Les tensions entre l’Ouest et Ottawa semblent s’apaiser, disent Kenney et Moe

WASHINGTON — Les tensions post-électorales entre l’Ouest et le gouvernement libéral fédéral montrent des signes d’apaisement, ont laissé entendre vendredi deux premiers ministres provinciaux au moment où un contingent de dirigeants des provinces débarque à Washington afin de plaider pour le commerce et les investissements transfrontaliers dans l’ère du nouvel ALENA.

Tandis que les efforts d’Ottawa sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) quittent l’avant-scène, une délégation de premiers ministres du Conseil de la fédération attire à son tour les projecteurs dans l’espoir de convaincre des gouverneurs de l’importance de resserrer les liens commerciaux avec les provinces.

S’exprimant lors d’une table ronde à l’Institut canadien du Wilson Center, les premiers ministres de l’Alberta, Jason Kenney, et de la Saskatchewan, Scott Moe, ont reconnu qu’un froid s’est installé après que les électeurs de leurs provinces eurent boudé les libéraux fédéraux soucieux du climat aux élections d’octobre, en grande partie à cause de la perception d’une hostilité à l’égard des sables bitumineux émetteurs de gaz à effet de serre.

Mais il y a eu des fissures dans la glace ces derniers temps, ont affirmé les premiers ministres, saluant le travail de la vice-première ministre Chrystia Freeland, l’ancienne ministre des Affaires étrangères née en Alberta qui a été envoyée par le premier ministre Justin Trudeau pour diriger une tentative de rapprochement.

«Cela semble être un changement d’attitude, c’est vraiment le cas, a déclaré M. Moe. La main tendue de la vice-première ministre en Saskatchewan a été une bonne chose, cela a été apprécié et c’est une relation que nous serons heureux de poursuivre à l’avenir.»

M. Kenney a ajouté: «Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais au moins nous pensons qu’il y a une écoute pour certains de nos problèmes.»

L’objectif déclaré de la mission de la fin de semaine est de remercier les législateurs fédéraux et des États américains pour leurs efforts et leur soutien pendant les négociations de longue haleine pour remplacer l’ALENA. Il s’agit aussi de célébrer l’aube imminente de l’ACEUM, pour lequel il ne manque que la ratification par le Canada. La plupart des experts estiment qu’il aura force de loi dans les trois pays d’ici le milieu de l’été.

Mais des premiers ministres ont également l’intention de promouvoir l’importance pour l’Alberta de ressusciter l’expansion du pipeline Keystone XL pour le transport du pétrole des sables bitumineux albertains jusqu’aux raffineurs et expéditeurs le long de la côte américaine du golfe. Le projet avait été rejeté par l’administration Obama — un rejet que M. Trudeau semblait aider et encourager par son inaction peu de temps après être devenu premier ministre en 2015, a déclaré M. Kenney.

«Qu’aurait-il pu faire? Il aurait pu faire quelque chose», a affirmé M. Kenney, un ancien ministre du cabinet Harper.

«Ils n’ont jamais voulu ce projet, et ils n’étaient pas disposés à utiliser un quelconque levier politique ou diplomatique contre une décision politique d’une administration américaine de violer l’esprit de l’ALENA, qui était en partie sur le libre accès aux marchés américains pour notre énergie», a-t-il fait valoir.

Le résultat net de l’incapacité du Canada à construire des oléoducs a entraîné une augmentation du trafic de pétrole par chemin de fer, a ajouté M. Moe, qui a souligné le déraillement jeudi en Saskatchewan comme preuve de ce qui peut arriver.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, faisaient également partie de la délégation arrivée vendredi à l’amorce de la réunion d’hiver de la National Governors Association.

M. Kenney a été interrogé sur les conséquences d’un éventuel refus par le gouvernement fédéral d’approuver le projet de sables bitumineux de 20,6 milliards $ Teck Frontier au nord de Fort McMurray, près du parc national Wood Buffalo, dans le nord-est de l’Alberta.

«Cela enverrait un message selon lequel les entreprises peuvent venir au Canada et dépenser des centaines de millions de dollars, et des années — une décennie dans ce cas — en parcourant un processus de réglementation dans un pays qui est censé représenter la primauté du droit, pour ensuite qu’une décision politique arbitraire à la fin du processus, sans aucune transparence, puisse soudainement gâcher tout cela, a-t-il répondu. Je pense que ce serait un message dévastateur à envoyer pour la confiance des investisseurs à un moment où nous nous efforçons d’attirer des investissements étrangers directs dans l’économie canadienne.»

Les plus populaires