Les Sino-Canadiens s’inquiètent de la hausse du racisme et de leur précarité

VANCOUVER — La COVID-19 a apporté son lot de complications pour tous les Canadiens, mais a été particulièrement dure pour les Sino-Canadiens en raison du racisme auquel ils ont dû faire face depuis le début de la pandémie, selon des leaders communautaires.

Présidente du Chinese Canadian National Council for Social Justice (CCNCSJ), Amy Go a avancé que la pandémie a entraîné une multitude d’attaques dirigées vers sa communauté.

La police de Vancouver a rapporté une hausse significative des crimes contre les Asiatiques en 2020, alors que des aînés se sont fait attaquer et des commerces ont été vandalisés. Des données de Statistiques Canada suggèrent que les Canadiens qui ont un héritage asiatique étaient plus susceptibles de signaler des crimes raciaux ou de la discrimination ethnique durant la pandémie.

«Dans le passé, ce n’était pas aussi évident, mais la pandémie a levé le voile sur ce genre d’attaques personnelles très vicieuses», a décrié Mme Go en entrevue.

Selon elle, plusieurs entreprises et restaurants chinois ont connu une baisse importante de revenus au début de la pandémie, alors que leurs clients préféraient rester à la maison après avoir entendu parler du virus à l’étranger.

Les premières hypothèses entourant la COVID-19, qui ont mené certains à désigner le coronavirus comme le «virus de Wuhan» ou le «virus chinois», a aussi causé «d’énormes» ravages dans la communauté sino-canadienne, a expliqué Mme Go.

«Juste parce que nous avons l’air Chinois ou Asiatiques, nous ne sommes soudainement plus Canadiens», a-t-elle déploré.

Des membres de la communauté sino-canadienne sont considérés comme des étrangers, peu importe depuis quand ils sont au pays, a ajouté Mme Go. 

Notamment, la désinformation à propos du virus aurait nui aux épiceries et restaurants appartenant à des Sino-Canadiens. De plus, des travailleurs de la santé auraient reçu la consigne de rester à la maison par leurs employeurs par peur qu’ils propagent le virus, a témoigné la présidente du CCNCSJ.

Cofondatrice de Project 107, un groupe de défense des droits des Asiatiques qui rapportent les crimes haineux à travers la région métropolitaine de Vancouver, Doris Chow a expliqué que le harcèlement est de moins en moins visible.

«ll semble qu’on en parle moins dans les médias, avance-t-elle. Mais la violence et le racisme continuent. C’est simplement moins visible à nouveau. »

Mme Chow est aussi cofondatrice de la Youth Collaborative for Chinatown, association qui se décrit comme un groupe de soutien par les jeunes pour le quartier de Chinatown à Vancouver.

Elle a affirmé que les entreprises sino-canadiennes ont connu une baisse de régime, notamment avec des réservations de restaurant annulées, autour des célébrations du Nouvel An lunaire l’an dernier, des semaines avant le début du confinement en mars.

«La période du Nouvel An lunaire est habituellement très fructueuse, a expliqué Mme Chow. Les restaurants sont pleins, les gens achètent de nouveaux vêtements, des fleurs, des cadeaux. C’est là qu’elles vont chercher une grande partie de leur revenu.»

La pandémie a été particulièrement dure sur les travailleurs de première ligne sino-canadiens, a déploré en entrevue le directeur exécutif du Chinese Canadian National Council à Toronto, Justin Kong.

«Les communautés immigrantes racisées ont été profondément affectées par le virus, a-t-il avancé. Nous constatons d’énormes dommages économiques. »

Les Sino-Canadiens sont l’un des plus grands groupes au Canada vivant sous le seuil de la pauvreté, selon les données de Statistiques Canada. M. Kong est d’avis que cet enjeu a été exacerbé par la COVID-19, alors que beaucoup ont perdu leur emploi dans le secteur tertiaire ou de la vente au détail.

M. Kong et son organisation demandent aux gouvernements provinciaux et fédéraux d’accorder plus de congés de maladie payés pour empêcher que les travailleurs qui contractent la COVID-19 ou d’autres maladies s’inquiètent de rater des chèques de paye. 

«Le gouvernement doit écouter les travailleurs et les communautés immigrantes», a-t-il lancé.

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