Les prescriptions contre le TDAH ne cessent d’augmenter au Québec

MONTRÉAL — Les prescriptions contre un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne cessent d’augmenter au Québec, et c’est dans la province qu’il s’en écrit le plus au Canada, révèle un rapport publié cette semaine par l’Institut national de santé publique.

Entre 2000 et 2020, la prescription est passée de 1,9 % à 7,7 % chez les jeunes de 24 ans et moins inscrits au Régime public d’assurance médicaments, peut-on lire dans le document, qui évoque un «accroissement constant».

«Cette tendance à l’augmentation de la prescription est cohérente avec celle du diagnostic de TDAH au Québec», indique le rapport.

On note une augmentation de la prescription de médicaments pour un TDAH chez les 24 ans et moins dans toutes les régions du Québec entre 2000 et 2020, la hausse par région oscillant entre 2,1 % et 11,9 %. On évoque des différences géographiques dans la prévalence épidémiologique du TDAH; des approches cliniques différentes dans le traitement à travers la province; et des différences culturelles dans la perception du TDAH entre les régions pour expliquer ces disparités.

Selon l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, 4 % des jeunes de 25 ans et moins prenaient de la médication pour un TDAH au Canada en 2017-2018, contre 8,1 % des jeunes au Québec.

«Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ces disparités entre le Québec et les autres provinces canadiennes, selon le rapport. En effet, considérant la prévalence du TDAH diagnostiqué plus importante au Québec, l’augmentation de la prescription représente probablement une reconnaissance accrue du TDAH et de l’efficacité potentielle des médicaments.»

La différence pourrait aussi s’expliquer par la gratuité des médicaments pour un TDAH chez les Québécois de 18 ans et moins et les étudiants à temps plein de 18 à 25 ans, ajoute-t-on.

En 2019-2020, un peu moins de 10 % des garçons et un peu moins de 6 % des filles de 0 à 24 ans couverts par le régime ont reçu des prescriptions pour un TDAH. Plus de la moitié des premières prescriptions sont rédigées par le médecin de famille, et environ le tiers par un pédiatre.

Il se peut par ailleurs que ces données concernant les prescriptions sous-estiment l’ampleur réelle de la situation, explique l’INSPQ, «puisqu’il est possible que le TDAH ne soit pas rapporté en présence de troubles associés étant donné qu’un seul code de diagnostic est permis pour la facturation d’un service médical».

«On prescrit moins que la prévalence de la maladie, a commenté le docteur Alain Lesage, qui est professeur titulaire au département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Donc il y a des gens qui potentiellement pourraient être traités et qui ne sont pas traités.»

Le document constate aussi que moins de prescriptions ont été remises à des jeunes issus de milieux très favorisés économiquement et de milieux défavorisés sur le plan social, possiblement parce que «les parents d’enfants mieux scolarisés avec un revenu élevé sont plus aptes à repérer les services spécialisés médicaux, scolaires et communautaires disponibles dans leurs régions».

Des problèmes d’accès aux soins de santé et une crainte de stigmatisation supplémentaire à leur statut de défavorisation sociale sont aussi évoqués.

«Il a été montré par une série d’études que le traitement avec la médication est un traitement qui est efficace, sécuritaire et qu’il n’y a pas d’équivalent», a dit le docteur Lesage.

Prendre en charge le plus tôt possible les enfants atteints d’un TDAH pourra leur éviter plusieurs problèmes plus tard dans la vie, ajoute-t-il, qu’il s’agisse de décrochage solaire, de problèmes d’estime de soi, de toxicomanie ou de problèmes d’anxiété ou de dépression.

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