L’immigration chinoise au Canada atteint un nouveau sommet depuis 2015

VANCOUVER — Les sévères restrictions contre la COVID-19 en Chine poussent de plus en plus de citoyens de ce pays à vouloir s’installer au Canada, disent des experts.

Les données du ministère de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté indiquent que l’immigration chinoise s’est redressée au pays après une dégringolade attribuable à la pandémie. Le nombre de résidences permanentes accordées a d’ailleurs atteint un sommet.

Les autorités canadiennes ont accordé le statut de résidence permanente à 9925 personnes en provenance de Chine de juillet à septembre. C’est plus du triple du creux de 2980 admissions au cours du même trimestre en 2020. Cela représente aussi une hausse de 15 % par rapport aux 8690 admissions enregistrées au troisième trimestre de 2019, avant l’arrivée de la pandémie.

Les données disponibles sur Internet ne vont pas au-delà de cette année-là. Personne au ministère n’était disponible pour dire si les taux d’immigration étaient supérieurs avant 2015.

Ryan Rosenberg, un avocat de Vancouver spécialisé en immigration, dit que les nombreuses mesures restrictives visant à combattre la COVID-19 en Chine ont incité de nombreuses personnes à quitter ce pays pour venir s’installer au Canada.

«On constate que les mesures de confinement contre la COVID-19 ont vraiment ébranlé les gens. Plusieurs croient que la Chine n’est plus un bon endroit pour eux et leur famille.»

Me Rosenberg ajoute que des raisons politiques ont aussi motivé les immigrants chinois. L’accroissement des pouvoirs du président chinois XI Jinping a inquiété de nombreuses personnes, particulièrement dans le milieu des affaires.

«On a la forte impression que ces gents veulent partir de là pour ces raisons-là.»

Tiffany, une consultante de la Colombie-Britannique, qui ne veut pas donner son nom de famille par crainte des représailles contre sa famille encore en Chine, dit que de nombreux clients dénoncent la lutte tous azimuts de leur pays contre la COVID-19. «[Ils pensent] que leur liberté et leurs droits leur ont été enlevés.»

«Plusieurs ont l’impression que la société chinoise est en train de bouger. Autrefois, elle était légèrement ouverte et plus détenue, aujourd’hui, elle est plus stricte. Ils veulent s’installer dans d’autres pays», lance-t-elle en mandarin.

Ken Lok Wong, un consultant en immigration de Richmond, en Colombie-Britannique, constate que sa firme a reçu un plus grand nombre de demandes de réunification des familles. La pandémie a poussé plusieurs ressortissants chinois à demeurer plus longtemps au Canada pour vivre avec des membres de leur famille.

«Après avoir passé du temps ici, ils ont réalisé que même s’ils faisaient probablement plus d’argent en Chine, il leur est plus important de vivre près des membres de famille.»

Me Rosenberg dit que l’émigration est devenue un sujet si sensible que ses clients en Chine hésitent à en parler au téléphone par crainte d’être écoutés par les autorités de leur pays.

«C’est à un point que cette inquiétude devient un obstacle pour les gens voulant en parler d’une manière significative en Chine. Cela limite notre capacité à faire du bon travail pour eux», déplore-t-il.

L’ambassade de la Chine au Canada n’a pas répondu aux demandes d’entrevue.

Me Rosenberg dit que les jeunes candidats à l’immigration ont été favorisés, car ils peuvent contribuer à l’économie canadienne d’une manière significative et directe.

«Il y a un biais favorable pour les jeunes gens ayant fait des études supérieures et pouvant parler anglais ou français, ayant déjà vécu au Canada plutôt que pour ceux ayant vécu à l’extérieur du Canada», souligne-t-il.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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