Les provinces atlantiques sont devenues des pôles d’attraction pour les immigrants

FREDERICTON — Les provinces atlantiques de Terre-Neuve-et-Labrador, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick sont devenues des pôles d’attraction pour les immigrants, si l’on en croit les données du recensement publiées mercredi.

La part des immigrants au Canada qui s’établissent dans la région a triplé, passant de 1,2 % en 2006 à 3,5 % l’an dernier. Au cours de cette période de 15 ans, la proportion d’immigrants récents a augmenté au Nouveau-Brunswick (passant de 0,4 % à 1,2 %), en Nouvelle-Écosse (de 0,6 % à 1,6 %), à l’Île-du-Prince-Édouard (de 0,1 % à 0,4 %) et à Terre-Neuve-et-Labrador (passant de 0,1 % à 0,3 %).

Patrick Brannon, chercheur principal au Conseil économique des provinces de l’Atlantique, souligne que la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick connaissent la plus forte croissance de l’immigration, avec des augmentations constantes entre 2016 et 2021.

Avec le vieillissement de la population globale dans ces régions, il croit donc que l’immigration ciblée pour compenser la pénurie de main-d’œuvre a porté ses fruits. La plupart des nouveaux arrivants viennent de Chine et d’Inde, a-t-il ajouté.

Mais on craint que les gains ne soient de courte durée, car les services essentiels n’ont pas suivi le rythme de la croissance. Les gens se plaignent dans toute la région de loyers élevés, d’une pénurie de logements et d’un manque chronique de médecins et d’infirmières, qui a obligé les hôpitaux et les salles d’urgence à réduire leurs heures.

Alors qu’environ 300 000 Canadiens de l’Atlantique sont sur des listes d’attente pour un médecin de famille en ce moment, la plupart des gens qui arrivent «peuvent avoir un peu de mal» à trouver, admet M. Brannon.

Jeffrey Reitz, professeur à l’École Munk d’affaires mondiales et de politiques publiques de l’Université de Toronto, soutient que davantage de gens se tournent vers l’est du pays à cause notamment des initiatives provinciales visant à attirer de nouveaux arrivants. 

«Le véritable défi pour certaines de ces destinations non traditionnelles n’est pas tant qu’elles attirent des immigrants, mais plutôt si elles sont réellement capables de les retenir ensuite», a-t-il déclaré.

Car il y a le «problème de la poule et de l’œuf», dit-il. «L’une des raisons d’encourager l’immigration est de stimuler l’économie, de créer plus de richesse afin qu’il y ait plus de services de ce type, mais si les gens ne viennent pas à cause du manque de services, cela ne résoudra pas le problème.»

Le professeur Reitz souligne un autre problème auquel sont confrontés de nombreux immigrants: le manque d’emplois correspondant à leurs compétences, qui, combiné à des coûts immobiliers élevés et à une pénurie de services, pourrait en pousser certains à quitter le pays.

De nombreux arrivants récents ont du mal à maintenir une assise économique suffisamment longtemps pour trouver un emploi qui puisse subvenir aux besoins de leurs enfants, a-t-il déclaré. 

Alors que les deux ou trois dernières décennies ont vu un grand nombre de personnes entrer dans le pays, beaucoup ont reconsidéré leur décision, et «environ le tiers ont en fait quitté le pays après une période de quatre ou cinq ans», estime le professeur Reitz.

À moins que les «grands problèmes» comme le logement abordable et les services publics ne soient résolus, le pouvoir de l’immigration pour alimenter la croissance économique sera donc émoussé, croit-il.

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