Les séances virtuelles du Parlement sont devenues un fléau pour les interprètes

OTTAWA — Les séances virtuelles de la Chambre des communes et des comités parlementaires causent des maux de tête aux interprètes — littéralement.

Confrontés à une qualité sonore irrégulière, à de l’écho occasionnel, à la nouvelle technologie et aux députés qui parlent parfois trop rapidement, les interprètes ont rapporté de nombreux incidents sur leur lieu de travail, selon le syndicat qui représente environ 70 professionnels reconnus qui traduisent du français à l’anglais et vice versa.

Parmi les conséquences de ces incidents se trouvent le choc acoustique aigu, les acouphènes, les maux de tête, les nausées, l’insomnie, le brouillard mental et une incapacité à se concentrer.

Le président de la chambre, Anthony Rota, fait de son mieux pour rappeler aux députés qu’ils doivent constamment porter leurs casques d’écoute, afin d’augmenter la qualité audio, et qu’ils doivent parler plus lentement.

Ces recommandations entrent toutefois en conflit avec un autre changement qui a été apporté aux séances parlementaires virtuelles depuis le début de la pandémie de COVID-19: des limites strictes sur le temps de parole qui est octroyé pour questionner les ministres et leur permettre de répondre.

Pour profiter au maximum des cinq minutes réservées aux questions, certains députés les posent en rafale, ce qui ne laisse souvent que quelques secondes aux ministres pour tenter d’y répondre.

«J’ai eu une longue discussion hier…», a évoqué la vice-première ministre Chrystia Freeland jeudi avant d’être interrompue alors qu’elle répondait à une courte question sur la réouverture potentielle de la frontière canado-américaine.

Les Canadiens ne pourront que spéculer sur l’identité de la personne avec laquelle elle a discuté de cet enjeu au sud de la frontière, tandis que son interlocuteur, le député conservateur Todd Doherty, relançait la discussion avec une question sur un autre enjeu avec un autre ministre.

M. Rota a prié à maintes reprises les députés de «parler à un rythme raisonnable», pour les interprètes.

«C’est à cette vitesse-là que je parle lorsque nous siégeons à la Chambre des communes», s’est défendue la députée conservatrice Raquel Dancho, qui a promis «de tenter de parler plus lentement».

Plus tôt cette semaine, les interprètes et leur syndicat, l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), ont questionné les députés sur le processus et le comité des affaires de la Chambre, qui étudie diverses façons de transformer le Parlement en véritable enceinte virtuelle, afin de minimiser les problèmes.

Le président de l’ACEP, Greg Phillips, a déclaré au comité que plus d’incidents ont été rapportés par les interprètes en avril que pendant l’ensemble de l’année 2019.

Les séances parlementaires virtuelles sont au mieux exigeantes pour les interprètes, puisqu’elles leur demandent de travailler avec des délais plus serrés. Cela, combiné au fait que les incidents sont à la hausse, qu’il y a de plus en plus de congés de maladie et de demandes de transfert à des tâches non virtuelles pendant la pandémie, signifie que les interprètes se font de plus en plus rares, a souligné M. Phillips.

«Nous nous approchons de notre scénario catastrophe», a-t-il résumé.