L’homme atteint au palais de justice de Maniwaki est dans un état stable

MANIWAKI, Qc — Le jeune homme atteint d’un coup de feu à la tête lors d’une bagarre avec un constable spécial, mercredi, au palais de justice de Maniwaki, est dans un état stable.

La mère de Steven Bertrand a écrit sur sa page Facebook mercredi soir que la balle n’avait pas touché le cerveau et que le jeune homme «se bat pour sa vie». Elle a publié jeudi des photos où l’on voit son fils couché sur son lit d’hôpital, intubé et portant une minerve au cou.

Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a indiqué de son côté jeudi que le constable spécial, blessé dans l’empoignade, était hors de danger.

Selon la «police des polices», une empoignade serait survenue vers 13 h entre un constable spécial et un prévenu de 18 ans, au palais de justice de Maniwaki, dans le nord de la Vallée-de-la-Gatineau. Le prévenu aurait réussi à s’emparer du bâton télescopique du constable spécial et lui en aurait asséné un coup sur la tête, selon le BEI. «Le constable spécial aurait alors saisi son arme à feu et aurait atteint le civil d’au moins une balle à la tête.»

Une vidéo montrant vraisemblablement l’incident a été publiée sur YouTube. On y voit un homme en uniforme aux prises avec un autre homme dans une petite salle d’attente. Le constable spécial est éventuellement rejoint par des gardiens de sécurité en uniforme. On voit plus tard un agent semblant pointer son arme et tirer vers une cible qui n’est pas visible dans la vidéo, au milieu de cris.

L’affaire a immédiatement été confiée au BEI, qui a dépêché huit enquêteurs à Maniwaki mercredi. Le BEI a aussi fait appel au Service de police de la Ville de Montréal, qui prêtera deux techniciens en identité judiciaire.

Franck Perales, président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec, a rappelé jeudi que son organisation dénonce depuis deux ou trois ans «des manques criants d’effectifs», surtout dans les petits palais de justice en région. M. Perales croit qu’on aurait peut-être pu éviter cet incident si le constable spécial n’avait pas été seul au poste mercredi, sans soutien ni renforts.

«Le constable a fait son travail, ça a mal tourné, il y avait un manque de renforts, l’individu a pris le bâton télescopique, a frappé le constable sur la tête (…) Ce bâton peut causer énormément de dommages (…) S’il avait reçu un deuxième coup, ça aurait pu être mortel», a soutenu M. Perales en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«Une situation exceptionnelle»

Lorsque les journalistes ont demandé jeudi à la ministre de la Justice si les ressources étaient suffisantes dans les palais de justice, Stéphanie Vallée a insisté pour dire que l’incident de Maniwaki constitue «une situation exceptionnelle».

«Il y a eu des ressources additionnelles au ministère de la Sécurité publique qui ont été recrutées au cours des derniers mois, a-t-elle dit. Leur déploiement se fait dans différents palais de justice.»

Après avoir visionné la vidéo, M. Perales conclut que le constable spécial a demandé de l’aide mais n’a pas reçu le soutien requis des hommes autour de lui, qu’il croit être des agents de sécurité privés et des accompagnateurs du centre jeunesse.

Il précise que le syndicat conteste justement devant les tribunaux ce recours aux agents de sécurité privés qui remplacent les constables spéciaux dans les palais de justice «pour des questions budgétaires». Contrairement aux agents de sécurité, les constables spéciaux sont soumis à la Loi sur la police, et sont assujettis au même code d’éthique que les policiers, rappelle le président du syndicat.

M. Perales ne veut pas, par contre, mettre en cause dans ce cas-ci les agents de sécurité, qui ne sont pas formés adéquatement, selon lui, pour intervenir dans de telles situations.

La ministre Vallée, qui est aussi députée de la circonscription de Gatineau, où se trouve Maniwaki, a par ailleurs demandé jeudi que l’on évite toute généralisation, en voulant lier l’incident aux accrochages parfois violents qui opposent Autochtones et allochtones dans cette région.

«Il ne faudrait pas que les gens s’imaginent que (c’est) la réalité de Maniwaki, a-t-elle précisé, en marge du caucus libéral à Québec. Oui, c’est une communauté qui vit ses difficultés, mais ce n’est pas vrai qu’il y a de la violence comme ça dans ce milieu-là — moi, ce n’est pas le milieu que je connais (…) Ce n’est pas un milieu violent.»