Soulpepper Theatre: quatre actrices dénoncent l’inaction de la compagnie

TORONTO — Quatre actrices qui disent avoir été harcelées sexuellement pendant des années par le cofondateur de la compagnie Soulpepper Theatre de Toronto, Albert Schultz, affirment que l’inaction de la compagnie face à leurs nombreuses plaintes les a incitées à parler publiquement.

Le cofondateur et directeur artistique a démissionné, jeudi. Dans un communiqué, le conseil d’administration de la compagnie Soulpepper Theatre, qui avait indiqué précédemment avoir relevé M. Schultz de ses fonctions de directeur artistique pendant la durée de l’enquête, a dit avoir accepté sa démission, effective immédiatement.

«La démission de M. Schultz permettra à Soulpepper de se concentrer sur sa mission principale: offrir un environnement sécuritaire pour son groupe exceptionnellement talentueux de professionnels», affirme la compagnie.

«Bien qu’il s’agisse d’un chapitre extrêmement difficile dans l’histoire de Soulpepper, la décision assure que l’organisation sera en mesure d’aller de l’avant avec confiance et de demeurer une compagnie de théâtre de premier plan», ajoute-t-on.

M. Schultz a confirmé sa démission par communiqué et a dit qu’il se défendrait «farouchement» contre les allégations.

«J’ai pris cette décision dans l’intérêt de l’avenir de la compagnie dans laquelle j’ai investi les 20 plus récentes années de ma vie, et dans l’intérêt des aspirations des artistes et administrateurs de la compagnie», a-t-il affirmé.

La crainte de porter plainte

Lors d’une conférence de presse organisée plus tôt jeudi, les quatre plaignantes dans des poursuites déposées contre l’homme de théâtre et la compagnie ont déclaré avoir été terrifiées à l’idée de parler publiquement. Elles ont toutefois jugé qu’elles n’avaient pas d’autre choix.

«Albert Schultz est le visage de Soulpepper. Il avait le pouvoir de choisir ou non une actrice, a souligné une avocate des plaignantes, Tatha Swann. Il y avait une crainte de porter plainte. La dynamique du pouvoir était extrême.»

Les quatre actrices accusent l’homme de 54 ans de s’être exhibé devant elles, de leur avoir fait des attouchements et de leur avoir fait subir de l’humiliation de nature sexuelle.

Les allégations n’ont pas été prouvées devant un tribunal et ni Albert Schultz ni la compagnie de théâtre torontoise n’ont présenté d’exposé de la défense.

Les poursuites déposées par Kristin Booth, Hannah Miller, Diana Bentley et Patricia Fagan avaient poussé Soulpepper à demander au directeur artistique de se retirer de ses fonctions, le temps d’une enquête interne. La femme d’Albert Schultz, Leslie Lester, qui est directrice générale de la compagnie, a aussi choisi de se retirer temporairement.

Les allégations à l’endroit d’Albert Schultz surviennent après que Soulpepper eut annoncé, en octobre, avoir rompu ses liens avec l’artiste Laszlo Marton, qui aurait fait du harcèlement sexuel, selon la compagnie.

Kristin Booth a d’ailleurs critiqué Soulpepper pour avoir vanté publiquement, en octobre, ses politiques de lutte contre le harcèlement sexuel.

«Je n’y ai jamais vu de politique sur le harcèlement sexuel, a lancé l’actrice. Connaissant la culture là-bas, l’hypocrisie de cette déclaration est ce qui m’a motivée à parler publiquement, afin que cela n’arrive pas à d’autres jeunes femmes qui arrivent dans la compagnie.»

Hannah Miller affirme que les conditions de travail ne sont pas sécuritaires pour les acteurs dont le travail les force à être ouverts et vulnérables.

«Le caractère sacré du théâtre est violé, a-t-elle estimé. Aux jeunes actrices en début de carrière, ayez le courage de mériter ce que vous méritez, c’est-à-dire un environnement de travail sécuritaire, et un endroit sécuritaire où vous pouvez faire de l’art.»

Démissions en bloc

Les allégations ont poussé quatre autres artistes à annoncer, jeudi, leur départ de la compagnie en solidarité avec les plaignantes, affirmant — avant l’annonce de la démission de M. Schultz — qu’ils ne travailleraient plus jamais avec Soulpepper tant qu’Albert Schultz ne serait pas congédié.

Ted Dykstra, qui a démissionné aux côtés de Stuart Hughes, Michelle Monteith et Rick Roberts, a déclaré qu’il n’avait pas le choix.

«Je ne peux y travailler en sachant ce que je sais. Je connais ces femmes et je crois leurs histoires.»

Ces poursuites contre Albert Schultz surviennent alors que l’industrie du divertissement fait face à plusieurs cas d’inconduites sexuelles, qui ont émergé dans la foulée des allégations contre le producteur hollywoodien déchu Harvey Weinstein.

Soulpepper se décrit comme étant la plus grande compagnie de théâtre torontoise à but non lucratif, et Albert Schultz a joué un rôle clé dans son répertoire. Il est aussi producteur de la série à succès «Kim’s Convenience» diffusée sur les ondes de CBC. Il a reçu l’Ordre du Canada en 2013.

Soulpepper offre également de la formation pour les jeunes acteurs et artistes du théâtre.

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