Les producteurs de patates de l’ÎPÉ subissent encore les impacts de l’interdiction

Les producteurs de pommes de terre de l’Île-du-Prince-Édouard ressentent encore l’impact de la perte de clients, un an après que les expéditions de pommes de terre de consommation vers les États-Unis ont été interdites pendant quatre mois.

Le Canada avait cessé le 21 novembre 2021 d’envoyer aux États-Unis des patates, l’exportation la plus emblématique de l’Île-du-Prince-Édouard. On avait alors détecté dans quelques champs de l’île le champignon de la «verrue de la pomme de terre», une maladie qui la défigure, mais ne la rend pas impropre à la consommation. 

Ce parasite fongique se propage par le mouvement des patates, du sol et de l’équipement agricole infectés, mais ne représente aucun risque pour la santé humaine.

Les expéditions ont ensuite repris en avril dernier, après que le département américain de l’Agriculture a donné le feu vert aux fermes de l’île pour qu’elles reprennent leurs exportations vers les États-Unis. Mais pour des agriculteurs comme Andrew Smith – dont la propriété à Newton, à l’Île-du-Prince-Édouard, produit des pommes de terre pour les frites –, la perte subite de clients américains a eu des impacts durables.

M. Smith raconte qu’il a perdu un contrat avec une grande entreprise américaine qui a dû changer de fournisseur pendant l’interdiction. Il s’inquiète aussi maintenant des efforts répétés de lobbyisme de l’association américaine des producteurs de pommes de terre, qui réclame des exigences d’emballage plus strictes pour les exportations de l’Île-du-Prince-Édouard. 

Jordan Docherty, qui a pris sa retraite de l’armée avec l’intention de reprendre la ferme familiale à Elmwood, dans l’île, déplorait lundi qu’Ottawa mette des mois avant d’autoriser l’exportation interprovinciale de pommes de terre de semence de l’île. Le Canada avait imposé une interdiction sur les «exportations intérieures» en même temps qu’il imposait une interdiction d’exportation vers les États-Unis. 

Incertitude 

M. Docherty, âgé de 33 ans, a déclaré que lui et son frère de 29 ans, Logan, souhaitaient reprendre la ferme familiale, fondée en 1848, mais il admet que les défis sont de taille. Leur père, Alex, a estimé que l’interdiction des exportations lui coûtera au final «des centaines de milliers de dollars». 

«Mon plus gros client m’a appelé la semaine dernière depuis l’Ontario pour savoir si nous allons être autorisés à vendre — mais on ne le sait pas», a déclaré Alex Docherty en entrevue lundi. 

Les limites imposées à l’exportation auraient coûté plus de 50 millions $ de revenus à l’industrie de l’île et forcé les agriculteurs à détruire 250 millions de livres de patates, selon l’association des producteurs de la province. 

Alex Docherty estime qu’Ottawa devrait à l’avenir lutter davantage contre les menaces américaines de fermeture des frontières, plutôt que d’ordonner la fermeture de l’industrie de manière préventive. Le ministère fédéral de l’Agriculture avait expliqué que la décision d’interdire les exportations avait été prise pour anticiper une interdiction totale américaine après la détection du champignon en 2021.

Les pommes de terre de semence, qui représentent environ 10 % de la production annuelle de l’île, sont toujours interdites aux États-Unis, en attendant le résultat d’un examen plus approfondi du département américain de l’Agriculture — qui pourrait prendre des années.

La ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a défendu la décision d’Ottawa, affirmant que s’il n’y avait pas eu ces deux interdictions, toutes les pommes de terre de l’île auraient pu faire l’objet d’une interdiction de plusieurs mois, voire plusieurs années.

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