Les questions serrées posées à Trump lors de son assemblée publique font jaser

NEW YORK — Savannah Guthrie a fait plus qu’afficher ses talents de journaliste lors de l’assemblée publique du président Donald Trump au réseau NBC. Elle a dissipé une controverse qui embêtait ses patrons.

En vue de la soirée de jeudi dernier, NBC avait été largement critiqué pour avoir tenu son événement avec M. Trump au même moment où le candidat démocrate Joe Biden prenait la parole au réseau ABC.

NBC s’est fait accuser d’avoir récompensé le président républicain après qu’il eut rejeté une invitation de la commission sur les débats présidentiels, qui voulait tenir le deuxième débat de manière virtuelle.

Cela a été rapidement oublié lorsque le président s’est assis en face de Mme Guthrie, qui l’a questionné précisément sur la date de son dernier test positif à la COVID-19 (il a dit qu’il ne s’en souvenait pas), en plus de l’avoir interrogé sur la possibilité qu’il ait souffert d’une pneumonie (il ne l’a pas précisé) ainsi que sur ses finances personnelles.

La diplômée de l’École de droit de Georgetown avait manifestement fait ses devoirs, apparemment préparée à chaque réponse. Lorsque le président a fait référence à une statistique tirée d’une étude sur l’efficacité des masques contre la propagation de la COVID-19, Mme Guthrie l’avait lue elle aussi et a réfuté ce qu’il avançait.

En tant qu’animatrice de l’émission «Today», Savannah Guthrie connaît bien l’importance du temps qui s’écoule et sait comment empêcher un interviewé de faire de l’obstruction systématique. Elle sait aussi cristalliser ce que pense le public, comme en témoigne l’un des moments les plus cités de la soirée. 

Après s’être fait demander pourquoi il avait partagé une fausse théorie du complot selon laquelle les forces spéciales américaines n’avaient pas vraiment tué Oussama Ben Laden, M. Trump a dit qu’il «l’avait simplement diffusée» pour laisser les gens décider par eux-mêmes.

«Je ne comprends pas cela, a-t-elle rétorqué, incrédule. Vous êtes le président. Vous n’êtes pas comme un oncle fou qui peut retweeter n’importe quoi.»

L’animatrice lui a aussi décrit la théorie du complot QAnon, selon laquelle les démocrates dirigeraient un réseau pédophile satanique et M. Trump serait le sauveur censé les arrêter. Elle lui a demandé pourquoi il ne l’avait pas encore dénoncée, ce à quoi il a répondu qu’il ne savait rien de cette théorie.

«Je viens de vous la présenter», a-t-elle répondu.

Il a alors laissé entendre que ce qu’elle dit n’est pas nécessairement vrai.

«Il n’y a pas de secte pédophile satanique, a-t-elle tranché. Ne le savez-vous pas?»

Donald Trump est «de loin» la personnalité publique la plus difficile à interviewer, a déclaré le journaliste d’Axios Jonathan Swan qui, avec Chris Wallace de Fox News et maintenant Mme Guthrie, ont reçu des éloges pour avoir confronté le président dans ce cycle électoral.

«Le plus grand défi avec le président Trump est que ce n’est jamais une conversation linéaire, a-t-il expliqué. C’est comme monter sur un Bronco (un véhicule quatre-quatre). L’élaboration des questions n’a pas vraiment d’importance car il répond à des sujets.»

Cela nécessite une grande préparation, à la fois pour connaître les faits et anticiper la réaction de Trump, a-t-il soutenu. Même dans ce cas, il est possible de devenir tellement absorbé par la vérification des faits que cela perturbe le flux de la conversation, a-t-il ajouté.

Lorsque Savannah Guthrie a interrogé Donald Trump sur ses finances personnelles et ses impôts, le président a tenté d’interrompre la conversation en disant — comme il le fait depuis 2016 — qu’il ne pouvait pas en parler parce qu’il était sous audit. Mme Guthrie a déclaré qu’aucune loi n’empêchait une personne faisant l’objet d’une vérification de discuter de ses impôts et a insisté. «À qui devez-vous 421 millions de dollars?», a-t-elle demandé.

Elle a consacré un temps inhabituel aux questions en tête-à-tête, alors que les questions du public devaient prendre plus de place dans l’émission. Elle a également fait du pouce sur les questions du public. Lorsque M. Trump a parlé des soins de santé et du maintien de la protection contre les conditions préexistantes, Mme Guthrie a souligné que son administration tentait d’éliminer cela devant les tribunaux.

Un coup d’œil sur les réactions en ligne a illustré l’efficacité de Mme Guthrie. Des mots comme «condescendante», «harcelante» et «intimidatrice» ont été utilisés sur les réseaux sociaux par les partisans du président. Des mèmes sont apparus avec le visage de la journaliste pour la faire ressembler à un vampire ou un diable.

«Pourquoi est-ce que qui que ce soit prend Savannah Guthrie au sérieux?, a écrit sur Twitter l’animateur conservateur Buck Sexton. Elle était clownesque et stridente hier soir. Tout simplement horrible.»

Avant une apparition en Floride vendredi, Donald Trump a balayé d’un revers de la main son expérience avec Mme Guthrie.

«Si vous ne pouvez pas gérer Savannah, vous ne pouvez pas gérer Poutine et le président Xi et Kim Jong-un», a-t-il déclaré.

Mais il a clairement été marqué. Il a fait mention de l’entrevue lors d’un autre rassemblement en Géorgie. «Hier soir, elle a dépassé les bornes, je veux dire, à mon avis. Elle a dépassé les bornes.»

La société Nielsen a annoncé vendredi après-midi que l’événement de Joe Biden avait attiré 14,1 millions de téléspectateurs sur ABC entre 20 heures et 21 heures, tandis que M. Trump avait réuni 13,5 millions de personnes sur NBC, CNBC et MSNBC.

Tim Murtaugh, porte-parole de la campagne Trump, a déclaré que même si le débat parrainé par la commission avait été annulé jeudi, «il a eu lieu de toute façon». Il a accusé Mme Guthrie d’avoir joué un rôle d’opposante lors du débat et de substitut de Joe Biden.

Plus que quiconque, Jonathan Swan, d’Axios, comprend que les enjeux sont élevés lorsqu’il est question d’une entrevue avec Donald Trump.

«Ça ne fait aucun doute, parce que chaque interview qu’il fait est examinée de façon si intense, que vous pouvez vous faire d’énormes dégâts si vous n’êtes pas bien préparé», a-t-il remarqué.

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