Les restrictions ont permis de contrôler la pandémie à T.-N.-L., dit un chercheur

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Le taux d’infection à la COVID-19 à Terre-Neuve-et-Labrador pourrait être 20 fois plus élevé si l’interdiction de voyager dans la province était levée, a soutenu le médecin qui dirige une équipe établissant des modèles sur la contagion.

Le docteur Proton Rahman a témoigné jeudi devant la Cour suprême de la province (l’équivalent de la Cour supérieure), qui entend le recours judiciaire intenté par des opposants aux restrictions de voyage imposées en mai pour ralentir la propagation de la COVID-19.

La médecin-hygiéniste en chef de Terre-Neuve-et-Labrador, Janice Fitzgerald, devrait également témoigner au cours de cette procédure. C’est elle qui avait interdit à quiconque, à l’exception des résidents permanents et des travailleurs jugés essentiels, d’entrer dans la province.

En mai, Kim Taylor, une résidente d’Halifax, et l’Association canadienne des libertés civiles ont déposé une plainte alléguant que les restrictions ne relevaient pas des compétences de la province et violaient la Charte canadienne des droits et libertés.

Kim Taylor n’a pu se rendre à Terre-Neuve à la suite du décès de sa mère. Bien qu’elle ait finalement bénéficié d’une exemption, celle-ci soutient qu’il était trop tard.

La docteure Fitzgerald devait témoigner jeudi, mais l’audience a été interrompue après qu’un avocat travaillant sur l’affaire s’est senti malade et n’a pas pu retourner dans la salle d’audience.

Le docteur Rahman, épidémiologiste clinique et professeur de médecine à l’Université Memorial de Terre-Neuve, a parlé de son travail avec le groupe de modélisation.

Son équipe aide la province et d’autres institutions en établissant des analyses prédictives sur des problèmes comme les éclosions potentielles de COVID-19. Il a dit que le gouvernement lui avait demandé en juin des scénarios pour les présenter au tribunal.

Selon les résultats, la province aurait eu «un taux de cas 10 fois plus élevé dans la province» pendant une période de neuf semaines si les restrictions de voyage n’avaient pas été imposées. Un deuxième scénario indique un taux de cas de 5 à 20 fois plus élevé en 14 semaines sans ces restrictions, a ajouté le docteur Rahman.

Une «stratégie efficace»

L’universitaire a aussi parlé d’un article qu’il a coécrit avec des collèges de l’Université de Stanford, aux États-Unis, et de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, analysant les répercussions de la levée de l’interdiction de voyager dans la province.

Ce document, daté du 17 juillet, n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs du docteur Rahman et ses collègues. Selon eux, une réouverture complète de la frontière entraînerait un nouveau cas de COVID-19 dans la province «tous les deux jours».

Les auteurs écrivent que si l’assouplissement des restrictions de voyage est «une décision politique très controversée», des mesures frontalières strictes sont une stratégie clairement efficace pour contrôler la contagion.

«Du point de vue de la dynamique des épidémies, l’image est assez claire: sans un contrôle adéquat, un afflux de voyageurs infectés peut facilement devenir la graine d’une nouvelle épidémie exponentielle, peut-on lire dans l’article. Notre étude montre que pour les petites provinces ou États, plus particulièrement, un contrôle strict des frontières est souvent plus facile et plus efficace que la quarantaine.»

Les auteurs ont également noté que les «bulles de voyage locales» sont une première étape raisonnable pour assouplir les restrictions de déplacement. Terre-Neuve-et-Labrador s’est jointe aux autres provinces de l’Atlantique pour former une «bulle» régionale en juillet, permettant aux résidents de voyager entre les provinces de la région sans devoir s’isoler à leur arrivée.

Le docteur Rahman devrait reprendre son témoignage au tribunal vendredi matin.

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