Les travaux de McGill interrompus pour éviter un «préjudice irréparable» aux Mohawks

MONTRÉAL — L’Université McGill a indiqué mardi qu’elle entamerait des discussions avec un groupe autochtone qui a soulevé des inquiétudes au sujet des tombes anonymes après qu’un tribunal a statué que les travaux d’excavation dans le cadre d’un projet d’agrandissement de l’université causeraient «un préjudice irréparable».

Le juge Gregory Moore a ordonné la semaine dernière l’arrêt de tous les travaux sur l’ancien site de l’hôpital Royal Victoria jusqu’à ce que les parties tiennent des discussions pour élaborer un plan archéologique de recherche de tombes.

«L’Université McGill prend au sérieux les préoccupations des communautés autochtones concernant le projet Nouveau Vic et cherche à mieux comprendre comment elles peuvent être traitées», a précisé Katherine Gombay, une porte-parole de McGill, dans un courriel. Elle a ajouté que l’université engagerait une conversation avec les plaignants autochtones «avec humilité et de bonne foi». Le projet Nouveau Vic vise à créer un nouveau pôle de recherche et d’enseignement.

Le juge a également accordé à Kimberly R. Murray, l’interlocutrice spéciale indépendante pour les enfants disparus et les tombes et les sépultures anonymes en lien avec les pensionnats pour enfants autochtones, le statut d’intervenante dans l’affaire. Mme Murray a confirmé vendredi à La Presse Canadienne qu’elle participerait aux réunions avec les parties.

Dans sa décision écrite publiée mardi, le juge Moore a indiqué que l’identification des tombes autochtones non marquées est une priorité pour découvrir la vérité et travailler à la réconciliation. Il a cité les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation de 2015 sur les cimetières des pensionnats et a établi un lien avec le système de santé.

L’injonction a été accordée jeudi à l’issue d’une audience de deux jours, à la suite d’une demande formulée en mars par un groupe d’aînées de Kahnawake connu sous le nom de Mères mohawks. Le groupe a allégué que les corps de patients autochtones de l’Institut Allan Memorial et de l’hôpital Royal Victoria sont enterrés sur le site qui doit être réaménagé.

Préjudice irréparable

Les Mères mohawks ont affirmé avoir découvert des preuves d’enterrements grâce à des entretiens avec un survivant des expériences de contrôle mental MK-Ultra menées dans les années 1950 et 1960 par le Dr Ewen Cameron à l’Institut Allan Memorial sur le terrain du Royal Victoria.

Lors de l’audience, les avocats représentant McGill et la Société québécoise des infrastructures (SQI) ont fait valoir qu’il n’y avait aucune preuve de sépultures anonymes sur le site.

«Au-delà de ce que je considère être les convictions très fermement ancrées des plaignants, il y a en fait très peu de preuves pour étayer leur affirmation selon laquelle il y aurait des tombes sur le site de l’hôpital Royal Victoria», a déclaré l’avocat de McGill, Doug Mitchell.

Cependant, dans sa décision, le juge a fait référence à un rapport archéologique de 2016 préparé pour McGill et la SQI qui suggérait que le mont Royal avait été utilisé comme lieu de sépulture avant l’arrivée des Européens. L’ancien hôpital est sur un versant de la montagne.

Le juge Moore a déclaré que les plaignants subiraient un préjudice irréparable si les travaux d’excavation n’étaient pas suspendus le temps qu’il faut pour élaborer un plan archéologique approprié pour identifier les tombes non marquées. Il a noté qu’il n’y a aucune preuve que le projet serait retardé par la suspension puisque le calendrier de construction n’a pas été établi.

La décision conclut qu’il est urgent de répondre aux «préoccupations légitimes» des plaignants concernant les tombes anonymes. Sinon, les plaignants et ceux qui partagent leurs préoccupations continueront à faire face au traumatisme, a écrit le juge.

Décision importante

Julian Falconer, l’avocat représentant Mme Murray, a qualifié la décision du juge Moore de révolutionnaire et a déclaré qu’il était extrêmement important pour les peuples autochtones que la vérité et la réconciliation soient au cœur de sa décision.

L’affidavit de Mme Murray fournit au tribunal des recommandations sur les meilleures pratiques pour entreprendre une recherche de tombes non marquées.

«Le juge a ordonné qu’un dialogue approfondi ait lieu en dehors du tribunal, mais aussi dans le cadre du processus de gestion des affaires. Il a également accepté que les informations fournies par l’interlocutrice spéciale puissent être utiles», a souligné Me Falconer.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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