Les Québécois, moins adeptes de la philanthropie

MONTRÉAL — Les Québécois ont été moins nombreux à donner en 2018 comparativement à 2016, et encore une fois, ils se situent en queue de peloton au Canada pour ce qui est des montants versés.

En 2018, 54 pour cent des Québécois ont indiqué avoir fait un don, selon une étude menée par la firme Épisode, spécialisée en investissement communautaire et en philanthropie, en collaboration avec Léger Marketing. Les Québécois donnent en moyenne 224 $ par année, ce qui représente une baisse de 28 $ par rapport à 2016. Dans le reste du Canada, ce sont 60 pour cent des répondants qui ont fait un don, pour une moyenne de 459 $ et une hausse de 31 $ comparativement à 2016.

La firme Épisode note que la hausse enregistrée dans le reste du Canada pourrait s’expliquer entre autres par certains événements qui ont attiré beaucoup d’attention médiatique, comme l’accident qui a décimé l’équipe de hockey des Broncos de Humbolt et les incendies de forêt dévastateurs dans l’ouest du pays.

Le président d’Épisode, Daniel Asselin, note aussi que la culture philanthropique est bien différente au Québec, comparativement au Canada.

«On est toujours en train d’essayer de rattraper ce qui se fait dans la culture anglophone au niveau de la philanthropie», admet-il.

«On pense toujours que dans une ou deux générations, on réussira à rattraper ce qui se fait dans le marché anglophone, mais on part de plus loin parce qu’au Québec, on a été pris en charge par les gouvernements et par les communautés religieuses pendant tellement d’années. On s’investissait moins, donc, dans les organismes au niveau de soutenir des organismes communautaires.»

Génération sceptique

Pour la première fois, l’étude a observé en 2018 une génération qui s’est montrée plus «généreuse» que celle la précédant. En effet, la génération des 38-53 ans, «les X», a fait moins de dons que celle des 23-38 ans, les Y, en plus de donner en moyenne des montants moins élevés.

Chez les membres de la génération X, 47 pour cent ont dit avoir fait un don, contre 59 pour cent du côté des Y et les montants moyens versés ont respectivement été de 158 $ et 176 $.

«On l’attribue beaucoup au fait qu’ils sont dans un goulot d’étranglement financier, explique M. Asselin. Ils ont fait en moyenne un petit peu plus d’enfants que les boomers et (lorsqu’ils sont) rendus à 50 ans, (leurs enfants) sont au cégep ou à l’université. Donc ils ont un goulot d’étranglement financier, ils ne sont pas encore indépendants financièrement.»

M. Asselin décrit également les X comme des gens généralement «sceptiques», ce qui peut avoir un effet sur leur propension à donner ou non.

«C’est dans leur tempérament. Ce sont des gens qui sont sceptiques, qui ne sont pas certains, qui prennent plus de temps à analyser et à prendre une décision.»

De leur côté, les Y bénéficient actuellement de la situation de plein emploi au Québec, note-t-il, tout en ayant moins d’obligations, à ce stade-ci de leur vie, que la génération précédente.

«Les Y aiment vivre une expérience, aiment participer à la vie philanthropique, ont moins d’obligations familiales. Venir rattraper les X qui contribuent à peu près 150 $ par année par contributeur, c’est relativement facile quand tu n’as pas d’obligation.»

Femmes d’influence

L’étude sur la philanthropie indique que les femmes ont versé en 2018 178 $ en dons, en moyenne, un montant de 89 $ inférieur à celui versé par les hommes.

«Évidemment, certaines données socioéconomiques peuvent expliquer la différence entre les moyennes de dons selon le sexe. Au pays, les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes à occuper des emplois moins rémunérateurs ou à temps partiel et touchent en moyenne 0,87 $ pour chaque dollar gagné par un homme», rappelle le document.

Mais si le montant versé est moins important du côté des femmes, celles-ci n’en jouent pas moins un rôle très important dans la philanthropie.

M. Asselin souligne en effet que les femmes ont beaucoup d’influence dans le choix de la cause qu’une famille va appuyer, par exemple. Et puisque les femmes sont de plus en plus présentes dans les conseils d’administration des grandes entreprises, elles seront de plus en plus nombreuses à y faire sentir leur influence en matière de philanthropie.

Donner à la communauté d’accueil

Pour la première fois, l’étude sur la philanthropie, réalisée tous les deux ans environ depuis 2009, s’est penchée sur les dons faits par les personnes disant appartenir à une communauté culturelle autre que québécoise ou canadienne.

«Le dollar philanthropique des communautés culturelles, historiquement, sortait du pays. Les gens des communautés culturelles répondaient à des besoins de leur communauté, dans leur pays (d’origine), pour des choses particulières, que ce soit un musée, un hôpital, une école», explique M. Asselin.

Ces personnes sont toutefois de plus en plus intéressées à participer à la vie philanthropique de leur communauté d’accueil, ajoute-t-il.

L’étude indique par ailleurs qu’en 2018, les Québécois s’identifiant à une communauté culturelle autre que québécoise ou canadienne ont été légèrement plus nombreux à faire des dons, 58 pour cent d’entre eux ayant effectué une contribution, soit 4 pour cent de plus que la moyenne provinciale.