Les signalements pour crimes haineux sont en hausse dans la région d’Ottawa

OTTAWA — Les accusations de crimes haineux contre deux élèves du secondaire à Ottawa feraient partie d’une tendance lourde de racisme et d’antisémitisme, suggèrent des données récemment publiées.

Andrea Freedman, présidente de la Fédération juive d’Ottawa, estime que l’utilisation présumée de symboles nazis par des élèves de l’école secondaire Sir Robert Borden, le mois dernier, constitue un exemple de ce problème.

Mme Freedman est en contact régulier avec la police depuis le début de l’enquête sur l’incident du 1er décembre. 

Elle a tiré la sonnette d’alarme ces dernières semaines face à une recrudescence de l’antisémitisme dans les écoles.

Or, la police d’Ottawa affirme avoir reçu 377 signalements de crimes haineux présumés en 2022, soit 13 % de plus que l’année précédente. 

Mme Freedman croit qu’il s’agit probablement d’une petite fraction de ce qui se passe réellement.

«Les gens atteignent leurs limites quant à la haine qu’ils sont prêts à tolérer, a-t-elle déclaré. Mais beaucoup de gens ne signalent pas après le premier incident: ça prend plusieurs fois.»

Fatema Abdalla, une porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens, a elle aussi entendu dire qu’il y avait une augmentation de l’islamophobie dans la communauté. Et elle souligne elle aussi que beaucoup de gens hésitent à signaler ces incidents à la police.

Si les gens hésitent, selon elle, c’est notamment à cause d’un manque de compréhension de la part des autorités: ce qu’une personne de couleur considère comme un crime haineux peut ne pas entraîner d’accusations de la part de la police.

«Il s’agit plutôt de s’assurer que lorsque des incidents sont signalés comme des incidents à caractère haineux, ils soient pris en compte sous tous les angles, afin que le caractère haineux ne soit pas éclipsé», a déclaré Mme Abdalla.

Les 377 signalements de l’année dernière ont conduit à 174 accusations criminelles portées contre 51 personnes. Seuls cinq de ces signalements ont mené à des accusations formelles de crimes haineux.

Former les policiers

Le sergent Ali Toghrol est le chef de l’unité des crimes haineux au Service de police d’Ottawa, qui collige ces données depuis sa création en 2020.

M. Toghrol a déclaré que son unité s’efforçait d’éduquer les autres policiers d’Ottawa à identifier les incidents haineux lorsqu’ils sont signalés par les citoyens. L’unité vise également à forger des relations au sein de la communauté pour rétablir la confiance, car de nombreuses personnes ciblées par des crimes haineux «n’ont pas une très haute estime pour la police», admet le sergent.

La Police d’Ottawa travaille à la création d’un système de «signalement par un tiers», afin qu’un travailleur social ou un militant communautaire puisse dénoncer au nom d’une autre personne.

Mais les militants soutiennent que cette mesure ne résoudra pas le problème sous-jacent. Robin Browne est coordonnateur au sein de l’organisme bénévole «613-819 Black Hub», qui combat le racisme contre les Noirs à Ottawa et Gatineau. Il estime que l’augmentation des signalements de crimes haineux reflète le fait que des personnes d’autres communautés, y compris de la communauté juive, font des signalements.

«L’accent mis sur la haine est un peu problématique, car ça n’inclut pas le racisme systémique contre les Noirs, y compris celui de la police», a souligné M. Browne.

Selon lui,  la police d’Ottawa doit s’inspirer de la communauté si on veut réinventer le bien-être et la sécurité.

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles. 

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