Les questions autochtones ont été très peu abordées pendant la campagne

MONTRÉAL — Les dirigeants autochtones du Québec déplorent le fait que les priorités de leurs communautés ont été largement ignorées lors de la présente campagne électorale qui s’achève.

Le grand chef attikamek Constant Awashish n’est pas très surpris que la campagne ait négligé des questions telles que l’autodétermination autochtone, l’utilisation des terres, le partage des ressources ou les partenariats «de nation à nation». Ces questions ne sont pas défendues par les partis politiques, a-t-il dit, parce que les chefs de partis n’ont pas besoin du vote autochtone pour être élus.

«Évidemment, je veux que les choses changent, a déclaré M. Awashish. Je veux avoir un avenir meilleur pour mon peuple, un avenir meilleur pour mes enfants, et je pense qu’il y a une responsabilité morale» au sein des partis.

La communauté attikamek réclame qu’une série de mesures — appelées «principe de Joyce» — soient enchâssées dans la loi québécoise.

Il s’agit d’une liste de recommandations aux gouvernements québécois et canadien sur la façon de lutter contre le racisme systémique dans le secteur de la santé et des services sociaux. Le «principe de Joyce» porte le nom de Joyce Echaquan, Attikamek de 37 ans, mère de sept enfants de Manawan, morte à l’hôpital de Joliette en 2020. Avant de mourir, elle avait filmé avec son téléphone les insultes à caractère racial de membres du personnel.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a refusé d’adopter le «principe de Joyce», parce qu’il fait référence au racisme systémique dans les institutions québécoises — un phénomène qui, selon le gouvernement caquiste, n’existe pas au Québec. Le chef de la CAQ, François Legault, a dû s’excuser auprès du veuf de Joyce Echaquan après avoir déclaré lors du débat des chefs à TVA que la situation à l’hôpital de Joliette était «réglée».

Le chef Sipi Flamand, de Manawan, communauté attikamek située à quelque 200 km au nord de Joliette, n’est pas non plus surpris par l’absence des questions autochtones pendant la campagne. «Il est très important que les différents partis travaillent ensemble pour résoudre les problèmes soulevés par les communautés autochtones», a déclaré M. Flamand.

«Nous nous sentons ignorés»

Le chef Awashish aimerait que la classe politique du Québec soit plus sensibilisée aux enjeux autochtones et comprenne davantage les communautés. «Je pense que les Premières Nations s’impliquent davantage à tous les niveaux politiquement, mais ce qui est triste, c’est que (les dirigeants politiques) ne parlent de nos peuples que lorsqu’il se passe quelque chose de mal (…) c’est l’image que la société a, collectivement.

«Nous avons besoin de plus d’éducation, nous avons besoin de plus de sensibilisation, pour tout le monde, mais principalement pour les élus non autochtones: ils ont besoin de nous voir différemment, ils ont besoin de nous connaître différemment, afin qu’ils puissent nous voir comme la solution du futur», estime le grand chef attikamek.

M. Legault a été confronté en direct, vendredi, à la réalité des Autochtones qui se sentant rejetés par son gouvernement, alors qu’il s’adressait aux survivants des pensionnats fédéraux lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, en Abitibi-Témiscamingue. Un survivant des pensionnats, Johnny Wylde, lui a dit «nous nous sentons ignorés». M. Legault lui a promis que s’il était réélu lundi, il passerait plus de temps avec les communautés des Premières Nations.

«Les partis n’en parlent pas assez, on est oubliés, à quelque part, on parle juste des Québécois, a renchéri Édouard Kistabish après la cérémonie vendredi. Ça va au ralenti, ça va prendre du temps avant qu’on fasse confiance, de notre côté. On a trop vécu de rejet.»

S’adressant aux journalistes plus tard vendredi, M. Legault a déclaré que son objectif était de conclure des accords avec les Premières Nations et les Inuits concernant des éléments tels que les aires protégées et le développement économique. Il a soutenu que les négociations étaient longues parce que chacune des onze 11 nations présentes au Québec souhaite conclure son propre accord. Le gouvernement du Québec a jusqu’ici signé cinq ententes.

M. Legault a également déclaré que la protection des langues autochtones serait une priorité d’un prochain mandat, et il a suggéré qu’un gouvernement caquiste déposerait un projet de loi pour faire adopter un peu l’équivalent d’une loi 101.

Un férié ou pas?

À Montréal, la cheffe libérale Dominique Anglade a déclaré aux journalistes que si elle était élue, elle ferait adopter le «principe de Joyce» au cours de ses 100 premiers jours au pouvoir. Elle a aussi promis que la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre, devrait être un jour férié au Québec, comme au fédéral et dans certaines provinces.

M. Legault a refusé il y a un an de faire du 30 septembre une journée fériée à l’échelle provinciale: il a évoqué une perte de «productivité» si le Québec ajoutait un autre congé, et il a soutenu que l’initiative coûterait trop cher.

Taiaiake Alfred, un écrivain mohawk et stratège politique de Kahnawake, au sud de Montréal, a déclaré qu’il n’y avait tout simplement pas beaucoup d’incitatifs pour les partis politiques à s’engager auprès des communautés des Premières Nations et des Inuits lors des élections provinciales. La relation entre les gouvernements colonisateurs et les Premières Nations devrait se situer à un autre niveau, a-t-il soutenu.

«Ils forment une nation et nous formons une nation: nous devrions être en relation avec eux à un niveau collectif, plutôt que de les attirer dans notre politique et de nous impliquer dans la leur», estime M. Alfred.

Quiconque est élu politiquement – que ce soit un gouvernement nationaliste, fédéraliste ou séparatiste – importe peu pour ceux qui vivent à Kahnawake, a-t-il déclaré. «Ça ne fait aucune différence quant à la façon dont la Couronne et l’identité québécoise se manifestent envers nous, cela n’a jamais été un facteur, alors on ne s’implique pas.»

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