Les préposés à l’entretien ménager jouissent d’une nouvelle reconnaissance

MONTRÉAL — Les entreprises d’entretien ménager ont craint le pire lors du premier confinement en mars dernier, puisque les immeubles commerciaux constituent, pour plusieurs d’entre elles, la grande majorité de leurs clients.

Six mois plus tard, les activités ont repris et le nombre de contrats a explosé. 

Les préposés au ménage qui avaient l’habitude de se fondre dans le décor sont désormais plus visibles qu’avant et leur présence rassure les quelques travailleurs qui s’activent dans les tours de bureaux. 

«Les clients veulent voir nos employés sur place», explique la vice-présidente des communications et du marketing chez Services Roy, Véronique Allard. 

«Comme nos employés travaillent habituellement le soir ou la nuit on a donc ajusté les quarts de travail pour que certains d’entre eux se partagent des quarts de jour. On s’est même procuré des dossards pour les identifier», poursuit-elle. 

«D’une part, c’est rassurant pour les gens et d’un autre côté nos employés se sentent valorisés», explique la porte-parole. Elle parle d’une transformation positive au sein de l’industrie: «On salue les employés d’entretien. On leur dit qu’ils sont des héros. C’est la première fois qu’on reconnaît autant la valeur de leur travail.» 

«On va se le dire ce n’est pas le métier le plus “glamour”, mais je tire une satisfaction du travail accompli», affirme Michel Gariépy, employé de Services Roy depuis quarante ans. 

«J’étais soudeur de formation. J’ai commencé à faire du ménage en attendant, puis il faut croire que j’attends encore», lance-t-il à la blague.

Cela devient évident en conversant avec M. Gariépy: il aime ce qu’il fait. Après avoir supervisé des équipes pendant trente ans, il est «retourné sur le plancher il y a dix ans». 

Après toutes ces années, il ne songe pas à la retraite, d’autant plus que l’importance du nettoyage et de la désinfection prend tout son sens dans la crise actuelle. «Les gens réalisent que si on n’était pas là, le travail ne se ferait pas, dit-il. Ils ne voyaient peut-être pas cela avant.» 

Les préposés à l’entretien ménager jouissent d’une nouvelle reconnaissance, constate-t-il. Le rapport avec le public évolue, si bien que M. Gariépy parle d’un changement palpable qui se fait sentir chez ses collègues. Il remarque une plus grande motivation au sein des troupes depuis les six derniers mois. 

Il salue cet engouement envers la profession qu’il exerce avec fierté. «S’il y a une chose positive que la pandémie a apportée, c’est un regard différent sur certains corps de métier», dit-il. 

Main-d’œuvre : situations à géométrie variable

Mme Allard admet qu’il y a eu des pertes de contrats, mais pas de «coupures massives». Elle a pu réaffecter des employés, notamment vers les magasins à grande surface où la demande était plus forte. 

Elle s’est également tirée d’affaire pour recruter de nouveaux employés l’été dernier, quoique cela a été plus difficile qu’à l’habitude. La Prestation canadienne d’urgence était en partie responsable, selon elle. «En même temps, la saison estivale est toujours une saison un peu plus calme pour le recrutement», relativise Mme Allard. 

C’est également compliqué d’attirer de nouvelles recrues ces derniers temps pour le directeur du développement des affaires chez Ménage-Pro, Aziz Ramzi. 

Son carnet de commandes déborde et le personnel ne suffit pas à la tâche au point où il doit parfois refuser des contrats, explique-t-il. 

«La pénurie de main-d’œuvre existait avant, mais elle s’est accentuée avec la pandémie», fait-il remarquer. Il soupçonne aussi la nouvelle Prestation canadienne de la relance économique de retenir certaines personnes à la maison. 

Il préfère toutefois regarder les choses du bon côté et reconnaît que la vague de nouveaux clients est due en bonne partie à la crise sanitaire. 

Ce reportage a été préparé dans le cadre du programme de Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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