Les signalements d’enfants à la DPJ sont en hausse de 12 %

MONTRÉAL — Les signalements d’enfants à la DPJ ont augmenté de 12 % depuis un an, une hausse significative attribuée en partie au fait que les citoyens sont plus à l’affût des situations de maltraitance depuis la mort tragique de la fillette de Granby.

Toutes les directions de la protection de la jeunesse ont présenté mercredi matin leur bilan pour l’année 2019-2020.

Près de 120 000 signalements d’enfants ont été faits à l’échelle de la province durant cette période.

Cela signifie que tous les jours, la DPJ a été avisée de 324 situations problématiques d’enfants, soit 35 de plus par jour que l’année précédente.

Les signalements ont été faits surtout pour de la négligence, des abus physiques et de mauvais traitements psychologiques.

Lors de la dernière année faisant l’objet du bilan, environ 37 % des signalements ont été retenus. La majorité des enfants (64,7 %) qui ont été pris en charge par les DPJ sont demeurés dans leur milieu familial ou chez des tiers significatifs.

Ce n’est pas la première hausse significative des signalements qui est constatée: par exemple, ils ont augmenté de près de 35 % depuis 2015-2016.

Les directions de la DPJ attribuent ces hausses à une multitude de facteurs, notamment la réforme de la santé de 2015 et des changements apportés à la Loi sur la protection de la jeunesse, mais aussi à une sensibilisation accrue de la population.

Car cette année 2019-2020 a tristement été marquée par la mort en avril 2019 d’une petite fille de huit ans à Granby, qui avait pourtant été signalée à la DPJ. Une commission d’enquête spéciale a ensuite été déclenchée en 2019, ce qui a contribué à donner de la visibilité au problème des enfants maltraités.

L’effet de la pandémie

Par contre, lors des premiers mois de la pandémie (avril, mai et juin), les signalements d’enfants ont chuté de 20,5 %, confirmant ce que beaucoup craignaient: le confinement a dissimulé bien des cas de maltraitance.

Habituellement, beaucoup de signalements sont faits par des éducatrices en services de garde, par des enseignants et des animateurs de centres de loisirs — tous fermés au début de la crise sanitaire — qui n’ont alors pas pu voir ce qui se passait et contacter la DPJ.

Il y avait moins de yeux sur ces enfants vulnérables, a expliqué lors d’une conférence de presse Linda See, directrice de la protection de la jeunesse Batshaw Youth and Family Centres CIUSSS de l’Ouest de l’Île de Montréal.

Par contre, les organismes communautaires ont travaillé fort avec les intervenants de la DPJ, mettant sur pied bien des initiatives pour rejoindre des petits vulnérables. Les policiers ont aussi aidé, peut-on lire dans le rapport annuel.

Les responsables des DPJ s’attendent toutefois à une autre hausse des signalements cet automne: la crise sanitaire n’est pas finie, avec son lot de stress et de difficultés, incluant les tensions à la maison causées entre autres par le chômage, et le fait d’être coupés de membres de la famille qui offrent souvent de l’aide.

Mais les écoles déploient déjà leur surveillance sur les enfants qui leur sont confiés.

«On est déjà en augmentation des signalements pour des enfants qui nécessitent de la protection, a indiqué en conférence de presse Sonia Mailloux, directrice de la protection de la jeunesse CISSS de Laval. On met beaucoup l’accent sur les effectifs pour être en mesure d’accueillir ces situations-là et de les traiter rapidement.» 

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente les intervenants de la protection de la jeunesse, s’inquiète déjà de la deuxième vague de COVID-19 qui s’amorce.

La baisse des signalements au printemps est «préoccupante», selon elle. 

Avec le retour des mesures de distanciation et la scolarisation à la maison, l’APTS insiste pour que tout soit mis en oeuvre afin d’éviter que des enfants ne passent entre les mailles du filet.

Mais il faut aussi que le gouvernement s’attaque sérieusement à la pénurie de personnel en protection de la jeunesse et à leur surcharge de travail.

Mercredi, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a dit prendre acte du dernier bilan annuel des directeurs de la protection de la jeunesse.

Il rappelle que son gouvernement avait annoncé en juillet 2019 qu’il allait investir 47 millions $ pour réduire les listes d’attente à la DPJ, ainsi qu’un montant de 18 millions $ pour renforcer le mentorat et le soutien clinique aux équipes.

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