Les responsables du Service correctionnel et des libérations conditionnelles convoquées

OTTAWA — Après avoir dénoncé à répétition la responsabilité des commissaires qui ont autorisé la semi-liberté d’Eustachio Gallese, les députés conservateurs admettent que le blâme pourrait bien être déposé ailleurs.

Mardi prochain, un comité parlementaire entame l’étude des circonstances qui ont mené au meurtre de Marylène Lévesque.

La commissaire du Service correctionnel du Canada et la présidente de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) sont convoquées, à la première heure, mardi matin, devant le comité permanent de la sécurité publique et nationale.

Depuis la mort de la jeune femme, en janvier, à Québec, des députés conservateurs à Ottawa ont mis en doute la compétence de ceux qui ont permis la liberté conditionnelle d’Eustachio Gallese. Ils ont aussi dénoncé la permission donnée à l’homme de rencontrer des femmes dans le seul but de répondre à ses besoins sexuels.

L’homme en semi-liberté purgeait depuis 2006 une peine pour meurtre au deuxième degré. Sa première victime, tuée en 2004, était son ex-conjointe.

Une motion que les conservateurs ont réussi à faire adopter à l’unanimité aux Communes, il y a un mois, a même donné instruction au comité parlementaire «d’examiner les changements apportés par le gouvernement en 2017 au processus de nomination de la Commission, en vue de recommander des mesures à prendre pour veiller à ce qu’une tragédie de ce genre ne se reproduise plus jamais».

La semaine dernière, un exposé conjoint des faits a été déposé au procès pour meurtre au premier degré de Gallese. On y a appris que la permission de fréquenter des «établissements de massages érotiques» avait été donnée, par «son intervenante», au printemps 2019, se limitait à une fois par mois, et avait été retirée à la fin de l’été par la CLCC.

«La CLCC aurait interdit à l’accusé de fréquenter ces établissements sous peine de révocation totale de sa liberté», peut-on lire dans l’exposé signé par l’accusé, son avocat et les procureurs aux poursuites criminelles et pénales.

Eustachio Gallese avait fait fi de l’interdiction et avait continué à fréquenter Mme Lévesque. D’ailleurs, il n’avait pas non plus respecté les conditions de la permission lorsque celle-ci était en vigueur, se rendant dans ces établissements «plusieurs fois par semaine», selon l’exposé conjoint des faits.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus convenait, mercredi, que toutes ces informations peuvent «nuancer» sa lecture des événements.

«Peut-être que les commissaires finalement ont fait leur travail et le blâme va être ailleurs», a-t-il dit en entrevue téléphonique.

Jusqu’à maintenant, les élus du Parti conservateur ont reproché au gouvernement libéral d’avoir nommé à la CLCC des commissaires sans expérience.

«Qui aurait dû prendre action dans ce dossier-là? Est-ce que les commissaires ont un blâme quand même? Ou est-ce que le commissaire, son travail, c’est simplement de faire des recommandations puis, par la suite, c’est le service correctionnel qui doit exécuter?» se demande maintenant le député Paul-Hus.

«Ça, c’est des questions pour lesquelles on doit obtenir des réponses», a-t-il ajouté, avant de diriger son attention vers le Service correctionnel.

«Actuellement, c’est un problème de surveillance, un problème sur le terrain, de manque de ressources», suppose maintenant le député.

«À partir du moment où l’individu s’est fait retirer les permissions et qu’on n’avait pas de moyen de contrôle, pourquoi est-ce que ce gars-là n’a pas été tout simplement retourné en prison? Qu’est ce qui oblige à le laisser en liberté?», se demande-t-il.

Les membres du comité parlementaire n’ont pas encore décidé si l’agente correctionnelle responsable de la surveillance de Gallese sera aussi convoquée.

Les députés fédéraux ont réservé 12 heures d’audiences en comité parlementaire pour étudier ce cas.

– Avec la collaboration de Patrice Bergeron