Les Proud Boys sont ajoutés à la liste des groupes terroristes identifiés par Ottawa

OTTAWA — Le gouvernement fédéral met à jour sa liste d’entités terroristes et y inclut notamment les Proud Boys, devenant ainsi le premier pays à identifier officiellement cette organisation comme terroriste.

Le groupe est présenté par Ottawa comme «une organisation néofasciste qui se livre à la violence politique» et qui a joué «un rôle central» dans l’attaque contre le Capitole américain, le 6 janvier.

Dans la mise à jour annoncée mercredi, les autorités fédérales ajoutent 13 nouveaux groupes dans la liste d’entités terroristes du Code criminel et font savoir qu’elles en examinent sept autres. Des 13 nouvelles entités terroristes, quatre sont signalées comme «groupe extrémiste violent motivé par des raisons idéologiques»: Proud Boys, The Base, Division Atomwaffen et Mouvement impérial russe.

Dans les communiqués publiés par le ministère fédéral de la Sécurité publique, The Base est présenté comme un groupe néonazi fondé en 2018, «principalement actif aux États-Unis». La Division Atomwaffen y est décrite comme «un groupe terroriste international néonazi» fondé aux États-Unis en 2013 et qui a maintenant des membres actifs au Canada. Le Mouvement impérial russe (MIR) est établi en Russie mais, selon le gouvernement canadien, cherche à se lier à des organisations néonazies en Europe et aux États-Unis.

Parmi les neuf autres ajouts à la liste canadienne, créée après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, on retrouve trois groupes liés à Al-Qaïda, quatre associés à Daech et une organisation séparatiste du Cachemire.

Une organisation qui figure sur la liste n’est pas en soi interdite et ce n’est pas non plus un crime d’y être. Mais concrètement, les membres de ces groupes peuvent se voir refuser l’entrée au Canada et les autorités peuvent plus facilement supprimer leur contenu en ligne. Les membres peuvent voir leurs biens saisis et il existe de graves sanctions criminelles pour avoir aidé des organisations sur la liste à mener des activités extrémistes. Le Code criminel prévoit également des peines pour quiconque gère les biens ou les finances de ces groupes. 

Pas d’influence politique 

À la suite de l’assaut contre le Capitole, en janvier, la Chambre des communes avait adopté une motion demandant au gouvernement d’utiliser tous les outils disponibles pour lutter contre la prolifération des suprémacistes blancs et des groupes haineux, en commençant par désigner les Proud Boys comme une organisation terroriste.

Le ministre Blair a nié à plusieurs reprises, mercredi, toute influence politique dans la décision d’ajouter à la liste les Proud Boys et les trois autres organisations extrémistes de droite. «Ce processus d’inscription d’une entité terroriste ne peut pas être politique», a déclaré M. Blair en conférence de presse. 

«Il doit être entièrement basé sur des preuves, des renseignements et la loi. Et c’est pourquoi j’ai essayé très soigneusement de rendre compte de la profondeur de la collecte de ces preuves et de ces renseignements qui a eu lieu pendant plusieurs mois, voire des années.» 

Le processus d’inscription sur la liste canadienne commence par des rapports de renseignement qui donnent des raisons de croire qu’une organisation a sciemment mené, tenté de mener ou facilité une activité terroriste. Si le ministre de la Sécurité publique estime que le seuil est atteint, il peut recommander au cabinet que l’organisation soit ajoutée à la liste. 

Le Canada avait précédemment placé deux groupes d’extrême droite sur la liste en 2019: Blood and Honor, qui est un réseau néonazi international, et sa faction armée, Combat 18. Ces deux organisations ont rejoint plus de 50 autres sur la liste, notamment Al-Qaïda, Daech, Boko Haram et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul.

Les Proud Boys en sol canadien

De hauts responsables qui s’exprimaient avant l’annonce de mercredi ont soutenu que les autorités canadiennes avaient surveillé et recueilli des preuves sur les Proud Boys et d’autres groupes d’extrême droite avant l’assaut sur le Capitole le 6 janvier. Mais le ministre a confirmé que cet événement avait fourni des informations qui ont aidé à la décision d’inscrire les Proud Boys, déjà connus au Canada lorsque plusieurs membres avaient perturbé une manifestation mi’kmaq à Halifax en 2017.

«À plusieurs reprises, nous avons vu les résultats tragiques que ce type d’extrémisme peut apporter en sol canadien», a expliqué le ministre Blair, mercredi, citant à titre d’exemple l’attentat à la mosquée de Québec, il y a quatre ans, qui a fait six morts et 19 blessés. «La menace d’extrémisme à motivation idéologique a été identifiée comme la menace la plus importante pour la sécurité intérieure au Canada.»

Le Conseil national des musulmans canadiens ainsi que le Centre pour Israël et les affaires juives ont été parmi les organismes qui ont salué, mercredi, l’ajout des quatre groupes extrémistes de droite. Par contre, la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles, établie à Ottawa, a exhorté les responsables à trouver des moyens plus démocratiques et plus transparents pour traiter avec de telles organisations, affirmant que cette liste menaçait les principes de base de la justice.

«Ces lois ont été dénoncées par des juristes experts, des organisations de défense des libertés civiles et des militants pour la justice raciale à cause de la menace qu’elles représentent pour les droits fondamentaux et parce qu’elles perpétuent le racisme, la xénophobie et l’islamophobie inhérentes à la ‘guerre au terrorisme’», écrivait la coalition dans une lettre transmise récemment au premier ministre Justin Trudeau.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, y a vu une victoire pour son parti et tous ceux qui ont fait cette demande, mais il croit qu’il faut aller plus loin et mettre à l’index tous les groupes d’extrême droite, qui sont selon lui en recrudescence depuis les dernières années. 

La décision du Canada a résonné mercredi à Washington, où la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a déclaré que les États-Unis attendraient les résultats d’une évaluation des services de renseignement sur «l’extrémisme violent intérieur» avant de décider d’imiter Ottawa. 

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