Les vétérans qui demandent de l’aide doivent attendre encore plus longtemps

OTTAWA — Les vétérans canadiens blessés ou malades sont obligés d’attendre en moyenne deux fois plus longtemps que promis pour savoir s’ils ont droit à une aide financière du gouvernement — et cet arriéré ne cesse d’augmenter.

Les fonctionnaires persistent à dire aux vétérans que la grande majorité d’entre eux sauront d’ici 16 semaines s’ils sont admissibles à une indemnisation pour des blessures ou maladies liées à leurs fonctions. Pourtant, ce temps d’attente était plus du double en moyenne à la fin d’avril — 34,5 semaines, une augmentation de près de deux semaines depuis le début de l’année.

Le ministère des Anciens Combattants n’a pas précisé dans quelle mesure la pandémie de COVID-19 avait contribué à ces nouveaux délais, mais on rappelle que les fonctionnaires accomplissent maintenant leurs tâches de la maison.

Le gouvernement fédéral a longtemps été accusé de causer de la frustration et du stress supplémentaires à de nombreux anciens combattants en raison des délais d’attente croissants qui, par un cercle vicieux, contribuent à un arriéré croissant de demandes d’aide.

Plus de 46 200 demandes étaient en attente de traitement à la fin de décembre, selon le ministère, soit une augmentation de 1600 par rapport à septembre et de 6000 par rapport à mars. De ce nombre, qui devrait encore augmenter à cause de la pandémie, plus de 20 000 demandes sont considérées par le ministère comme «incomplètes» et nécessitent des informations supplémentaires avant d’être traitées.

Au cours des derniers mois, des groupes de défense des anciens combattants ont d’ailleurs demandé au gouvernement d’approuver automatiquement toutes les demandes d’aide de vétérans blessés et de procéder plus tard à une vérification diligente pour détecter toute réclamation illégitime, comme Ottawa l’a fait récemment pour des programmes d’aide liés à la pandémie. Les vétérans rappellent par ailleurs que de nombreux requérants ont du mal à colliger toutes les informations nécessaires à cause du grand confinement.

Mais jusqu’ici, le gouvernement a fait la sourde oreille à leur demande. L’ombudsman des anciens combattants, Guy Parent, critiquait déjà le gouvernement fédéral pour les temps d’attente et l’arriéré dès septembre 2018, alors que le délai moyen de traitement des demandes de prestations d’invalidité se situait entre 23 et 29 semaines.

«Les longs délais d’exécution des décisions relatives aux prestations d’invalidité ne se limitent pas à l’indemnisation monétaire de la douleur et de la souffrance, écrivait l’ombudsman il y a près de deux ans. De nombreux demandeurs ont des besoins de santé non satisfaits qui peuvent être exacerbés par l’attente d’un traitement adéquat.»

Le gouvernement fédéral a en fait songé en 2018 à rehausser la cible de 16 semaines, afin de donner aux anciens combattants une idée plus «réaliste» du moment où leur demande serait traitée. Mais Ottawa a abandonné cette idée l’an dernier à la suite de critiques selon lesquelles Anciens Combattants tentait de changer unilatéralement les règles du jeu au milieu de la partie.