Les sinistrés de Fort McMurray devront ensuite affronter leur assureur

Parmi les 80 000 résidants de Fort McMurray qui ont dû quitter en catastrophe leur résidence mardi dernier, plusieurs devront bientôt s’atteler à la tâche parfois laborieuse de déposer une réclamation à leur assureur.

Les sinistrés d’une autre ville albertaine, Slave Lake, en savent quelque-chose: en mai 2011, des centaines de propriétés avaient été détruites par un incendie de forêt qui s’était rendu jusqu’à leur localité. Shawn Gramlich a engouffré par la suite 30 000 $ en frais d’experts en sinistres indépendants, et a attendu un an et demi avant de déménager dans sa nouvelle maison. «Ils vous ont à l’usure», raconte aujourd’hui M. Gramlich en parlant des compagnies d’assurance.

La plupart des propriétaires de maison ont souscrit une assurance habitation qui couvre les dommages causés par le feu à leur propriété et à leurs biens, en plus de frais de subsistance intérimaire. Les montants couverts varient bien sûr en fonction de la police et de l’ampleur des dommages.

Par contre, le montant de la réclamation ne sera pas lié à la valeur marchande de la maison mais au coût de sa reconstruction ou de sa remise à neuf, précise Rocco Neglia, vice-président aux réclamations à la compagnie Economical Insurance.

Ce qui est heureux pour les résidants de Fort McMurray, car le prix des maisons y a chuté avec celui du baril de pétrole. Le prix moyen d’une maison isolée dans la région a baissé de 9,11 pour cent au premier trimestre de 2016 comparativement à l’an dernier, selon la chambre immobilière locale.

Si le propriétaire décide de ne pas reconstruire, il peut habituellement toucher de son assureur un montant forfaitaire, moins une légère dévaluation, explique M. Neglia.

Mais il est parfois difficile d’obtenir rapidement de son assureur les sommes qui s’avéreraient si utiles en situation de crise. M. Gramlich, de Slave Lake, se souvient que son assureur avait d’abord offert à sa famille 280 000 $ pour couvrir la perte de la maison, de la voiture et de tous les biens, même s’il estimait qu’il en aurait coûté des centaines de milliers de dollars pour rebâtir.

Il a alors embauché un expert en sinistre indépendant, qui lui a obtenu 170 000 $ de plus que l’offre maximale qu’il avait pu tirer ensuite par lui-même de son assureur. La famille Gramlich a donc touché finalement 770 000 $ de son assureur, moins les frais d’expert en sinistres de 30 000 $. Il conseille aux sinistrés de bien connaître leur police et de ne pas se contenter de moins que ce qu’elle couvre. Si l’assureur offre moins, songez à embaucher un expert indépendant, qui défendra vos intérêts, suggère M. Gramlich.

Le maire de Slave Lake, Tyler Warman, recommande aussi d’être prudent et patient lors des travaux de reconstruction, en choisissant par exemple soigneusement les entrepreneurs — locaux, si possible. Certains résidants de sa ville ont perdu d’énormes sommes aux mains de fraudeurs sans scrupules.

M. Gramlich suggère aussi la même chose pour le choix de son assureur: il est plus gênant d’être pingre lorsque vous habitez le même quartier que votre client.

L’incendie de Fort McMurray pourrait devenir la catastrophe naturelle la plus coûteuse de l’histoire pour les assureurs canadiens. Les indemnisations pourraient atteindre entre 2,6 et 9,0 milliards $, selon Tom MacKinnon, analyste chez BMO Marchés des capitaux.