L’ex-ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick s’inquiète de la place du français

FREDERICTON — Dominic Cardy soutient qu’il a démissionné de son poste de ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick parce qu’il ne partageait plus la vision du premier ministre Blaine Higgs sur le programme d’immersion française dans les écoles.

M. Cardy a publié jeudi une lettre de démission cinglante, critiquant aussi le style de leadership et les valeurs de M. Higgs. Il a déclaré en entrevue vendredi qu’il ne pouvait pas accepter la décision du premier ministre d’«accélérer dangereusement» la fin de l’immersion française dans les écoles de la province.

«Vos récents efforts pour faire pression sur le (ministère) afin d’abolir l’immersion en français d’ici septembre 2023 (…) exerceraient une pression énorme sur le système d’éducation et nuiraient à l’éducation des élèves anglophones de notre province», écrivait M. Cardy dans sa lettre de démission jeudi. 

Il soutenait aussi que cette initiative n’était pas incluse dans la plateforme du parti ou dans le discours du Trône du gouvernement, et qu’elle n’avait «pas été partagée ou approuvée par le Cabinet ou le caucus» progressiste-conservateur.

«Je m’inquiète des efforts déployés par le premier ministre pour créer une pression politique afin d’accélérer une réforme de l’enseignement en français — bien au-delà de ce que le système estime possible ou faisable», a déclaré M. Cardy en entrevue vendredi.

«Je pense donc que le plus grand risque est, malheureusement, que le système finisse par rester plus proche de ce qu’il est actuellement, car les efforts d’ingérence politique ne feront que provoquer une controverse politique.»

Le premier ministre Higgs soutient toutefois qu’il avait demandé à son ministre de préparer la réforme pour l’automne prochain, mais que M. Cardy voulait la repousser jusqu’en 2024 – une année électorale.

«Mais si vous pensez que vous allez mettre en œuvre quelque chose d’important en année électorale, on sait tous que ça n’arrivera pas», déclarait jeudi le premier ministre aux journalistes.

Vendredi, M. Higgs a répondu dans sa propre lettre à son ancien ministre de l’Éducation. «Cette lettre est pour vous informer que le caucus progressiste-conservateur a soutenu ma recommandation de vous expulser, écrit M. Higgs. En tant que groupe, nous avons trouvé votre conduite et vos actions, notamment ces derniers jours, inexcusables.»

Un «boulet de démolition»

Dans sa lettre de démission, M. Cardy a accusé son chef de vouloir lancer un «boulet de démolition» dans le système d’éducation en français langue seconde, et que le premier ministre avait de plus en plus consolidé les pouvoirs entre ses mains au cours des 14 derniers mois. 

«De même, vos efforts pour retarder ou saper le travail lié à la réconciliation entre nos communautés linguistiques et culturelles ont été une occasion manquée d’unir notre province, de célébrer une culture francophone forte et de mener des efforts pour construire une culture anglophone forte et inclusive, tout en poursuivant la réconciliation avec les Premières Nations», écrivait M. Cardy. 

Peu de temps après la publication de cette lettre de démission, M. Higgs a procédé à un léger remaniement ministériel. Il a remplacé M. Cardy par l’ancien ministre de la Sécurité publique Bill Hogan et a nommé Kris Austin au ministère de la Sécurité publique.

Vendredi, M. Cardy a critiqué la décision de nommer au cabinet M. Austin, l’ancien chef de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick. Ce parti, qui n’est plus enregistré aujourd’hui, était opposé à certaines exigences liées au bilinguisme dans la province — la seule officiellement bilingue au Canada.

La nomination de M. Austin au cabinet a aussi été dénoncée par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), qui accuse le nouveau ministre de la Sécurité publique d’avoir un «biais anti-francophone».

«Sa nomination au sein du cabinet illustre à quel point ce gouvernement est complètement déconnecté des aspirations d’environ un tiers de sa population, soit de la communauté acadienne et francophone de la province», a indiqué le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet.

«Je pense que ça parle de lui-même», a déclaré M. Cardy vendredi.

M. Doucet a qualifié d’allié l’ex-ministre Cardy – qui parle français. Il a déclaré que les relations de la société francophone avec le gouvernement étaient «bonnes hier et mardi», avant sa démission. «Mais maintenant, je ne sais pas.»

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