L’Estrie en zone orange parce que les conséquences pèsent plus lourd que les risques

SHERBROOKE, Qc — Comme la majorité du territoire québécois, à l’exception de Montréal et ses environs immédiats, l’Estrie va passer en zone orange à compter de lundi. Selon le directeur régional de la santé publique, Dr Alain Poirier, tous les indicateurs plaident en faveur d’assouplissements et les conséquences des consignes sanitaires commençaient à peser plus lourd que les risques de contagion.

D’après les plus récentes données, en date de mercredi, on comptait 25 nouveaux cas et seulement 25 patients toujours hospitalisés, dont 3 aux soins intensifs. La majorité des cas actifs se trouvent dans les environs de Granby, notamment en raison d’une éclosion qui a frappé l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc.

La région a atteint des sommets dans tous ses indicateurs en janvier, mais depuis, la situation s’est fortement résorbée. «Depuis deux semaines, on est dans des niveaux même inférieurs à la zone orange. L’Estrie fait partie des endroits où l’on est en baisse importante des éclosions et de tout le reste», analyse l’ex-directeur national de la santé publique.

Face à ces données, Dr Alain Poirier affirme qu’il n’avait pas le choix de réclamer un passage en zone orange pour sa région et il estime que les assouplissements qui accompagnent ce changement vont faire du bien à beaucoup de monde.

«Il y a toujours un équilibre entre la gestion de multiples risques. On pense toujours au risque infectieux, mais il y en a d’autres. L’impact des mesures sur les individus, les familles, l’éducation, les communautés, les entreprises, la liste est longue», souligne-t-il en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Dr Poirier décrit sa tâche comme tenir un grand sac rempli de tous les risques possibles et devoir trouver le bon équilibre entre les éléments positifs et négatifs. Il reconnaît cependant que les effets du confinement sur le moral, la santé mentale, l’éducation, la santé physique et autres pèsent de plus en plus lourd.

«Ça pèse fort, le sport, les loisirs, les activités pour voir les amis. C’est une année complète pour plusieurs jeunes Québécois, observe l’expert qui cherche à se mettre dans la peau des ados. Ça touche tous les groupes d’âge, mais j’essaie de me rappeler mes 14-15 ans et j’eus trouvé cela pas mal pénible.»

L’après-relâche?

Et s’il faut craindre une possible hausse des cas au retour de la relâche, potentiellement soutenue par la présence de variants plus contagieux du coronavirus, Dr Poirier pointe en réponse vers la vaccination qui se déploie pour «étouffer» le virus.

Aurait-on pu être plus patient? Attendre de voir les impacts de la relâche avant d’assouplir les règles? «On est dans le domaine des hypothèses. C’est une science qui n’est pas exacte, répond simplement le spécialiste. Chaque fois qu’on mettait une date, il y avait des avantages et des inconvénients.»

Selon Dr Poirier, le fait qu’il n’y ait pas de voyages et que les réunions familiales soient moins nombreuses qu’à Noël devrait mitiger l’impact des vacances sur la contagion.

Par ailleurs, s’il disait s’inquiéter jusqu’à tout récemment de la circulation du virus dans la région voisine, en Montérégie, le patron de la DSP en Estrie croit maintenant que les choses s’améliorent là aussi.

«Il faut que le voisinage reste une inquiétude, mais on voit bien que ça diminue partout. Probablement que la Montérégie et Montréal, si les variants sont bien contrôlés, vont finir par s’assouplir aussi avec la montée de la vaccination», note-t-il.

Et en faisant allusion au voisinage, Dr Poirier rappelle à la population que ce conseil est applicable à grande et à petite échelle. Ce n’est pas parce qu’on assouplit certaines règles qu’il faut relâcher sa vigilance et cesser de se méfier des dangers de contaminer un voisin, un collègue ou un ami.

Personnel de la santé

L’autre facteur déterminant à considérer dans la décision d’assouplir les consignes sanitaires, c’est celui de l’état des forces dans le système de santé. En Estrie, comme ailleurs, les ressources sont limitées et à bout de souffle. 

Dr Alain Poirier exprime énormément d’empathie envers les travailleurs de première ligne. Il sait à quel point les infirmières et les préposées aux bénéficiaires ont été éprouvées.

«Imaginez s’habiller, se déshabiller, se protéger, vivre le risque tout le temps et à la fin de ton quart de travail te faire dire: ‘’il nous manque du monde’’, soit parce qu’ils sont malades, soit parce qu’ils sont isolés, soit parce qu’ils doivent aider ailleurs».

Il rappelle toutefois que la pénurie de main-d’œuvre n’est pas née avec la pandémie et que c’est la réalité du réseau de la santé. Au bout du compte, ce sont les données liées à la propagation du virus qui ont parlé et les chiffres indiquent clairement qu’il est temps de sortir de la zone rouge.

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