Les sociétés de transport continuent d’en arracher financièrement

TORONTO — Les sociétés de transport de l’ensemble du pays continuent d’en arracher financièrement. Elles n’ont toujours pas récupéré les sommes perdues lors de la pandémie de COVID-19, car les usagers tardent à revenir.

Par exemple, la Société de transport de Montréal estimait en novembre que ses pertes s’élèveraient à 77,7 millions $ en 2023, ce qui pourrait provoquer des réductions de service. Elle a d’ailleurs annoncé au début de janvier qu’elle mettait fin à son engagement de placer un autobus à toutes les 10 minutes sur ses huit lignes les plus occupées.

L’organisme dit s’attendre à ce que l’affluence soit à environ de 70 % à 80 % de celle précédant la pandémie. Aucune hausse des tarifs n’est en vue, mais en juillet, l’Autorité régionale de transport métropolitain a procédé à une réforme tarifaire.  

La Commission de transport de Toronto a choisi une autre avenue. Elle a annoncé la semaine dernière une hausse de 10 cents à 3,35 $ pour un passage. Elle a aussi indiqué que les services seraient réduits pour combler un déficit de 366 millions $.

Toutefois, les experts mettent les organismes en garde contre ces solutions faciles qui pourraient «créer un cercle vicieux». Les hausses de tarifs et les réductions de service risquent d’aliéner les usagers, ce qui pourrait aggraver les problèmes financiers et mener à d’autres coupes. 

Shauna Brail, une professeure agrégée de l’Université de Toronto, affirme que les hausses de tarifs et les réductions de service frapperont le bien-être et le portefeuille des usagers à faibles revenus déjà aux prises avec l’inflation et l’augmentation du coût de la vie.

«Augmenter les tarifs n’est pas nécessairement une mauvaise chose si cela provoque des améliorations, mais la hausse ne permet même pas de maintenir le niveau de service que nous avions, alors c’est de la survie», lance-t-elle.

«Des tarifs plus élevés et des services réduits n’aideront pas à attirer les usagers», ajoute la Pre Brail.

Cherise Burda, la directrice générale d’un centre de recherche de l’Université du Toronto métropolitain, rappelle que des services plus fiables et plus rapides sont les sources d’une forte affluence. Ils peuvent empêcher les sociétés de transport collectif de plonger dans «une spirale de la mort.»

Au terme de la pandémie, il faut aussi trouver de nouvelles façons pour attirer la clientèle. Mme Burda avance que les habitudes de travail ont changé de manière importante au cours des dernières années. Plusieurs entreprises ont adopté une formule de télétravail hybride.

Plus encourageant selon elle: les déplacements non relatifs au travail reviennent au niveau d’avant la pandémie. Les gens utilisent le transport en commun pour d’autres raisons que le travail.

Une des solutions serait d’obtenir des sommes récurrentes des autres ordres de gouvernement afin que les sociétés de transport soient moins dépendantes des recettes tarifaires, recommande la Pre Brail.

Par exemple, les tarifs n’ont augmenté en moyenne que de 2,3 % à Vancouver à la suite d’une entente avec le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Toutefois, Mme Burda dit que les villes et les agences de transport doivent se concentrer sur les moyens d’établir une nouvelle clientèle.

«On se préoccupe à l’heure actuelle d’équilibrer les budgets parce que c’est ce que doivent faire les municipalités. Toutefois, c’est une occasion d’examiner comment on peut attirer une nouvelle clientèle en proposant de nouveaux trajets ou en s’adressant à de nouveaux segments de la population.»

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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