Les vaccins à ARN messager pavent la voie à de multiples traitements révolutionnaires

MONTRÉAL — La technologie de l’ARN messager utilisée par Pfizer-BioNTech et Moderna pour mettre au point leurs vaccins contre le coronavirus pave la voie au développement de thérapies révolutionnaires contre plusieurs autres problèmes de santé.

On pourrait par exemple envisager le développement de «vaccins» qui enseigneraient au système immunitaire à attaquer et à détruire des protéines associées au cancer ou à des maladies neurodégénératives.

«Je pense qu’il y a un potentiel énorme, s’est enthousiasmée la professeure Anne Gatignol, de la faculté de médecine de l’Université McGill. Au début j’avais du mal à y croire, mais plus j’ai lu… Il y a vraiment un potentiel pour utiliser l’ARN messager pour traduire d’autres protéines, que ce soit pour des vaccins, que ce soit pour des thérapies anticancéreuses, des thérapies de remplacement…»

Les acides ribonucléiques messagers (ARNm) sont des molécules qui transmettent l’information qui se trouve dans notre code génétique, afin de permettre la synthèse des protéines dont nos cellules ont besoin pour fonctionner.

Les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna utilisent l’ARNm pour inciter nos cellules à produire une protéine très spécifique, la tristement célèbre protéine de spicule qui se trouve à la surface du SRAS-CoV-2.

Le système immunitaire apprend dès lors à identifier, attaquer et détruire cette protéine, ce qui lui permet de combattre plus efficacement le coronavirus quand il se présente.

«Si on peut mettre l’ARN messager qui code la protéine de spicule du coronavirus, on peut mettre autre chose qui code pour autre chose d’intéressant, comme par exemple la maladie d’Alzheimer», a illustré  le professeur Pierre Talbot, de l’Institut national de la recherche scientifique.

Ainsi, si les chercheurs identifient un jour une protéine associée spécifiquement à la maladie d’Alzheimer (ou à la maladie de Parkinson, ou à une tumeur cancéreuse, ou à un autre problème de santé), on pourrait très bien envisager d’utiliser cette même technologie pour demander à nos cellules de produire cette protéine, que le système immunitaire apprendrait alors à détruire.

C’est d’ailleurs pour combattre le cancer qu’on a tout d’abord commencé à explorer le potentiel de l’ARNm, rappelle le professeur Talbot.

«Dans le cancer, il y a des protéines tumorales, donc on pourrait produire un ARN messager qu’on injecterait dans nos cellules comme le vaccin, donc on aurait une protection contre le cancer qui est codé par cette protéine, a-t-il dit.

«L’imagination est souvent la meilleure conseillère, donc on pense aux maladies neurologiques, on pense au cancer, on peut penser à d’autres maladies qui pourraient être sujettes à la production d’un vaccin qui pourrait régler un problème de santé majeur pour la société.»

Vingt ans de développement

Des scientifiques planchent sur l’utilisation de l’ARNm depuis environ vingt ans.

La technologie a déjà été utilisée pour développer un vaccin contre la maladie à virus Zika, qui faisait les manchettes il y a quelques années à peine, mais le nombre d’infections serait actuellement trop faible pour qu’on puisse en tester l’efficacité.

La pandémie de coronavirus offre donc à cette technologie une occasion rêvée de faire ses preuves.

C’est en 2005 que le tout a vraiment décollé quand une chercheuse américaine a démontré qu’il était possible de modifier l’ARNm pour qu’il ne provoque plus de réaction allergène quand il était injecté.

«L’ARN c’est allergisant et immunogénique directement, a dit la professeure Gatignol, qui étudie l’ARN depuis une trentaine d’années. Le corps s’attaque à l’ARN. Et quand on modifie cet ARN, il n’y a plus cette réaction allergique, et en plus il est mieux traduit pour produire les protéines. Ça a vraiment un potentiel énorme.»

La même stratégie pourrait être utilisée dans le cadre de thérapies de remplacement, pour aider les patients dont l’organisme ne produit pas (ou produit une version déficiente) d’une protéine dont ils ont besoin.

Cette fois, la protéine produite par les cellules ne serait pas un intrus que le système immunitaire attaquerait, mais plutôt une substance utile à l’organisme.

«Ça va remplacer la thérapie génique de remplacement qu’on faisait par l’ADN. C’est beaucoup plus simple, a conclu la professeure Gatinol. L’ARN, c’est quelque chose d’absolument fantastique. Ça a un potentiel extraordinaire.»