Les sénateurs qui ont expulsé Mike Duffy avant son procès ne regrettent rien

OTTAWA – Ceux qui ont participé à l’expulsion de Mike Duffy du Sénat longtemps avant son procès ne se montrent pas émus par le verdict qui a innocenté le sénateur, jeudi.

Certains d’entre eux, cependant, puisent dans ce verdict la justification de leurs propres dépenses jugées illégitimes.

En quittant le palais de justice d’Ottawa, l’avocat du sénateur Duffy, Donald Bayne, a semoncé «la meute» qui a agi de manière «à faire honte au Sénat». Il a invité tous ceux qui ont voté pour suspendre le sénateur Duffy sans salaire, en novembre 2013 — ils étaient 52 — à réfléchir à ce qu’ils ont fait.

«Avons-nous jugé trop vite? Je pense que vous devriez poser la question à ceux qui étaient les responsables à l’époque», s’est défilé le sénateur conservateur Larry Smith qui, oui, avait voté pour la suspension du sénateur Duffy en même temps que celles de Patrick Brazeau et de Pamela Wallin, comme «la majorité du caucus conservateur (..) à l’époque».

Le responsable de l’époque est encore le leader conservateur au Sénat: Claude Carignan.

Le verdict innocentant complètement le sénateur Duffy, «ça ne change rien», de l’avis de M. Carignan.

«J’ai déjà expliqué qu’il y avait des cas de discipline, des cas civils et des cas criminels. Et le dossier est en train d’être jugé actuellement et il y a des possibilités d’appel. Alors je ne ferai aucun commentaire», a-t-il laissé tomber à sa sortie du Sénat alors que 28 des 31 chefs d’accusation avaient déjà été écartés.

«Je jure devant Dieu qu’on pouvait entendre la construction de la potence devant ces portes et on entendait le bourreau s’approcher», s’est souvenu le sénateur libéral indépendant Jim Munson qui, lui, s’opposait à la suspension de ses trois collègues à l’automne 2013.

«Ça n’a pas été du lynchage», s’est défendu le sénateur conservateur Jean-Guy Dagenais. «De toute façon, il reste quand même deux autres sénateurs aussi. Il ne faut pas interpréter ça comme du lynchage. Encore là, vous savez, il y a eu des zones grises, on ne savait pas où personne s’en allait», s’est-il embrouillé.

Le sénateur Dagenais a affiché plus d’assurance quand il s’est servi de ce jugement pour se donner raison dans sa propre affaire de dépenses illégitimes.

«Depuis le début que moi je dis qu’il y avait des zones grises au Sénat.(…) Le juge lui-même dit qu’il y a des zones grises. Donc, pour ça, au moins, ça me donne raison», a-t-il plaidé. M. Dagenais a dû rembourser 2300 $ pour avoir réclamé des déplacements qui n’ont jamais été faits.

Même réaction chez Pierre-Hugues Boisvenu qui siège maintenant comme indépendant.

«Je pense que j’avais raison dans mon cas, hein?», s’est exclamé le sénateur nommé par Stephen Harper, en soulignant le verdict sur les accusations liées à la résidence principale de Mike Duffy.

M. Boisvenu a dû rembourser presque 16 000 $ parce qu’il prétendait que sa résidence principale était à Sherbrooke alors qu’il habitait à Ottawa. «J’avais l’ensemble de la documentation qui faisait la démonstration que c’était ma résidence principale, mais il a émis une opinion contraire sur, à mon avis, des critères qui n’existaient pas», a-t-il dit du vérificateur général qui lui a réclamé la somme.

Le sénateur Duffy reprend tout de suite son siège de sénateur, avec le salaire et les ressources qui l’accompagnent. Reste à voir l’accueil qui lui sera réservé à son retour au parlement.

Ce retour à sa place dans la chambre haute pourra se faire aussi tôt que le 2 mai, la prochaine fois que le Sénat siégera.

Si Me Bayne ne ménage pas les sénateurs qui ont refusé à son client d’être entendu, il refuse de dire si M. Duffy devrait intenter des poursuites civiles. «Ça ne sera pas ma décision. Je ne suis pas un criminaliste», a-t-il fait remarquer. Le sénateur Duffy, lui, a quitté le palais de justice sans s’adresser à la presse.