Les Québécois pourraient attendre jusqu’à 90 jours avant leur deuxième dose de vaccin

MONTRÉAL — Les Québécois pourraient devoir attendre jusqu’à 90 jours avant de recevoir leur deuxième dose de vaccin contre la COVID-19, a fait savoir la Santé publique du Québec, jeudi.

«Ça ne veut pas dire qu’on va attendre jusqu’à 90 jours, mais on pourrait», a précisé le Dr Richard Massé de la Santé publique, lors d’un breffage technique.

L’idéal est évidemment d’administrer la seconde dose plus rapidement, ce qui sera d’autant plus facile lorsque la cadence des arrivages de vaccins va s’accélérer au printemps.

Cette stratégie vaccinale devrait permettre de devancer l’inoculation d’environ 500 000 Québécois, ont calculé les autorités sanitaires. On parle ici de ceux qui habitent en résidences privées pour aînés (RPA) et des plus de 70 ans.

Le débat dure depuis un certain temps quant au meilleur moment pour administrer la seconde dose, vu la disponibilité limitée des vaccins et l’ampleur de la transmission communautaire du virus au Québec. 

Les vaccins des entreprises pharmaceutiques Pfizer et Moderna — les deux seuls ayant été approuvés par Santé Canada jusqu’à maintenant — nécessitent deux doses pour être pleinement efficaces à long terme. Pfizer indique que la seconde doit être donnée au maximum 21 jours après la première, et Moderna, 28 jours au plus tard.

Dans un rapport publié mardi, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) s’est rangé derrière l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et a recommandé que, vu la situation qui prévaut au pays, la seconde dose de vaccin peut être injectée au plus tard six semaines (42 jours) après la première. Pourquoi 42 jours? Parce que les études cliniques publiées qui ont examiné l’efficacité du vaccin ne portent que sur cette période, a expliqué Dr Massé, conseiller médical stratégique à la Direction générale de la santé publique.

Malgré cette recommandation, la Santé publique du Québec a décidé de se donner une marge de manoeuvre allant jusqu’à 90 jours: l’idée est de vacciner un maximum de personnes vulnérables avec une première dose, qui donne déjà une immunisation efficace contre le coronavirus à hauteur d’environ 90 %, a déclaré Dr Massé. La seconde dose vise à prolonger la protection dans le temps. Par exemple, cette façon de faire permettra de commencer à vacciner dans les résidences privées pour aînés (RPA) le 25 janvier.

C’est une course contre la montre, a déclaré à ce sujet le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse jeudi. «Sauver des vies est un impératif moral.»

«C’est la meilleure stratégie parce qu’on doit composer avec très très peu de vaccins.»

M. Dubé est au fait des recommandations du comité fédéral sur l’immunisation, mais relève que toutes les provinces ne sont pas dans le même bateau: «on n’a pas la même situation qu’au Nouveau-Brunswick», a-t-il illustré.

Pourquoi 90 jours?

Il s’agit d’un équilibre entre les risques et les bénéfices, comme le sont beaucoup de décisions en santé publique, a indiqué le Dr Massé.

Et le bénéfice ici est de protéger un demi-million de personnes vulnérables de plus, dans un contexte où le virus circule beaucoup, a-t-il ajouté, rappelant que Québec a enregistré jeudi 2132 nouveaux cas de COVID-19 et 63 décès.

Mais quelle efficacité aura cette première dose au bout de 90 jours? «On n’a pas la réponse complète», a reconnu le Dr Massé, ajoutant que personne n’a de données scientifiques pour la période qui suit la marque du 42 jours.

Mais il se veut encourageant: selon les données probantes disponibles, l’efficacité d’une première dose de vaccin est encore «très bonne» après 42 jours. Et cette protection n’arrête pas du jour au lendemain, a-t-il insisté, basant cette conclusion sur l’expérience obtenue auprès de moult vaccins dans le passé.

La Santé publique du Québec a expliqué à Pfizer la situation spécifique du Québec, mais ne lui a pas demandé de mettre son sceau d’approbation sur sa décision du délai de 90 jours.

«C’est notre responsabilité à nous», a souligné Dr Massé. D’ailleurs, «on ne lui demande pas de nous approuver, on lui demande de continuer à nous approvisionner».

Il faisait ainsi référence aux propos tenus la semaine dernière par la ministre fédérale des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, qui a émis un avertissement: si les provinces ne respectent pas les délais entre les deux doses prévus par les entreprises pharmaceutiques, il pourrait être plus ardu de les convaincre de livrer plus rapidement au Canada les convoitées cargaisons de vaccin.

Jeudi, le Dr Howard Njoo, administrateur en chef adjoint à l’Agence de la santé publique du Canada, n’a pas voulu donner son aval à la décision prise par Québec — on n’a pas de données probantes au-delà de 42 jours, a-t-il répété — mais il ne l’a pas critiquée non plus, bien qu’elle aille à l’encontre des recommandations du CCNI.

Tout le monde cherche à respecter les recommandations pour l’administration des vaccins, a-t-il dit. «Mais c’est un enjeu parce que la quantité des vaccins est limitée actuellement au Canada et aussi dans quelques régions du Canada, incluant le Québec, la pandémie s’est intensifiée.»

Il croit que le Québec a d’autres considérations en tête. «Et la décision qu’ils vont prendre pour l’intervalle de doses, c’est à eux… C’est leur décision à prendre.»

M. Massé soutient que la Santé publique du Québec — comme la plupart des pays qui sont dans la même situation — va surveiller de très près l’efficacité du vaccin après une première dose.

Laisser un commentaire