Les yeux rivés sur le Québec à l’occasion de la rentrée scolaire

QUÉBEC — C’était une rentrée scolaire exceptionnelle, mais à Beauport, tout était en place pour qu’elle semble la plus normale possible.  

À l’École de la Primerose lundi, les membres du personnel ont accueilli les enfants avec le sourire, puis les ont dirigés dans l’école, par différentes portes, avec la consigne d’aller se laver les mains.

Personne ne portait de masques. Une voiture de police a ralenti près de l’école, mais ne s’est pas arrêtée. 

La scène avait de quoi apaiser les parents qui se tenaient aux abords, et qui laissaient partir leurs petits sans trop s’épancher.

La séparation n’avait rien de déchirant pour Marie-Odile Lessard. Son fils Jérôme a bondi de son lit lundi tellement il avait hâte d’aller rejoindre sa classe de 3e année.

«On est conscient de toutes les choses qu’il va falloir faire, la distanciation, le lavage des mains (…) mais on se sent quand même bien», dit-elle.

Pour Élie-Anne Pelletier, le confinement a été «long», tandis que Gabriel Larose s’attend plutôt à faire de la «révision» à l’école. Les deux sont en 6e année.

Les consignes sanitaires, «c’est sûr qu’au début, ça va être un petit challenge de les apprendre une à une, mais après deux semaines, je pense qu’on va être tous habitués et ça va être parfait», reflète Gabriel.

Le Québec fait cavalier seul

Les yeux du pays en entier étaient rivés lundi sur le Québec, qui fait cavalier seul en rouvrant toutes ses écoles primaires, sauf dans le Grand Montréal.

Les petits écoliers québécois sont les seuls au Canada à reprendre massivement le chemin des classes au moment où la province continue chaque jour d’enregistrer une centaine de décès liés à la COVID-19.

Cette situation sème la «fébrilité» chez le personnel scolaire, reconnaît la directrice générale de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, Marie-Claude Asselin.

En entrevue, elle explique toutefois avoir pris les mesures nécessaires afin de protéger le personnel et assurer le bien-être des enfants, qui sont nombreux à revenir sur les bancs d’école.

La commission scolaire, qui compte 54 bâtiments à Québec, a calculé que son taux de fréquentation est de 66 %. Par exemple, l’École de la Primerose accueillera 330 de ses 500 élèves.

Le directeur Simon Descôteaux a affirmé en entrevue que bien que l’école ait été transformée pour assurer le respect des consignes sanitaires, le personnel, lui, est resté le même et a gardé le sourire.

Ils vont s’assurer qu’il n’y ait rien «d’effrayant» pour les enfants, a-t-il dit. L’école ne sera pas une «prison», assure-t-il, en ajoutant que les plus petits risquent plutôt de voir l’expérience comme un «jeu ludique».

«Les gens ont besoin de retrouver une vie normale», a-t-il soutenu.

Et la première fois qu’un élève va tousser en classe?

«C’est le côté fébrile, on ne sait pas comment les gens vont réagir», affirme Geneviève Duguay, une enseignante de 5e année.

Chose certaine, elle croit que ces semaines passées à l’école serviront de «préparation» en vue de la prochaine année scolaire. «À l’automne, ce sera peut-être comme ça aussi, donc on va essayer des choses», dit-elle.

Éviter la «roulette russe»

Mme Asselin a tenu pour sa part à rassurer ceux qui craignent que les élèves servent de cobayes. «On a pris toutes les mesures pour éviter que ce soit une roulette russe», a-t-elle déclaré.

«On a accru nos routes de conciergerie (…), tout le matériel a été livré dans les écoles, que ce soit les lingettes désinfectantes, les gros formats de Purell, les pompes, les gants, les trousses, les visières.»

Par précaution, les élèves passeront toute la journée dans le même local (sauf pour les périodes de jeux à l’extérieur).

Ils seront limités à leurs pupitres et devront s’apporter un dîner froid. L’accès au gymnase et à la bibliothèque n’est plus permis.

Le personnel imposera la règle du deux mètres partout et obligera le lavage des mains dès l’arrivée à l’école, avant et après avoir mangé, être allé jouer dehors, avoir été aux toilettes, s’être mouché et avant de quitter. 

Roberge dit suivre la situation de près

Moins de 10 écoles de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries ont opté pour une rentrée progressive sur trois jours, a indiqué Mme Asselin.

Au bureau du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, on assure que le ministre suit «attentivement» les opérations entourant la rentrée scolaire.

«Nous serons en contact constant avec nos partenaires du réseau scolaire pour s’assurer du bon déroulement de l’opération et s’assurer d’être prêts à réagir rapidement si des défis devaient survenir», a déclaré l’attaché de presse Francis Bouchard. 

Pour sa part, le premier ministre François Legault a déclaré lundi en conférence de presse qu’il pourrait repousser la réouverture des écoles prévue le 25 mai dans le Grand Montréal, étant donné la progression «inquiétante» du coronavirus dans cette région.