisation compte tenu de la situation mondiale et du besoin d’autres formes d’énergie. 

M. Trudeau a été interrogé sur la récente demande de la première ministre du Manitoba, Heather Stefanson, de suspendre la taxe sur le carbone d’Ottawa. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, et le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, ont également critiqué la taxe.

Justin Trudeau a dit que la première ministre et d’autres dirigeants partout au pays «ne semblent pas être honnêtes avec les Canadiens». 

«Dans des endroits comme le Manitoba, où le prix fédéral de la pollution s’applique, les familles moyennes obtiennent plus d’argent en retour du prix sur la pollution que ce que le prix supplémentaire sur la pollution leur coûte», a déclaré jeudi M. Trudeau à Winnipeg.

«Nous avons trouvé un moyen de lutter contre le changement climatique tout en soutenant les familles qui en ont besoin et c’est quelque chose que nous allons continuer à faire.»

Le prix du carbone dans le cadre de la taxe fédérale grimpera de 15 $ la tonne en 2023, puis augmentera à nouveau chaque année jusqu’à atteindre 170 $ la tonne en 2030.

Le ministre Houston a déclaré que la taxe pourrait ajouter 14,4 cents le litre au coût de l’essence en Nouvelle-Écosse d’ici avril 2023.

Mais dans une lettre publiée lundi, le ministre Guilbeault a indiqué que la province peut décider comment elle gère les revenus d’une taxe sur le carbone. «Les provinces peuvent utiliser le produit de leurs systèmes de tarification de la pollution par le carbone pour soutenir une gamme d’objectifs et de priorités», a expliqué M. Guilbeault.

Le ministre fédéral a également déclaré qu’il rejetait le plan de la Nouvelle-Écosse soumis à la mi-août parce qu’il ne mettait pas de prix sur la pollution par le carbone. Son ministère, a-t-il ajouté, est ouvert aux «propositions alternatives» qui correspondent à l’approche du gouvernement fédéral.

Le plan d’émissions de la Nouvelle-Écosse consistait en une liste d’objectifs environnementaux existants qui ont été définis dans la législation l’automne dernier. Ils comprennent l’élimination progressive de la production d’électricité au charbon d’ici 2030, la fourniture de 80 % de l’énergie de la province par des sources renouvelables d’ici 2030 et que les véhicules à zéro émission représentent 30 % des ventes de voitures, également d’ici cette année-là.

Le ministre de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse, Tim Halman, a publié jeudi une déclaration déplorant le rejet fédéral du plan plus tôt dans la semaine.

«Nous avions espéré que le gouvernement fédéral serait ouvert à notre plan – un plan qui est meilleur qu’une taxe sur le carbone pour la Nouvelle-Écosse. Ils ne l’ont pas été, a déclaré M. Halman. Notre consommation quotidienne d’énergie n’est pas quelque chose que nous pouvons réduire rapidement alors que les prix atteignent des sommets.»

Lorsqu’il a déposé son budget en mars, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a promis des réductions d’impôt d’une valeur de 40 millions de dollars pour compenser la hausse des prix de l’essence résultant des règles fédérales de tarification du carbone.

Pendant ce temps, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey, a également pris la parole jeudi, affirmant que sa province, tout comme la Nouvelle-Écosse, ne soutient pas d’augmentations supplémentaires de la tarification du carbone.

«Nous appuyons une approche du Canada atlantique à cette question, a déclaré M. Furey dans un communiqué. Le marché a tellement augmenté les prix du carburant que l’effet souhaité des augmentations du prix du carbone s’est déjà réalisé, et cela exerce une pression considérable sur les Terre-Neuviens et les Labradoriens.»

Andrew Furey a ajouté que sa province fait sa part pour lutter contre les changements climatiques par le développement de l’hydroélectricité et de l’hydrogène vert ainsi que par des normes de performance pour son industrie pétrolière.

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