Les suspects demeurent détenus dans l’affaire d’enlèvement d’une ado à Montréal

MONTRÉAL — La juge de la Cour du Québec, Joëlle Roy, a remis sa décision à la semaine prochaine concernant la demande de remise en liberté sous caution des trois accusés dans l’affaire d’enlèvement d’une adolescente à Montréal survenue cette semaine.

La juge Roy a demandé à voir de nouveaux documents de preuve avant de se prononcer, car elle dit avoir besoin du «portrait global». Les accusés devront donc passer le week-end en détention, voire davantage.

Deux jeunes hommes de 21 ans et un troisième, âgé de 22 ans, font face à des accusations dans cette affaire qui a été marquée par le déclenchement d’une alerte Amber tôt mardi matin dernier. Deux des suspects sont des frères de la victime alléguée âgée de 16 ans.

Vendredi, la juge Joëlle Roy devait rendre sa décision sur la demande de remise en liberté de l’un des deux frères, celui âgé de 21 ans. Elle a cependant demandé à consulter de nouvelles preuves, dont la déclaration intégrale faite par la victime aux policiers ainsi que des informations sur le contexte culturel du dossier.

Lors d’une audience tenue jeudi, il a été déclaré devant le tribunal que la jeune fille vivait sous le contrôle de ses frères depuis quelques mois, avec l’accord de la mère. La victime alléguée aurait quitté le domicile de la mère pour aller vivre avec son père à la suite d’une dispute. Selon la Couronne, les frères croyaient qu’il était de leur devoir de la ramener de force chez la mère.

Le procureur Bruno Ménard a révélé en cour que la victime alléguée devait remettre son argent à ses frères, qu’elle devait s’habiller comme ses frères l’exigeaient et qu’elle n’avait pas le droit de vapoter.

Selon Me Ménard, la jeune fille a raconté aux policiers que ses frères épiaient ses messages textes et coupaient fréquemment le signal internet à la maison, ce qui lui avait causé des échecs scolaires.

De plus, selon la déposition de l’adolescente, son frère de 21 ans lui interdisait de travailler en soirée et se serait rendu sur son lieu de travail sans son consentement pour dire à son patron qu’elle démissionnait. La mère aurait aussi menacé la jeune fille de la forcer à subir un examen médical afin de vérifier si elle était toujours vierge, selon les dires de la Couronne.

Selon le récit des événements fourni par le Service de police de la Ville de Montréal, l’adolescente aurait été forcée d’entrer à l’intérieur d’un véhicule, peu après 23 h 00 lundi, alors qu’elle se trouvait sur son lieu de travail dans un restaurant de Kirkland, dans l’ouest de Montréal.

D’après la Couronne, les frères seraient entrés dans le restaurant, ils auraient sorti leur soeur de force, brisant ses lunettes et son téléphone. Ils auraient au passage agressé un autre employé qui tentait de s’interposer. Une grande partie de la scène a été enregistrée par les caméras de surveillance.

Une fois dans le véhicule, le frère de 21 ans aurait retiré à sa soeur ses chaussures et ses bijoux. Le procureur Me Ménard a déclaré que, selon le témoignage de la victime, ce frère lui aurait dit: «Si tu vas voir la police, ne t’inquiète pas, j’ai plus d’une façon de te mettre une balle dans la tête.»

Craignant pour la sécurité de la jeune fille, des enquêteurs des crimes majeurs avaient lancé une alerte Amber en matinée, mardi. La victime s’est alors présentée peu de temps après à un poste de quartier du SPVM.

Grâce au signal du téléphone cellulaire du jeune suspect de 21 ans, les policiers ont pu le retrouver et procéder à son arrestation. Un autre accusé de 21 ans dans le dossier s’est livré lui-même à la police. L’autre frère, âgé de 22 ans, a été arrêté plus tard dans la même matinée.

La Couronne a plaidé que le frère de 21 ans devrait demeurer détenu en raison de la gravité du crime et du contrôle qu’il exerce sur la victime alléguée.

De son côté, la défense affirme que tout cela n’est qu’un incident «malheureux» amplifié par la diffusion de l’alerte Amber. Elle insiste sur le fait que l’accusée n’a aucun antécédent criminel. L’accusé a juré à la cour qu’il était un bon frère et qu’il se soumettrait aux conditions imposées.

Mais la juge Roy a indiqué avoir besoin de plus d’informations. «Je dois protéger la jeune fille de 16 ans. Je ne sais pas si la DPJ est impliquée. Je veux entendre le père et la mère. J’ai des questions», a-t-elle avisé.

La juge a ajourné l’audience jusqu’à mercredi prochain. Les deux autres accusés vont à leur tour soumettre leur demande de remise en liberté sous caution.

Une ordonnance de non-publication interdit de publier toute information permettant d’identifier la victime d’âge mineur.

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