Les travailleurs de première ligne sont la personnalité de l’année 2020

TORONTO — Peu après que la COVID-19 est arrivée au Canada, la notion de «travail essentiel» a pris un tout nouveau sens quand on a demandé à certains, que ce soit des infirmières ou des commis, de tenir le fort.

Faisant fi du risque que cela représentait pour eux-mêmes et pour leurs familles, ils ont tenu la main des mourants dont les proches ne pouvaient être là, ils ont été au poste pour que nous ayons accès aux biens essentiels et ils se sont assurés que la marchandise continuait à circuler même si les frontières étaient fermées.

Propulsés par une avalanche de votes, les travailleurs de première ligne sont la personnalité de l’année 2020, selon un sondage mené par La Presse Canadienne auprès des rédacteurs en chef du pays.

«Les travailleuses et travailleurs de première ligne, au premier chef celles et ceux du domaine de la santé, résument à eux seuls l’impact de la pandémie sous tous ses angles», a commenté la rédactrice en chef du quotidien Le Soleil, Valérie Gaudreau.

«Au front, ils ont été la véritable incarnation de la crise, nos yeux et nos oreilles sur ce qui se passait dans les hôpitaux, centres pour personnes âgées, les commerces. Leurs témoignages, à la fois personnels et universels, ont enrichi notre compréhension de la crise et (ses) enjeux sanitaires, économiques et sociaux.»

Historiquement, la personnalité de l’année a souvent été un athlète ou un politicien. Mais au terme d’une année pendant laquelle l’actualité a été dominée par la COVID-19, les travailleurs de première ligne ont devancé trois leaders de la santé publique: l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la docteure Theresa Tam; le directeur national de santé publique du Québec, le docteur Horacio Arruda; et la responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique, la docteure Bonnie Henry.

Joyce Echaquan, cette Atikamekw de 37 ans décédée en septembre dernier à l’hôpital de Joliette dans des circonstances troublantes, a aussi reçu quatre votes, deux au Québec et deux à l’extérieur de la province.

La pandémie a mis en relief non seulement le rôle essentiel que jouent les travailleurs de première ligne, mais aussi les problèmes qui plombent les appuis dont ils profitent. Qu’il s’agisse de la pénurie d’employés dans les centres de soins de longue durée ou des voix qui se sont élevées pour réclamer une initiative nationale de congés de maladie ou des programmes de garde d’enfants, la COVID-19 aura été un facteur de changement.

Le président national des Travailleurs unis de l’alimentation du Canada, Paul Meinema, a rappelé que ses membres, des employés d’épiceries aux transformateurs d’aliments, s’inquiètent pour leur sécurité depuis le début de la pandémie.

Au Québec, par exemple, une centaine d’employés de l’usine de transformation de viande Olymel, en Beauce ont été infectés par le virus.

Ces travailleurs ont toujours joué un rôle essentiel, a ajouté M. Meinema, mais cela n’a jamais été reconnu publiquement.

«Plusieurs personnes allaient à l’épicerie chaque semaine sans jamais vraiment remarquer l’employé qui plaçait les biens sur les tablettes ou qui était à la caisse ou qui s’assurait que des produits frais étaient disponibles, a-t-il dit. La COVID a mis en évidence l’importance de ce travail.»

Ces tâches ont été saluées par le biais de mesures temporaires qui, selon le syndicat, devraient devenir permanentes.

«Je pense qu’en général ça a rehaussé la prise de conscience de la société et nous espérons des changements sociaux qui reconnaîtront l’importance de ces emplois», a dit M. Meinema.

La pandémie a aussi tourné les projecteurs vers des travailleurs qui oeuvrent habituellement dans l’ombre.

Enzo Caprio, qui supervise 15 laboratoires à Montréal et en Abitibi-Témiscamingue pour OPTILAB Montréal-Centre universitaire de santé McGill, croit que la pandémie a jeté un nouvel éclairage sur ses employés.

«Je crois que les gens commencent à reconnaître à quel point ce que nous faisons est crucial», a-t-il dit.

Si certains travailleurs essentiels ont poussé un soupir de soulagement quand la situation a semblé s’améliorer cet été, M. Caprio précise que cela ne s’est jamais reflété dans les laboratoires, où les tests se sont poursuivis à un rythme effréné.

En quelques mois, ces laboratoires ont subi des transformations qui auraient dû prendre des années pour augmenter leur capacité à dépister la COVID-19. Ils ont complété 430 000 tests depuis le mois de mars, a-t-il dit.

«Depuis mars, personnellement, je travaille 13 heures par jour, tous les jours. Mes employés n’ont pas pris de pause, a-t-il dit. Ils font ça volontairement parce qu’ils comprennent l’importance de ce que nous faisons.»

Sophie Gabiniewicz, une infirmière de l’hôpital Saint-Paul de Vancouver, affirme que l’année qui s’achève compte parmi les pires qu’elle a vues en 25 ans de carrière.

La reconnaissance publique des risques courus et des sacrifices consentis par les travailleurs de la santé a été un baume, à commencer par les concerts quotidiens de chaudrons et de casseroles qui ont permis aux ménages canadiens d’exprimer leur gratitude.

«J’ai entendu ce rugissement, comme une vague, une journée où j’arrivais au travail, et je me suis dite, ‘wow, c’est pour moi. Ils font ça pour moi’, a-t-elle dit. J’ai vraiment eu un frisson de plaisir.»

Même si le vaccin est la lumière au bout du tunnel, plusieurs de ces mêmes employés combattent actuellement de toutes leurs forces le pire de la deuxième vague.

«J’espère simplement que les gens pensent encore à nous, a dit Mme Gabiniewicz. Nous allons nous en sortir tous ensemble.»

Si le concert de chaudrons et de casseroles qui retentissait chaque soir à 19 h est maintenant chose du passé, la reconnaissance des Canadiens envers les travailleurs essentiels ne fléchit pas.

«Ils sont au poste malgré les risques et, dans le cas des travailleurs de la santé, malgré des conditions difficiles où règnent la fatigue, la peur et la tristesse, a dit la rédactrice en chef du magazine L’actualité, Claudine St-Germain. Plusieurs d’entre eux le font pour des salaires peu élevés et sont généralement peu valorisés. En cette année où leur rôle s’est démontré plus que jamais crucial, ils méritent notre plus grande reconnaissance.»

Stéphane Lavallée, le directeur général de Les coops de l’information, a salué des «gens de l’ombre qui font un travail exceptionnel».

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