L’esprit de coopération prôné par Biden pourrait se heurter à la polarisation

WASHINGTON — Le président élu Joe Biden se sent chez lui au Capitole, mais l’endroit a certainement changé depuis son départ.

L’atmosphère amicale que M. Biden a connue pendant sa carrière de 36 ans au Sénat n’existe plus — et probablement pour toujours. Les négociateurs sont difficiles à trouver. Et les résultats d’élections ne lui permettent pas d’avoir la haute main sur les priorités législatives, puisque les démocrates risquent de ne pas contrôler le Congrès.

Dans cette dynamique, Joe Biden devra essayer de gouverner au centre dans une capitale profondément divisée par les dernières années. Avec la partisanerie et les impasses législatives profondément enracinées au Congrès, mettre fin à ce que M. Biden a appelé «l’ère sombre de la diabolisation» pourrait être le défi central de sa présidence — un objectif qui pourrait s’avérer épineux si les forces de gauche et de droite refusent de suivre.

«Il y a une certaine possibilité pour le bipartisme, mais ce seront des accords au centre, a prédit Rohit Kumar, ancien employé du chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell. Ce que je ne sais pas, c’est si les partis (démocrate et républicain) leur permettront de faire cela parce que les partis sont devenus beaucoup plus polarisés.»

Bien que ce ne soit pas réglé, Joe Biden est confronté à une forte probabilité de devenir le premier démocrate de l’histoire moderne à prendre ses fonctions sans que son parti contrôle le Congrès. Les républicains sont en bonne position pour conserver le contrôle du Sénat avant le deuxième tour des élections en Géorgie en janvier. Les démocrates ont déjà gagné la Chambre.

Le contrôle du Parti républicain sur le Sénat obligerait Joe Biden à réduire ses ambitions, ce qui ouvre la porte à ce que de grands enjeux tels que le changement climatique, l’immigration et l’expansion de «Obamacare» restent en suspens.

Un retour du centre?

Mais cela créerait également un espace pour un autre type de programme législatif, fondé sur le bipartisme et le consensus — les forces de Joe Biden. Et certains élus disent que les électeurs ont clairement indiqué lors des élections que la gouvernance au centre est exactement ce qu’ils veulent.

Parmi eux se trouve la sénatrice Susan Collins, qui, après une course difficile dans le Maine, a embrassé un centrisme pragmatique qui était autrefois monnaie courante au Congrès.

«J’ai vu, à partir de plusieurs appels téléphoniques avec des sénateurs démocrates et des collègues républicains, un réel intérêt à essayer d’élargir le centre et de travailler ensemble pour faire face à certains des défis auxquels notre nation est confrontée», a affirmé Mme Collins .

«Et je suis encouragée par cela.»

McConnell, la valeur inconnue

Cette vision optimiste dépend toutefois du comportement de M. McConnell, un sénateur que plusieurs démocrates exècrent qui a tendance à jouer dur, et qui n’est pas étranger à l’obstruction.

Mitch McConnell est un vieil ami de Joe Biden, et en tant que vice-président, M. Biden a travaillé avec succès avec le républicain du Kentucky pour éviter plusieurs crises fiscales et budgétaires sous l’administration Obama. Les deux politiciens avaient notamment négocié sur un compromis pour augmenter les impôts sur les revenus plus élevés en échange du renouvellement de la plupart des réductions d’impôts de George W. Bush.

«Ces accords ont été en grande partie conclus par nécessité dans les moments de crise — précipice budgétaire, limite de la dette, fermetures de gouvernement, ce genre de choses», a souligné Brendan Buck, ancien employé de l’ex-président de la Chambre, Paul Ryan. «C’est à ce moment-là qu’ils ont dû se réunir et faire avancer les choses. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’histoires de rapprochement proactif sur de grandes questions politiques.»

M. McConnell n’a pas laissé beaucoup de lois arriver au Sénat récemment, mais il a la mémoire musculaire nécessaire pour conclure des accords bipartites quand il les voit. Souvent, ces projets de loi plus modestes favorisent ses membres, comme un projet de loi de 2016 pour lutter contre la menace des opioïdes ou un projet de loi sur les terres publiques largement soutenu cette année. Parmi les autres accords récents, citons le projet de loi d’aide pour la COVID-19, un projet de loi sur les autoroutes en 2015 et un projet de loi de lutte contre le cancer de 2016 qui a été adopté en signe de bonne volonté envers M. Biden, qui a perdu son fils Beau d’un cancer du cerveau en 2015.

Les compromis plus difficiles

Mais l’espace pour le bipartisme s’est rétréci, il ne reste pratiquement plus de centre au Capitole. Bientôt, il n’y aura plus de démocrates blancs du Sud à la Chambre ou au Sénat, tandis qu’au Parti républicain, il ne reste plus qu’une poignée de modérés.

En revanche, Joe Biden a servi dans un Sénat où les démocrates représentaient fortement les États républicains du Sud et des Grandes Plaines, et où les républicains représentaient des bastions désormais démocrates comme le Minnesota et l’Oregon. Les compromis étaient plus faciles dans de telles circonstances. Désormais, la répartition des partis de la chambre est principalement déterminée par le fait qu’un État est rouge ou bleu sur la carte présidentielle, les républicains dominant le Sud et le Midwest et les démocrates contrôlant la côte ouest et la majeure partie de la Nouvelle-Angleterre et du centre de l’Atlantique.

Les démocrates ne jettent pas l’éponge quant aux deux scrutins en Géorgie, compte tenu des enjeux. Le contrôle de la chambre donnerait à Joe Biden la possibilité d’élaborer un projet de loi budgétaire qui pourrait annuler certaines des réductions d’impôts du président Donald Trump, étendre la loi sur les soins abordables et augmenter les crédits d’impôt pour les moins nantis.

«La différence entre un Sénat 50-50 contrôlé par les démocrates et un Sénat 51-49 contrôlé par les républicains ne pourrait pas être plus frappante», a déclaré le sénateur démocrate de longue date Dick Durbin.

Mais même si les démocrates remportent les deux élections en Géorgie, les progressistes ont peu d’espoir de pouvoir faire voter leurs priorités en se débarrassant de l’obstruction législative — le seuil de 60 voix nécessaire pour adopter la plupart des lois.

Ce serait une déception pour la gauche, mais une victoire pour les modérés, qui ont prévenu le parti que son message n’avait pas résonné dans les districts pivots, qui souhaiteraient la conclusion d’accords bipartisans sur des sujets tels que les infrastructures et l’aide liée à la COVID-19.

«Il y a la capacité au sein du caucus démocrate d’avancer et de faire des gains importants sur ces questions et de comprendre que les gens n’obtiendront pas toujours 100 % de ce qu’ils veulent», a souligné le sénateur Chris Van Hollen.

La relation entre Joe Biden et Mitch McConnell est évidemment cruciale. La gestion du Sénat par le républicain du Kentucky a été marquée par des jeux de coudes et parfois des tactiques impitoyables. Le plancher du Sénat a été une zone morte législative ces derniers temps, mais ce pourrait être une erreur de supposer que M. McConnell sera satisfait seulement en étouffant le programme de M. Biden.

Il pourrait saisir l’occasion pour critiquer le président élu afin de préparer les prochaines élections de mi-mandat, et éventuellement la prochaine élection à la présidence.

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