Les relations canado-américaines nécessitent un jardinage constant, dit Freeland

WASHINGTON — La relation du Canada avec les États-Unis a toujours nécessité un «jardinage constant», mais jamais autant qu’en pleine pandémie mondiale, a admis mercredi la vice-première ministre Chrystia Freeland, en saluant l’arrivée — partielle — d’une expédition de masques.

Mme Freeland a indiqué que la «première partie» de la commande canadienne des fameux masques N95 — 500 000 unités — était arrivée tard mardi soir. L’entreprise américaine 3M avait contesté les directives de la Maison-Blanche de cesser toute exportation de cet équipement médical tant convoité un peu partout dans le monde.

Mais malgré cette petite victoire et les mots soigneusement choisis de la ministre, la réalité pour l’avenir est on ne peut plus claire: le Canada, comme tant d’autres pays du monde, devra batailler ferme à chaque étape du processus d’acquisition de ces masques, barrière de protection vitale pour le personnel soignant qui côtoie quotidiennement la COVID-19.

«Telle est la nature de nos relations commerciales avec les États-Unis en général: cela exige un travail constant, un jardinage constant, a expliqué mercredi Mme Freeland en conférence de presse à Ottawa. En cette période de véritable pandémie mondiale, de véritable crise, cela exige une attention particulière, et nous y consacrons assurément toute l’attention nécessaire.»

Ni Mme Freeland ni un représentant du gouvernement n’a pu dire combien de masques étaient encore attendus. Mais l’ébauche de directives publiée mercredi aux États-Unis par l’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) et le département de la Sécurité intérieure suggère que les exportations américaines d’équipements de protection individuelle seront soumises à un contrôle accru.

Ces directives comprennent une exemption pour les fabricants qui ont conclu «des accords d’exportation continue» avec des clients à l’étranger depuis le début de l’année, à condition «qu’au moins 80 pour cent de la production nationale de ce fabricant (…) ait été distribuée aux États-Unis au cours des 12 mois précédents». Mais il semble aussi que ce sera la FEMA elle-même qui déterminera si un envoi particulier sera admissible.

Pouvoir discrétionnaire

Les directives d’exception donnent à la FEMA le pouvoir discrétionnaire de réorienter les commandes étrangères qui ne sont pas couvertes par l’exemption, en fonction d’un certain nombre de facteurs. On cite par exemple l’ampleur des pénuries aux États-Unis, les perturbations potentielles des chaînes d’approvisionnement nationales et internationales, le risque de thésaurisation et de gonflement des prix, ainsi que des considérations humanitaires et diplomatiques — en plus des bonnes relations internationales.

Dan Ujczo, avocat en commerce international au cabinet Dickinson Wright à Columbus, en Ohio, a salué le succès du gouvernement canadien, qui a pu négocier l’achat de masques N95, l’un des articles les plus difficiles à trouver actuellement dans le monde. Mais il a prévenu que ça ne s’arrangerait pas avec le temps.

«Il aurait fallu une approche coordonnée pour sécuriser ces produits, mais il est trop tard pour ça», a déclaré M. Ujczo. Or, il prédit de nouveaux défis pour la chaîne d’approvisionnement, alors que les États et les provinces cherchent à restaurer les stocks épuisés et que les entreprises réorganisent leurs chaînes de production pour fabriquer maintenant du matériel médical, comme des respirateurs.

«Nos chaînes d’approvisionnement transfrontalières sont trop intégrées pour créer une barrière — même temporaire, comme les directives de la FEMA. Les États-Unis doivent discuter avec le Canada dès que possible pour élaborer une stratégie commune.»

La ministre Freeland, qui a piloté les négociations avec l’administration de Donald Trump pour un nouvel accord de libre-échange, a déclaré mercredi que c’était précisément le message que les émissaires du Canada transmettaient constamment à leurs homologues américains.

«Nous répétons cet argument depuis plusieurs jours avec nos partenaires américains: en matière d’équipements et de services médicaux, le Canada et les États-Unis entretiennent vraiment des relations de réciprocité», a-t-elle soutenu. «Jusqu’à présent, nous avons obtenu une réelle compréhension de la part de nos partenaires américains, tant au niveau administratif que commercial.»