L’impact des pesticides sur la santé passé au peigne fin cette semaine à Québec

QUÉBEC — Le gouvernement Legault, qui se dit préoccupé par l’impact du cannabis sur la santé des jeunes, devrait l’être tout autant en ce qui concerne les pesticides, met en garde la Fondation David Suzuki. 

Sa chef des projets scientifiques, Louise Hénault-Ethier, témoignait, lundi, en commission parlementaire sur l’impact des pesticides sur la santé publique et l’environnement.

Cette commission doit également se pencher sur l’indépendance de la recherche en agriculture. Elle est une suite de l’affaire Louis Robert, cet agronome congédié puis réembauché par le ministère de l’Agriculture pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie privée dans la recherche sur les pesticides.

«Vous cherchez à hausser l’âge légal pour la consommation de cannabis parce que vous êtes inquiets pour le neurodéveloppement de nos enfants, a lancé Mme Hénault-Ethier aux députés caquistes présents. Faites la même chose pour les pesticides.

«Il faut restreindre significativement, ou interdire complètement, l’utilisation des pesticides toxiques pour la reproduction et le neurodéveloppement, a-t-elle martelé. L’humanité est en proie avec une épidémie mondiale de troubles neurodéveloppementaux.»

La Fondation David Suzuki, qui travaille en étroite collaboration avec Équiterre dans ce dossier, a relevé que l’exposition aux pesticides est désormais fortement associée au développement de la maladie de Parkinson.

«Au niveau de l’autisme, on n’a pas encore la causalité avec certitude, mais on a les mêmes drapeaux rouges, les corrélations qu’il y avaient déjà il y a une trentaine d’années au niveau du Parkinson. Est-ce qu’on va attendre encore 30 ou 40 ans avant d’agir?» a demandé Mme Hénault-Ethier, qui croit que le Québec ferait mieux d’appliquer le principe de précaution.

«Ce n’est pas vrai qu’un pesticide est innocent jusqu’à ce qu’il soit jugé coupable. Si on a des doutes, on applique le principe de précaution et on évalue ensuite, on ne maintient pas les usages», a-t-elle tranché.

Elle croit que le Québec a le pouvoir d’aller plus loin que l’Agence fédérale de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA). Par exemple, la province pourrait exiger des études avancées sur la neurotoxicité développementale et sur les effets de la «synergie» entre les pesticides, plutôt que de se fier à l’ARLA, qui évalue les pesticides un par un.

Deux pesticides ensemble seraient plus toxiques que la somme de leur toxicité individuelle. Un «cocktail» de pesticides se retrouve actuellement dans les rivières du Québec, prévient d’ailleurs la scientifique. 

Plan de sortie?

Lui-même un ancien agriculteur, le député caquiste de Lac-Saint-Jean, Éric Girard, a refusé de se prononcer sur la pertinence, voire l’urgence, de limiter ou carrément interdire les pesticides en agriculture.

En mêlée de presse avant le début des travaux, il a admis lundi que les choses avaient «changé» en agriculture depuis quelques années, et que la population souhaitait des changements en ce domaine, sans préciser lesquels, mais à ses yeux il serait «prématuré» de tirer des conclusions.

La commission servira précisément à obtenir l’avis des experts et des spécialistes sur le sujet, a-t-il fait valoir.

«On est là pour écouter et apprendre», a dit M. Girard.

Mais selon la porte-parole solidaire, la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, quoi qu’il arrive durant les travaux, le gouvernement devra certainement élaborer «un plan de sortie» de l’usage des pesticides en agriculture.

Elle prône un «coup de barre» visant une «transition écologique» du monde agricole, disant espérer que la commission parlementaire contribuera à identifier des solutions de rechange, pour qu’on puisse «faire en sorte d’utiliser moins» de pesticides.

L’industrie des pesticides avait demandé à être entendue à la commission, mais elle n’a pas été invitée. Mardi, ce sera au tour de Parkinson Québec, des Apiculteurs et Apicultrices du Québec et de l’Institut de santé publique du Québec de témoigner, entre autres. Louis Robert, qui a eu maille à partir avec le gouvernement Legault, sera quant à lui entendu en toute fin de journée, vers 21h.

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