Les refus de visa sont condamnés à l’ouverture de la conférence sur le sida

MONTRÉAL — La Société internationale sur le SIDA réévaluera la façon dont elle organise les conférences internationales à la suite des refus de visa par le gouvernement canadien, souligne vendredi la présidente de l’organisation. 

Ses commentaires ont été faits alors que le ministre canadien du Développement international, Harjit Sajjan, a annulé son allocution prévue à la conférence. 

Adeeba Kamarulzaman a déclaré aux participants à la cérémonie d’ouverture de la conférence AIDS 2022 qu’elle était «profondément contrariée par le nombre élevé de refus et de visas en attente qui ont empêché de nombreux délégués inscrits, y compris le personnel et la direction de la Société internationale sur le SIDA, d’entrer au Canada».

Elle a ajouté que la Société internationale sur le SIDA, l’association des professionnels qui organise la conférence, veut s’assurer que ses conférences incluent les communautés les plus touchées par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

«Nous savons que sous-jacent à la difficulté éprouvée par de nombreux participants pour entrer au Canada, se cache un problème plus large d’iniquité mondiale et de racisme systémique qui a un impact significatif sur la santé mondiale, a-t-elle dit. Le VIH, en particulier, a toujours touché de manière disproportionnée les plus marginalisés.»

D’autres intervenants ont vivement critiqué les politiques canadiennes en matière de visas. L’activiste et écrivain Tim McCaskill a affirmé aux participants que si des pays comme le Canada ne sont pas en mesure de permettre à «toutes les parties prenantes» d’y assister, «alors nous devons tenir ces conférences dans des endroits qui le sont».

Lors de la cérémonie d’ouverture, un groupe de manifestants est monté sur scène, condamnant les refus de visa et les inégalités dans la réponse mondiale au VIH. «Plus de conférences sur le sida dans les pays racistes», a clamé une femme en prononçant un bref discours.

Le ministre Sajjan devait prendre la parole à l’ouverture de la conférence, mais il a annulé et n’a pas été remplacé par un autre représentant du gouvernement canadien. Il devait également participer à une session de conférence plus tard dans la journée.

Le bureau de M. Sajjan a indiqué que des «problèmes opérationnels» l’avaient empêché d’y assister. «Nous restons des partisans indéfectibles de l’ONUSIDA, du Fonds mondial et de nos partenaires de confiance», a écrit Haley Hodgson, porte-parole du ministre, dans un courriel, faisant référence au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Omar Sharif fils, le maître de cérémonie de l’événement d’ouverture, a déclaré que M. Sajjan avait informé les organisateurs de l’annulation «il y a peu de temps», attirant les huées de la foule.

Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, s’est dite «triste que le gouvernement du Canada ne soit pas là».

Dans son discours, elle a appelé à un monde plus juste, où chacun a accès à des soins de santé de qualité et où les personnes vivant avec le VIH ne sont pas stigmatisées, «y compris un monde où les personnes du sud ne se voient pas refuser l’entrée dans les pays riches pour apporter leur expertise», a-t-elle ajouté.

Vendredi après-midi, M. Sajjan a annoncé dans un communiqué de presse que le gouvernement canadien fournirait un financement de 15 millions $ à l’ONUSIDA de 2023 à 2025.

«Beaucoup trop de personnes meurent encore à un rythme inacceptable à cause du VIH/sida. Nous devons tous nous mobiliser à nouveau pour le bien de nos communautés, de nos nations et de notre monde. Personne ne doit être laissé pour compte», a déclaré le ministre dans le communiqué. 

La conférence, qui attire des chercheurs, des médecins, des militants et des personnes vivant avec le VIH, se concentre à la fois sur les progrès scientifiques dans la lutte contre le sida et sur la nécessité d’un financement accru pour la lutte contre le VIH.

L’ONUSIDA, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, a annoncé que des millions de vies sont menacées en raison des perturbations des soins du VIH causées par la pandémie de COVID-19 et de la baisse du financement de la réponse au VIH.

«Alors que de nouvelles infections augmentent dans de nombreuses régions et que l’accès au traitement ralentit, comment peut-il être juste aussi que le financement diminue ?» a questionné Mme Byanyima devant les journalistes plus tôt vendredi.

L’un des messages de la conférence est que si le traitement a rendu la charge virale indétectable, le virus n’est plus transmissible.

Cela s’applique à la fois aux partenaires sexuels et aux femmes enceintes séropositives qui pourraient transmettre le virus aux enfants, a expliqué Maurine Murenga, directrice de la Fondation Lean on Me. Son organisation kenyane travaille avec des adolescentes et des jeunes femmes vivant avec le VIH ou affectées par la tuberculose.

«Lorsque j’ai été diagnostiquée séropositive il y a 20 ans, on me donnait six mois à vivre parce qu’il n’y avait pas de traitement. Je ne savais pas que je vivrais assez longtemps pour arriver à un point où les personnes vivant avec le VIH, sous traitement efficace, ne pourraient plus transmettre le VIH à leurs partenaires», a-t-elle témoigné.

La conférence se déroule jusqu’à mardi. Plus de 9000 délégués sont attendus en personne et 2000 autres sont inscrits pour participer virtuellement. 

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