Les salles de nouvelles au Canada affichent un maigre bilan en matière de diversité

TORONTO — Une enquête récente portant sur la diversité dans les salles de nouvelles au Canada suggère que les entreprises de presse ont un long chemin à parcourir si elles souhaitent diversifier les équipes rédactionnelles, en particulier en ce qui concerne les postes à temps plein et les positions de direction.

Les données nationales publiées le mois dernier par l’Association canadienne des journalistes sur la composition des salles de rédaction montrent que 78 % des journalistes s’identifient comme blancs, 4,6 % comme autochtones et 17,5 % comme appartenant à une minorité visible.

L’enquête, menée entre mars et août 2022, est basée sur les réponses volontaires de 242 médias imprimés, radio, télévision et numériques, représentant en tout 5012 journalistes.

Le rapport indique qu’environ huit salles de rédaction sur 10 n’avaient aucun journaliste qui s’identifiait comme latino, moyen-oriental ou métis, et huit sur 10 ne comptaient aucun journaliste noir ou autochtone. Près de huit entreprises sur 10 ont également déclaré qu’elles n’avaient aucun représentant d’une  minorité visible ou autochtone dans leurs trois principaux postes de direction.

L’Association canadienne des journalistes (ACJ) reconnaît dans le rapport que les données et l’instantané qu’elles fournissent comportent leurs limites — notamment le fait que toutes les salles de rédaction n’ont pas participé au sondage, et que les données sur l’appartenance étaient inconnues pour environ le quart des journalistes.

John Miller, professeur émérite à l’Université métropolitaine de Toronto, qui se fait le champion depuis une vingtaine d’années d’une plus grande diversité dans les salles de rédaction, se dit déçu des résultats du sondage — qui sont «tout aussi accablants que ceux de l’année dernière».

«Le fardeau repose sur les dirigeants des différents organes de presse, qui doivent comprendre que notre population change constamment et qu’eux aussi doivent changer pour répondre à la société là où elle se trouve en termes de démographie», a-t-il estimé récemment en entrevue.

Brian Daly, professeur adjoint de journalisme à l’Université du King’s College, à Halifax, est bien d’accord. «C’est simplement une question de gros bon sens (…) Les personnes racisées ne voudront pas acheter un produit s’ils ne peuvent pas s’y reconnaître.»

«Faites ce que je dis…»

L’ACJ estime que les entreprises de presse devraient être transparentes sur la composition de leurs salles de rédaction, car nombre d’entre elles «font régulièrement des reportages sur la diversité des cabinets ministériels et des entreprises». Il note également que de semblables données sont recueillies aux États-Unis depuis 1978.

«Les médias devraient commencer à agir correctement avant de demander à toute la société de le faire», estime lui aussi le professeur Miller.

Les hommes sont plus nombreux que les femmes dans les postes de direction des entreprises de presse: 54,3 % des principaux dirigeants des salles de rédaction s’identifient comme des hommes, 44,3 % comme des femmes et 1,3 % comme non binaires.

Par ailleurs, 83 % des superviseurs s’identifient comme blancs, contre 2,7 % qui s’identifient comme noirs, 3,5 % comme autochtones et 5,5 % comme asiatiques, indique le sondage.

Le rapport note également que la diversité est plus élevée parmi les employés à temps partiel et les stagiaires.

Andrea Baillie, rédactrice en chef de La Presse Canadienne, a déclaré que les résultats de cette enquête montrent qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. 

«La Presse Canadienne a mis en place diverses initiatives pour ajouter de nouvelles perspectives à nos salles de rédaction; c’est une priorité absolue, dit-elle. La diversité de notre main-d’œuvre évolue lentement, mais nous devons retenir les nouveaux employés, nous assurer qu’ils se sentent entendus et les faire accéder à des postes supérieurs.»

Brent Jolly, président de l’ACJ, affirme que l’un des principaux défis à relever pour provoquer des changements est de combattre ce préjugé bien enraciné que les équipes d’embauche pourraient avoir.

«Souvent, les gens embauchent ceux qui leur ressemblent. C’est très bien documenté», a-t-il déclaré, espérant que les enquêtes menées par l’ACJ «serviront d’appel à l’action pour les responsables».

— Peter Uduehi est journaliste et rédacteur en chef d’African World News; il travaille à Toronto.

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