Libéraux à la manif contre le projet de loi 96: «Mêlez-vous pas de ça», dit le Bloc

OTTAWA — Les bloquistes trouvent «inadmissible» qu’un «contingent important» de députés du Parti libéral du Canada soit allé manifester samedi contre le projet de loi 96 à Montréal.

«Comme provocation dans les champs de compétence du Québec, on ne peut pas imaginer pire que ça», a lancé le leader parlementaire du Bloc québécois, Alain Therrien, lors d’une mêlée de presse dans le foyer de la Chambre des communes, lundi.

Par leur présence, les députés libéraux ont envoyé le message qu’«il n’y a pas de problème du français au Québec, (que) la protection du français, elle est peut-être même exagérée», a-t-il dit.

«Mêlez-vous pas de ça», a lancé M. Therrien en ne passant plus par quatre chemins.

Le projet de loi 96 devrait être adopté par l’Assemblée nationale d’ici la fin de la session parlementaire. Il vise à imposer des restrictions plus sévères pour les lieux de travail et les municipalités.

La future loi limitera l’emploi de l’anglais dans les tribunaux et les services publics, renforcera les pouvoirs de saisie et de perquisition de l’Office de la langue française et instaurera un plafond d’inscriptions pour les cégeps anglophones. Les étudiants devront y suivre un plus grand nombre de cours en français.

Selon les bloquistes, la présence de députés libéraux est une preuve de plus que le gouvernement Trudeau parle des deux côtés de la bouche. Il dit être en faveur de la défense du français au Québec et ses députés participent en même temps à une manifestation qui va «clairement dans un sens de l’anglicisation pure et simple du Québec».

Pour le vice-président conservateur du comité permanent des langues officielles, Joël Godin, les libéraux «ont une dissidence et ne sont pas cohérents».

Intercepté à son entrée au parlement, le député de Mont-Royal, Anthony Housefather, qui a pris part à la manifestation, a affirmé que «nous sommes tous là pour la promotion du français à travers le Canada».

«La minorité anglophone n’est pas responsable pour les menaces au français, a-t-il poursuivi. La minorité anglophone du Québec a aussi le droit d’avoir ses droits historiques respectés.»

Consentement non unanime

En réaction, le Bloc a présenté une motion lundi demandant que la Chambre des communes «réitère que Québec est le seul maître d’œuvre de sa politique linguistique et demande au gouvernement fédéral de ne pas entraver ni restreindre d’une manière ou d’une autre l’application de la Charte de la langue française du Québec».

Le député de Longueuil—Saint-Hubert, Denis Trudel, a prétendu qu’il y a eu consultation entre les partis politiques et que le président constatera un «consentement unanime» de la Chambre.

Quelques secondes après qu’il a pris la parole, le vice-président de la Chambe l’a interrompu en se levant. «J’entends déjà des « non », a dit Chris d’Entremont. Donc la consultation n’est pas faite.»

Lors de la séance, le ton est monté sur l’enjeu des députés qui avancent qu’il y a un consentement unanime. «Il y a de l’abus avec les motions de consentement unanime dans cette Chambre des communes», a dit M. d’Entremont qui a été chaudement applaudi.

«J’implore chaque membre de cette Chambre d’utiliser les déclarations de députés pour faire valoir leur point plutôt que d’utiliser les motions de consentement unanime comme elles sont utilisées en ce moment. (…) J’espère qu’on les utilise pour ce qu’elles visent: obtenir le consentement unanime de cette Chambre.»

Les bloquistes en ont également contre le projet de loi C-13 visant à moderniser la Loi sur les langues officielles et à permettre aux employés et aux clients des entreprises sous juridiction fédérale de choisir la langue dans laquelle ils souhaitent travailler ou être servis.

Or, Ottawa «vient empiéter» sur les compétences de la province alors que le français n’est «pas une rigolade» au Québec, a estimé M. Therrien. «La langue est en danger. Il faut absolument qu’on la protège et qu’on laisse le gouvernement du Québec œuvrer dans ce sens-là.»

«Mêlez-vous donc de vos affaires», a-t-il à nouveau offert.

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