L’heure est au bilan pour les sondeurs au lendemain de l’élection

MONTRÉAL — La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) ont été au coude à coude pendant toute la campagne et les sondages laissaient entrevoir des résultats serrés entre les deux partis.

Or le soir du 1er octobre, il n’aura pas fallu attendre longtemps après la fermeture des bureaux de scrutin pour apprendre que le prochain gouvernement serait caquiste, et même qu’il serait largement majoritaire.

Au final, la CAQ aura obtenu un peu plus de 37 pour cent du vote populaire et le PLQ, 24,8 pour cent, loin de la quasi-égalité que prévoyaient les sondeurs. Le Parti québécois et Québec solidaire ont respectivement obtenu 17,06 pour cent et 16,09 pour cent des voix.

Au lendemain du scrutin et à environ un an de la prochaine élection fédérale, les différentes maisons de sondage doivent maintenant analyser où il y a eu erreur.

«C’est sûr que la surprise a été gigantesque, c’est sûr qu’on n’avait pas prévu ça. « Les sondages se sont trompés », là, je ne suis pas sûr que j’aime beaucoup cette expression. Moi, je dirais plutôt: est-ce qu’on pourrait prédire l’imprévisible?», demande le président de CROP, Alain Giguère.

M. Giguère attribue la surprise à la fameuse «prime à l’urne», que l’ancien premier ministre libéral Robert Bourassa avait jadis évoquée pour expliquer la sous-estimation de son parti dans les sondages. Il estimait en effet que les Québécois étaient moins enclins à avouer qu’ils votaient libéral aux sondeurs. Selon M. Giguère, le même phénomène a pu se produire, mais cette fois à l’avantage de la CAQ.

«Mon interprétation, c’est qu’il y a une nouvelle prime à l’urne qui vient de se transférer du Parti libéral à la CAQ. Je pense que c’est le même phénomène. À l’époque, dans un contexte bipartite, où les batailles politiques étaient entre le Parti libéral et le Parti québécois, il y avait une espèce de petite gêne à admettre qu’on votait pour un parti qui était perçu comme plus conservateur, qui était le parti libéral. C’est le même phénomène, je pense, qui s’est passé hier.»

Pour Jean-Marc Léger, président de la firme de sondage Léger, ce n’est pas tant que la CAQ a profité d’une prime à l’urne, mais plutôt que le PLQ a perdu la sienne.

En effet, dit-il, la peur de la souveraineté et les craintes face à l’instabilité économique étaient souvent des facteurs qui poussaient les gens à sortir voter pour le Parti libéral. Ces deux facteurs n’ont toutefois pas pesé dans la balance cette année. Le vote des personnes âgées est aussi un troisième facteur de «prime à l’urne» qui profite généralement aux libéraux.

«Mais cette fois-ci, pour la première fois, les libéraux ne sont pas majoritaires chez les personnes âgées. Ils reçoivent autant de votes que la CAQ, souligne M. Léger. Dans le fond, pour les libéraux, on est habitués à la prime de l’urne, mais cette année, c’est une déprime de l’urne.»

Pour M. Léger, l’explication de la différence entre le vote libéral réel et celui prévu par les sondages est simple: «les libéraux sont restés chez eux», affirme-t-il.

«L’élément majeur pour un sondeur, c’est d’évaluer le taux de votation. C’est ça qui est la clé. C’est qu’on sonde 100 pour cent des Québécois, mais en réalité, il y en a eu 67 pour cent qui ont été voter. Tout le travail d’un sondeur, c’est d’être capable de bien cibler ceux qui vont aller voter.»

Malgré tout, les sondages continuent d’avoir leur place dans une campagne électorale, croit la professeure à l’Université de Montréal et spécialiste des sondages Claire Durand.

«C’est quand même le seul outil scientifique qu’on a», rappelle-t-elle.

«Que les gens aient un peu plus de doutes sur les sondages, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, parce qu’on a vraiment trop tendance, les médias en particulier, à déifier le chiffre. Il y a un chiffre, mais on ne prend pas assez en compte le fait qu’il y a une marge d’erreur.»

L’heure est maintenant au bilan, pour les sondeurs, qui admettent qu’ils devront analyser les résultats et voir si des améliorations pourront être apportées en vue des prochaines élections.

«Il n’y a personne qui est heureux de ça ce matin. C’est sûr qu’on va y réfléchir, mais je ne sais pas avec quel genre de solutions on va pouvoir arriver, parce que si les gens nous disent une chose, il faut quand même qu’on se fie à ce que les gens nous disent. (…) Oui on va réfléchir à ce qu’on va faire, à ce qu’on peut faire, pour mieux prédire, mais je pense vraiment que c’est un cas de prime à l’urne. Ça ne se peut pas que tout le monde se soit trompé. Il s’est passé quelque chose qui est de l’ordre de l’imprévisible», conclut M. Giguère.

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