Les respirateurs artificiels commandés par Ottawa se font attendre

MONTRÉAL — Alors que la vague automnale de la COVID-19 se fait ressentir au pays, le gouvernement fédéral attend toujours la quasi-totalité des respirateurs artificiels commandés au printemps à une poignée de compagnies canadiennes et destinés aux hôpitaux qui pourraient en avoir besoin.

Selon Services publics et Approvisionnement Canada, à la fin septembre, plus de 1000 unités avaient été livrées, soit environ 2,5 % des 40 547 commandées en vertu de contrats totalisant plus de 1,1 milliard $ annoncés au cours du printemps, en plein coeur de la crise sanitaire.

Puisque l’on ne fabriquait pas beaucoup de respirateurs artificiels — destinés à aider certaines personnes infectées par le nouveau coronavirus — et qu’il était difficile de les obtenir, Ottawa s’est tourné vers des entreprises d’ici qui, dans certains cas, ont développé à toute vitesse un prototype avant de recevoir l’homologation de Santé Canada.

«Le gouvernement continue de surveiller la demande des provinces et des territoires, en se préparant à toute éventualité, comme il le fait depuis le début de la pandémie», a fait valoir Services publics et Approvisionnement Canada dans un courriel, sans fournir de prévisions sur les livraisons à venir et la répartition des unités reçues.

Des ententes ont été signées avec cinq entreprises ou consortiums. Au Québec, CAE, surtout connue dans l’aéronautique pour ses simulateurs de vol, a décroché un contrat de 282,5 millions $ pour 10 000 unités, assemblées dans ses installations situées dans l’arrondissement Saint-Laurent par quelque 500 personnes, après avoir développé un prototype en quelques semaines seulement.

Au moment de recevoir l’homologation de Santé Canada, en juin, la multinationale québécoise prévoyait livrer des «centaines de respirateurs» à chaque semaine. On avait évoqué 750 unités hebdomadaires pour des livraisons terminées en octobre. C’est plutôt 300 unités qui ont jusqu’ici été expédiées. Le contrat devrait se terminer vers la fin janvier.

«En temps normal, la conception, fabrication, certification et la production de masse d’un tel appareil médical nécessite plus de deux ans, a souligné une porte-parole de CAE, Pascale Alpha, dans un communiqué. Nous sommes présentement en train de travailler avec nos fournisseurs pour augmenter la cadence de production.»

La société ontarienne Vexos avait également décroché un contrat pour 10 000 unités en mai et tablait initialement sur des livraisons dès juillet. La certification de Santé Canada n’a toutefois été obtenue qu’à la fin septembre, ce qui fait en sorte que le contrat devrait être complété au début de 2021. Dans un courriel, Rick Jamieson, le chef de la direction de FTI Professional Grade, qui fait partie d’un consortium nommé «Ventilators for Canadians», a précisé que son entreprise avait effectué quelque 1000 livraisons et que celles-ci devraient prendre fin avant la fin de l’année.

Plusieurs facteurs

Il n’a pas été possible de savoir précisément ce qui aurait pu freiner l’accélération de la cadence de production au sein des compagnies concernées, mais Claudia Rebolledo, directrice département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal, a offert quelques hypothèses.

«Ce sont des défis énormes pour produire quelque chose qui est très complexe, on ne parle pas ici de gel désinfectant ou de masques, a-t-elle expliqué au cours d’une visioconférence avec La Presse Canadienne. Il y a des défis de la chaîne d’approvisionnement qui sont pratiquement insurmontables. Souvent, ces entreprises se retrouvent à faire affaire avec des fournisseurs qu’elles connaissent plus ou moins. Il faut les contacter, conclure les contrats. Qui sont les bons fournisseurs?»

Mme Rebolledo a estimé que les entreprises ayant accepté de fabriquer des respirateurs ont été «très courageuses», puisque certaines, comme CAE, ont développé l’appareil en très peu de temps. En raison de la pandémie de COVID-19, plusieurs fournisseurs de pièces ont rapidement été sollicités davantage, notamment par les compagnies déjà présentes dans le secteur de la fabrication d’équipement médical et qui figurent souvent parmi leurs clients.

Cela a compliqué la tâche aux compagnies canadiennes.

«Dans certains cas, des fournisseurs avaient probablement déjà des contrats en place avec d’autres compagnies, a dit la directrice du département de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal. À travers le monde, de nombreuses entreprises ont promis des respirateurs aux gouvernements. On se tourne souvent vers les mêmes fournisseurs, qui se retrouvent débordés.»

Si les fournisseurs ont de la difficulté à répondre à la demande, Ottawa pourrait devoir s’armer de patience avant de recevoir tous les respirateurs artificiels commandés, a estimé Mme Rebolledo.

Laisser un commentaire
Les plus populaires