Les technologies numériques peuvent-elles aider à soigner à domicile?

MONTRÉAL — Un nouveau projet mené à Montréal étudiera comment les technologies numériques de pointe peuvent aider les professionnels de la santé et les patients atteints de comorbidités multiples à poursuivre leur plan de traitement à domicile, et ce, dans le but de réduire les réadmissions à l’hôpital.

Ce projet, dont les détails ont été dévoilés en primeur à La Presse canadienne, ciblera dans un premier temps les patients qui souffrent d’insuffisance cardiaque et de diabète.

«Le problème chez ces gens-là est que les protocoles de soins liés à chacune de ces comorbidités parfois s’entrechoquent, et il y a même du (chevauchement), a dit le responsable du projet, le docteur François Tournoux, qui est cardiologue et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

«Ça crée de grandes difficultés quant à leur prise en charge, en particulier dans la communauté parce que les médecins et les infirmières de première ligne ont du mal à naviguer à travers tous ces protocoles de soins qui sont parfois ultra spécialisés. Et à l’heure actuelle, ils n’ont pas les outils nécessaires pour y voir parfaitement clair.»

Les besoins semblent bien réels. Au moins un Québécois sur cinq âgé de plus de 40 ans sera confronté à l’insuffisance cardiaque une fois dans sa vie, a ajouté le docteur Tournoux, ce qui représente quelque 160 000 personnes dans la province.

«C’est une population qui consomme énormément de soins, qui a beaucoup de symptômes, qui a une qualité de vie dégradée et qui est souvent réhospitalisée, a-t-il dit. On sait aussi que c’est une population qui est atteinte de multiples comorbidités: le diabète, la maladie pulmonaire chronique, l’insuffisance rénale, etc.»

Le but de la nouvelle plateforme — qui a été développée par le CRCHUM et des partenaires comme Greybox, MEDTEQ et Boehringer Ingelheim — est de permettre au patient de jouer un rôle plus actif dans la prise en charge de sa santé.

Un patient qui souffrirait à la fois de diabète, d’insuffisance rénale et d’insuffisance cardiaque, par exemple, ne réussirait jamais à naviguer à travers trois plateformes différentes de soins sur son téléphone cellulaire.

«On veut lancer une plateforme qui va prendre le patient en charge dans sa globalité, a expliqué le docteur Tournoux. On va permettre au patient de se surveiller (…) à domicile, non seulement pour son insuffisance cardiaque, mais aussi pour ses autres comorbidités, en l’occurrence dans ce projet-ci, le diabète.»

La plateforme sera lancée au début de 2020 auprès d’une cinquantaine de patients du CHUM. Elle fera ensuite l’objet d’une étude multicentrique auprès de 300 patients.

Deux facettes

Elle sera composée de deux facettes, une à l’intention des patients et une à l’intention des professionnels de la santé.

«La plateforme a une facette dédiée aux patients, a dit le docteur Tournoux. Le patient va avoir la possibilité de rapporter (…) ses mesures de pression artérielle, son poids, comment il se sent aujourd’hui, sa glycémie, etc., et il aura accès à tout un arsenal de produits éducatifs pour apprendre à mieux comprendre sa maladie, et donc à mieux la gérer et à s’autonomiser dans son suivi. Il va aussi avoir la possibilité de recevoir de l’information directement de son équipe de soins, et éventuellement d’échanger avec son infirmière ou son médecin.»

Les professionnels de la santé pourront de leur côté suivre l’évolution de l’état du patient, par exemple en surveillant les paramètres vitaux que le patient aura inscrits.

«La plateforme va aussi accompagner les professionnels de la santé pour leur proposer des protocoles de soins ajustés au profil du patient, a précisé le docteur Tournoux. On parle vraiment de médecine qui se personnalise. Au fur et à mesure que le patient évolue, la plateforme évolue également.»

On cherche donc à limiter toutes ces visites qui sont parfois réalisables à distance et facilement, et ainsi réduire le fardeau économique et social pour le patient.

«Le but est que le patient soit le plus observant possible, aussi bien dans sa médication que dans le changement de ses habitudes de vie, a conclu le docteur Tournoux. Ultimement, on veut que le patient passe d’un télé-suivi à un auto-suivi. On veut vraiment que le patient s’engage dans la prise en charge de sa maladie, qu’il ne soit plus simplement un spectateur, mais un acteur de sa prise en charge.»

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vous devriez regarder une PME basée à Lasalle faisant un distributeur de médicaments (www.medipense.com). Cela ajouterait à la technologie numérique pour garder les patients à domicile.