Les Texans s’adaptent à l’abandon des mesures sanitaires liées à la COVID-19

LLANO, Texas — À Llano, dans cette ville du Texas affectée par les intempéries où les hommages à Donald Trump sont toujours présents parmi les cactus et les yuccas le long de l’autoroute à deux voies, il existe deux types de commerçants.

L’un d’entre eux devient visiblement nerveux lorsque l’on parle de ce que les habitants de cette partie du centre du Texas pensent des mesures sanitaires liées à la COVID-19  — que l’État a complètement abandonnés à compter de mercredi.

 L’autre est Buddy Howell.

«Porter un masque, c’est comme essayer d’attraper des moustiques avec un filet de pêche», estime M. Howell, propriétaire d’Eagle Outfitters, un magasin éclectique de fournitures sportives regorgeant de munitions, de couteaux de chasse et d’équipement tactique.

Près d’un an jour pour jour après que la COVID-19 eut été qualifiée de pandémie par l’Organisation mondiale de la santé, le gouverneur Greg Abbott a mis fin à l’obligation du masque à l’échelle de l’État et a permis aux entreprises d’ouvrir au maximum de leur capacité.

Dans certaines régions des États-Unis comme le Texas rural, où les libertés personnelles sont sacro-saintes et où la réglementation est mal perçue, cette décision assure de mettre en évidence la fracture culturelle et politique du pays.

«Le gouverneur Abbott ne dit pas: « Tout le monde enlève son masque ». Non, il ne dit pas du tout cela», a souligné M. Howell, dont le magasin comprend une section entière d’étagères de marchandises pro-Trump.

«Il laisse aux entreprises comme la mienne le soin de déterminer si nous allons ou non avoir des masques dans nos magasins, restaurants, théâtres ou partout où nous allons. Nous sommes assez intelligents pour choisir nous-mêmes.»

Des conflits à arbitrer

Plusieurs de ses collègues propriétaires d’entreprise ont nerveusement écarté des questions sur les masques et ce que leur clientèle pense à leur sujet.

«C’est une petite ville du Texas, a déclaré l’une d’entre elles, qui a refusé de donner son nom. Personne ici n’aime porter un masque. Mais ce n’est pas un enjeu politique, c’est un enjeu de santé.»

Ils disent avoir eu arbitrer des différends dans leurs établissements au cours des derniers mois entre des clients qui refusaient de porter des masques et d’autres qui exigeaient qu’ils les mettent.

«Nous avons eu des gens très, très en colère des deux côtés  — « Ils ne portent pas de masque, mais ils en ont besoin d’un »; « Vous ne pouvez pas me faire porter un masque, c’est ma liberté »», a relaté le gérant d’un magasin, qui a parlé sous le couvert d’anonymat en raison de la politique «pas de commentaire» de son employeur.

«Nous avons entendu les deux. Donc, en tant qu’entreprise, nous avons décidé que nous ne voulions pas être les exécutants.»

Maintenant, sans une règle imposée par l’État exigeant un masque, de telles confrontations seront encore plus difficiles à gérer pour les entreprises qui n’ont pas l’intention de mettre fin à leurs propres exigences en matière de port de masque.

Plus de la moitié des personnes âgées du Texas ont reçu une dose de vaccin contre la COVID-19, dont plus de 220 000 personnes seulement mercredi, a indiqué le gouverneur Abbott sur Twitter.

Et le pourcentage de personnes dont le test est positif pour la maladie a diminué pendant 15 jours consécutifs, a-t-il ajouté.

«Une condamnation à mort»

Mais alors que les États continuent de déclarer la fin de leurs restrictions — le Mississippi l’a déjà fait, tandis que le Maryland mettra fin aux limites de capacité des entreprises à partir de vendredi — les responsables de la santé publique sont nerveux.

À Austin, à seulement 90 minutes au sud-est de Llano, un combat se préparait déjà entre l’État et la ville. Le maire Steve Adler a promis de maintenir en place une obligation de masque, et le Texas s’est engagé à la combattre.

«Nous examinons toutes les voies disponibles pour les arrêter», a écrit le procureur général Ken Paxton sur Twitter.

Sheila Jackson Lee, une représentante démocrate du Texas, a comparé l’ordonnance de M. Abbott à une condamnation à mort pour ses électeurs dans un discours prononcé mardi devant la Chambre des représentants.

L’État a toujours pris du retard par rapport au reste du pays dans la protection de ses citoyens et abrite désormais les cinq variants très contagieux les plus importants, a-t-elle déclaré.

«Ignorons les conseils mal avisés et faisons ce qui est juste pour sauver des vies», a-t-elle plaidé.

Pourtant, il est difficile de blâmer les Américains d’être optimistes après l’année qu’ils ont connue.

Le nombre de morts de la COVID-19 a dépassé les 540 000 mercredi et le nombre total de cas se rapproche des 30 millions.

Les vaccinations avancent à un rythme soutenu, grâce à un partenariat conçu par la Maison-Blanche entre les compétiteurs Johnson & Johnson et Merck — à tel point que le président Joe Biden se demande à haute voix ce que les États-Unis feront s’ils se retrouvent avec un surplus de doses.

«Si nous avons un surplus, nous le partagerons avec le reste du monde», a-t-il affirmé mercredi, offrant un aperçu du discours à la nation qu’il fera jeudi, son premier en tant que président.

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