Les syndicats déplorent la rareté de certains EPI pour des infirmières

OTTAWA — Lorsque la nouvelle des premiers cas de COVID-19 a commencé à apparaître au Canada, au début de 2020, Linda Silas a été l’une des premières à tirer la sonnette d’alarme sur le manque d’équipement de protection individuelle approprié pour les travailleurs de la santé.

Alors que les premières indications montraient que le nouveau coronavirus se propageait par des gouttelettes qui se déposaient sur les surfaces, Mme Silas, présidente depuis 2003 de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII- 200 000 membres), a exhorté les autorités sanitaires à tirer les leçons de l’épidémie de SRAS de 2003 et à prendre les plus grandes précautions.

Elle sait maintenant qu’elle avait raison – le virus se transmet par aérosol –, mais deux ans plus tard, elle demande toujours désespérément que les infirmières soient mieux dotées d’équipements de protection individuelle (EPI).

Des syndicats provinciaux de l’ensemble du pays signalent que des infirmières qui ont demandé des masques ajustables, comme les N95, ne peuvent toujours pas les obtenir dans certains cas, bien que le variant Omicron soit beaucoup plus transmissible que les précédents.

La pénurie d’infirmières en bonne santé pour faire face à la vague massive d’hospitalisations a poussé les établissements à déployer des infirmières qui étaient déclarées positives au SRAS-CoV-2. Et certaines n’obtiennent toujours pas de masques appropriés, déplore Mme Silas en entrevue. «Des patients vulnérables pourraient être soignés par du personnel positif à la COVID, et sans l’EPI approprié, c’est carrément dangereux.»

«Des citoyens mieux équipés»

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la docteure Theresa Tam, et d’autres médecins ont suggéré à la population d’utiliser des masques plus efficaces pour se protéger. 

Mme Silas souligne que bien souvent, dans des endroits comme les cliniques de vaccination, de simples citoyens semblent mieux équipés que les travailleurs de la santé. «Dans les soins de longue durée, dans les soins communautaires, c’est un combat de tous les instants. Et dans les soins aigus, ça dépend des établissements.»

Différents hôpitaux semblent avoir adopté des approches différentes lorsqu’il s’agit de fournir des EPI aux infirmières, ce qui n’a pas de sens, selon Mme Silas, «parce que la science, c’est la science».

Selon Anne Snowdon, professeure à l’Université de Windsor, «le problème a toujours été la chaîne d’approvisionnement». Or, la rareté était peut-être plus compréhensible au début de la pandémie, mais des critiques comme Mme Silas se demandent comment le Canada pourrait encore se trouver dans cette situation à de nombreux endroits.

La réponse, selon Mme Snowdon, est que l’infrastructure était déjà mauvaise au départ. «On construit les ponts sur lesquels on roule», a-t-elle déclaré.

Dans d’autres secteurs, comme la construction, les travailleurs auraient le droit de refuser de travailler dans des conditions dangereuses, a déclaré Mme Silas. Mais les travailleurs de la santé ne peuvent pas le faire sans la culpabilité éthique d’abandonner leurs patients. C’est la même culpabilité qui pousse les infirmières à travailler de 16 à 24 heures d’affilée, ou à prendre en charge un grand nombre de patients, estime Mme Silas. 

La CNESST à la rescousse au Québec

Au Québec, les syndicats qui représentent les infirmières ont également exprimé leur inquiétude quant au fait que leurs membres n’ont pas toujours accès aux masques N95. Or, le gouvernement québécois a décrété que certaines infirmières déclarées positives, mais qui ne présentent aucun symptôme, pouvaient travailler à l’hôpital pour soigner des patients atteints de la COVID-19.

Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, qui représente des infirmières et des inhalothérapeutes, s’est dite inquiète que les N95 ne soient pas disponibles pour toutes les infirmières du Québec, afin de les protéger du variant Omicron.

«Face à un variant beaucoup plus contagieux, nous avons intensifié nos interventions pour rappeler au gouvernement et à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) qu’il était de leur responsabilité d’appliquer le principe de précaution et de mettre en place toutes les mesures nécessaires, à commencer par l’accès aux masques N95, pour tous les membres du personnel soignant, afin de les protéger eux et leurs patients vulnérables», a déclaré Mme Bouchard.

«Mais le gouvernement tarde encore à se conformer aux directives de la CNESST, ainsi qu’à s’assurer que les N95 soient disponibles sur le terrain.»

À Ottawa, le porte-parole néo-démocrate en matière de santé, Daniel Blaikie, a appelé le gouvernement fédéral à accorder aux infirmières une prime en cas de pandémie, pour reconnaître leur rôle clé dans la lutte contre la vague Omicron.

Bien que la politique en matière de santé soit de compétence provinciale, le NPD estime qu’Ottawa pourrait très bien verser aux infirmières une «prime d’héroïsme», si le gouvernement libéral le souhaitait.

M. Blaikie indique que lors de la première vague de COVID-19, en avril 2020, le gouvernement fédéral avait introduit un fonds pour aider les provinces et territoires à offrir une prime de risque aux travailleurs essentiels, comme les infirmières.

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