L’ex-animateur Éric Salvail a été acquitté de tous les chefs d’accusation

MONTRÉAL — L’ex-animateur de radio et de télévision Éric Salvail a été acquitté vendredi de tous les chefs d’accusation portés contre lui, soit agression sexuelle, séquestration et harcèlement criminel.

La crédibilité des témoins a été au coeur de ce verdict.

Si le juge Alexandre Dalmau de la Cour du Québec n’a pas cru Éric Salvail, il a aussi exprimé de très sérieuses réserves sur le témoignage du plaignant Donald Duguay, sur lequel reposait en grande partie la preuve du ministère public.

Le magistrat a dit ne pas trop savoir quoi croire dans la version qu’il a racontée. Difficile, voire impossible, de départager le vrai du faux.

Donald Duguay a témoigné qu’Éric Salvail l’a séquestré et agressé sexuellement dans une salle de bains de Radio-Canada, après plusieurs mois d’avances, de commentaires sexuels et d’attouchements inappropriés sur les lieux de travail, au cours de l’année 1993.

Éric Salvail, lui, a dit ne conserver aucun souvenir de Donald Duguay. Et puis, il est impossible que les événements reprochés soient survenus car il n’est pas le genre de personne à poser de tels gestes, et  n’agresse pas les gens dans la vie, a soutenu la personnalité bien connue. Il n’aurait jamais mis en danger sa carrière naissante, il y a 27 ans, en posant de tels gestes.

Le juge Dalmau a eu la tâche d’évaluer la crédibilité des deux hommes.

Selon lui, M. Duguay «prend de sérieuses libertés avec la vérité» et «fabrique peut-être même des portions de son témoignage».

Et que même si cela n’est pas le cas, «les problèmes de crédibilité et de fiabilité sont suffisamment inquiétants pour contaminer l’ensemble du témoignage. Ils embrouillent le portrait. Il est impossible d’avoir confiance en son témoignage», est-il écrit dans la décision de 49 pages.

Face à son analyse du témoignage du plaignant, il a tranché que la culpabilité d’Éric Salvail n’a pas été prouvée hors de tout doute raisonnable.

L’homme de 51 ans a donc été acquitté, après la lecture du jugement dans une salle de cour du palais de justice de Montréal.

Mais il s’en trouve tout de même écorché: le juge s’est dit convaincu qu’Éric Salvail «adopte un comportement qui rend mal à l’aise, trouble ou perturbe le plaignant de façon suffisante pour qu’il se confie à sa supérieure et à ses amis».

«Il est probable que le comportement de l’accusé constitue une certaine forme de harcèlement», écrit le juge. Sauf qu’il n’a pas assez confiance dans le témoignage du plaignant pour lui permettre de condamner Éric Salvail: un doute raisonnable subsiste, poursuit-il. 

Quant à l’argumentation de l’ex-animateur selon laquelle il n’est pas le genre de personne à commettre de tels gestes, elle a été décortiquée par le juge.

Avec ces paroles, Éric Salvail a mis en jeu sa réputation lors du procès. Ce faisant, il a ouvert la porte toute grande à la Couronne pour qu’elle appelle à la barre d’autres témoins pour réfuter ses propos. Me Amélie Rivard a donc fait témoigner trois hommes qui ont relaté des gestes posés en milieu de travail par l’accusé dans les années 1990 qui correspondent «à la définition d’agression sexuelle», écrit le magistrat.

«Ces témoignages détruisent l’image que l’accusé souhaite projeter», écrit-il en ajoutant que «cette preuve permet d’inférer que, contrairement à ce qu’il prétend, l’accusé est susceptible de commettre des gestes tels que ceux décrits par le plaignant de la présente affaire».

Mais puisqu’«une condamnation doit être fondée sur une preuve fiable et crédible», un témoin à la crédibilité minée ou un témoignage qui manque de fiabilité peuvent créer un doute raisonnable, tranche le juge.

Éric Salvail a quitté la salle de Cour sans parler aux journalistes. Un homme l’attendait à proximité des escaliers et lui a crié une insulte avant de se faire escorter par la sécurité.

Quant à un possible appel de ce verdict, Me Rivard estime qu’il est trop tôt pour prendre une décision. Elle a toutefois mentionné qu’à première vue, la décision lui a semblé «bien fondée en droit, avec une analyse factuelle détaillée».

Après deux dossiers très médiatisés cette semaine (celui de Gilbert Rozon, en plus de celui-ci), qui se sont soldés par un acquittement, Me Rivard dit espérer de tout coeur que cela ne découragera pas les victimes à porter plainte. Elle rappelle que des agresseurs sont fréquemment condamnés, et que d’autres plaident coupables. 

Laisser un commentaire